LE MUSEE VIRTUEL- LES POEMES DE LA DFL

Sommaire

 

  • Aux volontaires de Juin 40 - Jean-Mathieu BORIS
  • Pourquoi ? - Charles Péguy
  • Le dernier voyage (André CAYON)
  • Aux valeureux de la 1ère D.F.L - Elie ROSSETTI
  • La Ballade de ceux qui me ressemblent (ballade du BM 2) - Jacques LE ROUX
  • Bir Hakeim de Sébastien MOGA , le p'tit chef du BM2
  • Bir Hakeim par Roger GARDANNEC
  • L'âme de Bir Hakeim (souvenirs d'un pélerinage) - Béatrice DECOSTER-MALLET
  • Notre-Dame-de-Recouvrance - Henri BEAUGE
  • Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France - Leopold Sedar SENGHOR
  • Poème pour le 50ème anniversaire d'Obenheim - Maurice DRUON
  • Obenheim - André CHEVALIER
  • Nuit noire sur Obenheim - André CAYON
  • La neige - MARIE-JEANNE
  • Vercors – Vosges – Alsace - Allemagne - Elie ROSSETTI
  • J'étais un Cuirassier - Elie ROSSETTI
  • L'Authion ?? - Maurice Gilles
  • Les Forbans magnifiques - A.J.R

AUX VOLONTAIRES DE JUIN 40


Quand en ce mois de juin la France vacilla
Les panzers ennemis repoussaient nos armées
Et jetaient sur les routes des foules affolées
Soudain de l’Angleterre un général parla


Rejoignez-moi Français pour de nouveaux combats
La bataille est perdue mais la guerre continue
Pour que nous soyons tous quand le jour est venu
Dans le camp des vainqueurs sans qu’il y ait débat

 

Que ce soit de Bretagne ou de bien d’autres lieux
Ils n’étaient pas nombreux ceux qui croyaient au ciel
Ceux qui n’y croyaient pas pour répondre à l’appel
Mais ils ont dit présent des jeunes comme des vieux


Enfin vint l’épopée la France vous regarde
Clama le général vous êtes sa fierté
Soldats qui combattez pour notre liberté
Vous qui allez sans crainte affronter la camarde


Et tous ces volontaires devenus des guerriers
Brodaient sur leurs drapeaux les noms de Bir Hacheim
Tchad Libye Tunisie et même El Alamein
Bousculant l’ennemi hors ses bastions derniers

 

Après d’autres années après d’autres souffrances
Après d’autres combats après d’autres assauts
Vint pour les survivants dans un dernier sursaut
L'indicible bonheur de libérer la France

 

 

Jean Mathieu BORIS

 Poème de Charles Péguy que François Garbit

avait lui-même choisi et mis en exergue de son cahier de lettres

 

 

Pourquoi 

Quand il fallut s'asseoir à la croix des deux routes

Et choisir le regret d'avec que le remords

Quand il fallut s'asseoir au coin des doubles sorts

Et fixer le regard sur la clef des deux voûtes.

Vous seule vous savez, maîtresse du secret,

Que l'un des deux chemins allait en contrebas,

Vous connaissez celui que choisirent nos pas,

Comme on choisit un cèdre et le bois d'un coffret.

Et non point par vertu car nous n'en avons guère,

Et non point par devoir car nous ne l'aimons pas,

Mais comme un charpentier s'arme de son compas,

Par besoin de nous mettre au centre de misère.

Et pour bien nous placer dans l'axe de détresse

Et par ce besoin sourd d'être plus malheureux

Et d'aller au plus dur et de souffrir plus creux

Et de prendre le mal dans sa pleine justesse,

Par ce vieux tour de main, par cette même adresse,

Qui ne servira plus à courir le bonheur,

Puissions-nous, ô régente, au moins tenir l'honneur,

Et lui garder, lui seul notre pauvre tendresse.

 

Charles Péguy

La Tapisserie de Notre-Dame

Prière de confidence

LE DERNIER VOYAGE

 

 

Voici un train arrêté.

D’abord il m’apparut

comme un train ordinaire.

Transport de marchandises vers l’Est !

Sûrement !

Tout est reposant. Et la forêt ne dit rien.

Un oiseau passe en me frôlant le visage…

Tout est fermé, les wagons cadenassés.

A première vue, tout est normal !

On raconte tellement d’histoires

En ces temps de guerre !…

Des contes de fées, sans description réelle !

Une voix appelle…

De l’eau, de l’eau, s’il vous plaît.

Je n’avais pas d’eau !

Je lui tendis mon bouquet de fleurs sauvages

que je venais de cueillir !

Il mangea les fleurs et les tiges avec !…

Je courus à la mare voisine,

Quand je revins… le train était parti.

On ne savait pas !

On a su qu’après

Qu’ils étaient tous morts

En Pologne ! A Auschwitz !

Il paraît que le gaz ça tue vite, vite,

Schnell !

A peine le temps de souffrir,

Mais il faut si longtemps pour mourir !…

Nul ne saura jamais à quoi ils pensèrent

à cet instant là !!

A quoi bon renouveler les mémoires.

A quoi bon détailler le monde.

Les nazis avaient tout oublié !

Même les cris des suppliciés…

L’Holocauste !

Il a existé ! Il existe encore !

au Proche Orient !…et ailleurs.

Rien n’a changé sur cette terre,

La Seine coule toujours à Paris,

L’oiseau fait son nid au printemps,

et le muguet n’oubliera pas de fleurir…

Rien n’a changé ! Sauf dans l’Univers

Où des milliers d’étoiles ont transporté

La transcendance des âmes dans l’éternité.

Un jour ils reviendront…

La tourmente aura cessé.

Miracle d’un jour profond

Sous un ciel éclairé.

« Une page d’histoire venait de s’effacer !… »

 

André Cayon

26 Octobre 2006

 

 

 

Poème dédié aux valeureux Anciens de la 1ère DFL

Elie Rosetti – 11ème Cuirassiers Vercors

 

Le Général de GAULLE, en juin de l’an quarante

Par son vibrant appel créa les F.F.L.

Il a su regrouper, la France combattante

Et sous nos trois couleurs, notre Armée immortelle

 

Constituée d’anciens et nouveaux Régiments

Des bataillons de marche aux escadrons blindés

Elle fut sur tous les fronts et sans ménagement

Du sang de ses soldats, signant une épopée.

 

Ces quelques unités parties de l’Erythrée

Dans le désert Libyen repoussaient l’ennemi

Bir Hakeim leur donna, gloire et célébrité,

Aux lumières des canons entrèrent en TUNISIE.

 

Le premier février de l’an quarante trois

La première DFL fut officiellement créée

Autour de Takrouma, fut intense l’effroi

Mais aussi un triomphe de fierté retrouvée

 

Puis ce fut l’Italie aux combats piétinants

Où elle sut s’engager d’un nuage tonnant

Dans la grande Victoire du Garigliano.

Et dans son grand élan elle tomba San Giorgio

 

Nombreux furent les morts et les destins brisés

De Naples à Sienne, par Rome libérée,

Le sept aout enfin, elle embarqua dument

Direction Cavalaire pour le débarquement

 

Tous les regards tendus vers la terre promise

Ce moment attendu depuis quatre ans fut beau

Tous ses soldats heureux, cames dans leur chemise

Epris d’un but sublime, mirent les pieds dans l’eau.

 

Dans les vignes et les pins de la belle Provence

Tous ils se préparaient pour libérer Toulon,

Après les durs combats de brutale violence

Ce fut la réussite pour ces anciens colons

 

Prévisions bousculées, poursuites improvisées

Portèrent la Division aux portes de Lyon,

Le trois septembre on vit, la ville pavoisée

Fêter les FFI pour leur intégration

 

En trouée de Belfort, à court de provisions

Elle eut à soutenir, une guerre de positions

Avec la pluie, la boue, un ciel froid, nuageux

Nos braves combattants furent très courageux.

 

Dans l’offensive des Vosges, dure et meurtrière,

Le Général BROSSET, par accident mortel

Affecta ses soldats séides et fraternels,

De tous ses Régiments monta une prière.

 

Malgré ce coup très dur, les héros se dressèrent

Marsouins et Fusiliers, aussi les légionnaires

Cuirassiers, Canonniers qui trainaient le tonnerre

Ont offert leurs succès à leur chef légendaire.

 

Vers la mi-décembre, toute la Division

Partit pour dégager la poche de Royan

Mais quelques jours après, elle fit inversion

Pour défendre Strasbourg, repousser l’assaillant

 

O vaillants guerriers, de glorieuse DFL

L’Alsace fut pour vous une deuxième Bir Hakeim

Sur ces terres gelées, vos pieds n’avaient plus d’ailes

Vous avez tant souffert, tout comme à Obenheim

 

Tout le mois de janvier avec votre héroïsme

Les Allemands ont compris qu’ils ne passeront point

Vos exploits étaient dus à votre dynamisme

Vous avez tout donné, vous avez fait l’appoint.

 

Adieu l’Allemagne, à d’autres les lauriers

La première DFL dut libérer l’Authion

Face aux affrontements, aux terribles mortiers

La victoire finale couronna la mission.

 

Division prodigieuse, la première DFL

A la France a su redonner sa grandeur

Sa gloire sublimée, devenue éternelle

Restera à jamais un prodige d’honneur

 

J’ai connu ces héros, quand j’avais dix huit ans

Combattu avec eux, je les ai admirés

Et depuis je vénère leur historicité

Car parmi les plus forts ils furent imposants

 

LA BALLADE DE CEUX QUI ME RESSEMBLENT

 

Beaux enfants qui avez cru

Vous consoler dans l'aventure

Vous choisissez de monter tout à cru

Une rétive monture

 

L'homme de bien

Va vous vomir,

L'homme de bien qui veut dormir

A son aise

Sans mauvais bruit qui lui déplaise

Et ne craint rien

Plus que d'être contraint de quitter ses amours,

Légaux ou clandestins,

Sa pipe, ses pantoufles et tout le saint-frusquin

 

Car, s'il vous approuvait, il devrait sans détours

Imiter l'exemple, alors, qu'en tapinois

II espère gagner, sans sortir de son train

Et, sans risquer, ne fut-ce qu'une fois,

Sa vie, son bien, sa foi Garder la dignité d'un docteur de la Loi !

Vous reviendrez meurtris, avec peut-être un peu

De gloire passagère, Sans argent, sans appui, sans feu

Ni lieu. La douceur de vivre vous sera étrangère

Si vous en revenez

Sans qu'un regret ternisse de beaux souvenirs

Mais vous vous en moquez ! Votre rêve ne fut jamais de parvenir.

 

Beaux enfants ! Vous gagnez la plus

Belle rose de vos chapeaux

En évitant toutes les glus

Qui tiennent loin de vos drapeaux

Celui qui tient trop à sa peau.

Car, pour s'ébattre en ces doux lieux,

Où vous alliez faire les beaux,

La perdit plus d'un valeureux

 

Mais vous ne devez rien et l'on vous devra tout

Et Dieu, Qui de son ciel, sait apprécier le jeu,

Pour gagner votre pardon,

Qu'il offre de jouer à tout mauvais garçon,

Vous laissera en main votre dernier atout.

 

Jacques LE ROUX (1942)

 

Cette ballade dite aussi du BM 2 figure en ouverture du Mémorial du BM 2 du général Henri AMIEL

 

BIR-HAKEIM

 

 

Ces deux mots pour la plupart                                 Tenant à un contre dix

C’est lointain et quelque part                                     A moitié ensevelis

Dans un coin en Afrique                                           Plus d’eau dans la position,

Un haut fait historique                                               Ni vivres, ni munitions

 

Pour ceux qui étaient là-bas                                      On ne pouvait plus rester

Ce n’est pas du tout cela                                           Notre chef, sans hésiter

C ‘est un combat homérique                                     Dit : on ne se rendra pas,

Cruel et dramatique                                                  On est pas venus pour ça.

 

Ceux qui étaient dans Bir-Hakeim                            La nuit venue on sortait

Légionnaires et marins                                              La bataille continuait

Ces coloniaux, ces chers noirs                                 Et pendant toute la nuit

Ces artilleurs pleins d’espoir                                     La lutte fut sans merci.

 

Ces gars du Pacifique                                               Des véhicules flambaient

Qui étaient magnifiques                                            Le carnage s’amplifiait

Ils avaient tous, tout quitté                                         Et quand le jour fut levé

Pour la France, la sauver                                           la plupart étaient passés

 

Perdus seuls dans le désert,                                     l’ennemi était joué

Ils en ont fait un enfer                                                On leur avait échappé

Quand Allemands et Italiens                                     Malgré leur encerclement

Ont voulu prendre le coin                                        Et tous les bombardements

 

Seize jours, seize nuits,                                             Par notre ténacité

Encerclés, et sans répit,                                            l’Egypte était sauvée,

Bombardés par de gros canon                                  Le Moyen-Orient aussi

Et des centaines d’avions.                                        Par cet arrêt de l’ennemi

 

                                        Tout cela est authentique

                                        Absolument véridique

     Une poignée de Français

                                        Avait vengé leurs aînés.

 

                                                                           Sébastien G. Moga du B.M.2

                                                                                             Dit le P’tit-Chef

L'AME DE BIR HAKEIM

(souvenirs d'un pélerinage)


Bir Hakeim

Aride creuset

Ils ne sont rien,
Ils sont l'orgueil
L'orgueil de la France qui les regarde

Derrière eux, la honte, la révolte ;

Devant eux, autour d'eux, la mort

Ils habitent l'immensité
Leur faible voix porte au bout du monde.

Et parce qu'ils ont tout laissé,

Il ne reste d'eux
Qu'un son pur.

Le ciel du désert est brûlant

Ou glacé.
Le coeur du désert, sans pitié
Ils se battent pour l'espérance et pour l'eau

Contre l'enfer
Et contre eux-mêmes.

Ils ont planté leur courage

Dans le sable éventré.

Au creux des trous s'abrite
Leur fraternité
Ni l'acier, ni le feu ne sauront la détruire.

Ils ont ces yeux sans sommeil.

Ces gorges asséchées.

Cet épuisement.

Par les nuits les plus noires, comme un miracle

Ils attendent l'eau saumâtre des puits défendus

Et la lourde ration de leurs canons rageurs.
Chacun tient en sa main l'un des tronçons du glaive

Il le serre si fort que l'on pourrait sentir

Cogner les battements de son coeur

Il ne le lâchera pas.

Ils marchent depuis trop longtemps,

Ils ont tant aiguisé leur arme ;

Et les voici rendus à la frontière

De la confrontation.
Face à l'étranger qui pourrit leur substance

Et qu'il faut, pour survivre, extirper.


Ils sortiraient du cercle,
Ils défendraient le cercle,

Ils poursuivraient,

Ils contiendraient,

Ils détruiraient,
Ils tiendraient longtemps, longtemps encore

ils mourraient

Le combat mêlerait leurs rires et leurs douleurs

Ils auraient redonné un sens à leur valeur

La dernière nuit, quand ils sortirent

Le ciel brilla comme en plein jour.

Le feu était partout.

Il couvait sous leurs pieds, explosait, blessait, tuait :

 

Ils durent traverser

Cette hallucination,

Ce barrage de peur et de râles et de sang.

Marcher, marcher encore devant, avancer Chercher la voie, la sortie.

 

Chacun seul en soi-même

Responsable suprême.

Se sauver se sauver et sauver l'autre :

se sauver ou sauver l'autre ?

Ils sauvèrent l'honneur

 

Quand le jour se leva

La même brume les enveloppa

Ceux qui restaient, tombés,

Ceux qui marchaient encore.

 

Dans le désert

Au ras des flots de sable et de cailloux,

Le cimetière navigue

Apaisant.

 

Son équipage,

Cette poignée d'hommes, gisants,

N'a pas cessé de vivre

N'a pas cessé de dire.

 

Derrière les murs bas,

Lentement

Le soleil descend

 

               Le temps s'est arrêté.

 

Il y avait une brise légère

Dans les plis des drapeaux ;

Et sur ces visages de frères,

Le sens du monde

Et dans le silence embué,

L'irrémédiable déchirure.

 

La terre s'est mise à tourner

Autour de nous :

C'était ici le noeud, le cceur, la source

C'était le centre exact et la définition.

Septembre 1972

Béatrice Mallet.

Fille d'Horace Mallet Compagnon de la Libération, tué à Bir Hakeim

Sortie de vive force de Bir Hakeim : 11 Juin 1942

Ce pèlerinage anniversaire : Juin 72.

Notre-Dame-de-Recouvrance

Henri BEAUGE

 

J'ai rêvé cette nuit,

j'ai rêvé que tous avaient fui

j'ai rêvé qu'avec mes Sarahs

j'avais reconquis Lossulien...

J'ai rêvé qu'avec mes camions, mes canons

J'avais chassé les Prussiens.

J'ai rêvé que tous avaient fui

Pendant la nuit...

 

J'ai suivi l'avenue qui descend au vallon.

Par dessus les talus, j'ai revu la maison,

J'ai deviné la ferme et les toits du moulin

Cachés à l'ombre des grands ormes souverains.

J'ai reconnu les bruits familiers du hameau,

Le chant

Du vent

Dans les peupliers argentés

QU'illumine l'aurore au bord de la chaussée,

les aboiements des chiens, les battues des sabots

Sur les pavés usés du sentier de la source,

Les jurements d'Arthur qui conduit ses chevaux

Et le cri de Louis Grall qui rentre son troupeau.

 

J'ai croisé la chapelle, à genoux dans son pré

Comme une cordelière

En prière,

J'ai revu le jardin

Retrouvé le parfum

Des tapis d'héliotropes,

L'allée des camélias près du grand cyprès chauve ;

La porte du verger,

La charmille, les pommiers,

Le porche du manoir,

Le perron, les rosiers...

 

Dans la maison ?

Les bruits, non plus, n'ont pas changé.

Je reconnais celui des portes,

Celui des clenches et des loquets,

Celui des pas sur le parquet

Qui dit le nom de ceux qui passent...

 

J'ai remonté les marches du grand escalier

Qui suinte les senteurs humides de l'hiver

Dans la bibliothèque, les livres de marine,

Les cartes qui servaient aux travaux de mon père

L'attendent sur la table...il sera là demain !

Je veux l'entendre encore dans son parler marin

Nous raconter la mer, et la pêche hauturière

Des bancs de Terre Neuve aux Iles du Cap Vert :

Saint Laurent, Labrador, Saint-Pierre-et-Miquelon,

Roulis, chaluts, doris, et hissez la misaine...

Comptine de la mer...

Je veux entendre encore

Les copains de Kerhorre

Avec nous la chanter,

Comme aux temps des grandes vacances...

 

Nord-Dame de-Recouvrance,

Je ne veux plus rêver

Faites cesser les temps de la désespérance

Et que mon rêve enfin, soit la réalité.

 

Je veux vivre la joie suprême d'un retour,

Le temps...

Rien qu'un instant...

Je veux vivre le jour

QUi me fera revoir la dame de chez nous,

Celle d ela maison,

Clle de nos départs..., collégiens et marins,

Marins et fantassins sans clairon ni canon,

Mais là..., sur ce perron,

La tête entre ses mains...

Le temps,

Rien qu'un instant,

le Temps d'aller lui dire

Ce qu'elle fut pour son fils en ces années d'errance :

Mon but, ma raison, mon guide, ma tendresse...

Le feu sur l'Angleterre

L'Egypte, la Libye, les combats du désert,

La vallée du Liri, les rives de Bolsène...,

N'auront de sens pour moi que dans cette espérance

Qu'un jour vous bénirez les joies de notre recouvrance

Dans notre maison libérée.

 

Après ? Je prierai Dieu pour qu'il m'emparadise

Dans des saharas de lumière ;

Je serai le sable et le vent,

Je serai la poussière

Que le désert immortalise...

J'y serai le sable et le vent,

Comme un vagabond sans valise

Attend que renaisse l'aurore...

 

Naples, hôpital de Bagnoli, Juillet 1944

 

Aux Tirailleurs Sénégalais morts pour la France

Léopold Sedar Senghor

 

 

 

Voici le soleil

Qui fait tendre la poitrine des vierges

Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards

Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.

J’entends le bruit des canons – est-ce d’Irun ? -

On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.

Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.

On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire des futurs morts,

on les remercie d’avance futurs morts obscurs

Die schwarze Schande !

Écoutez-moi, Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort

Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province

Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée, jadis dans les palabres du village

Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.

Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes

Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l’ardeur des vivants.

Les plaintes des pleureuses trop claires

Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme en saison sèche les torrents du Fouta

Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.

Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez

Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge.

Ah ! puissé-je un jour d’une voix couleur de braise, puissé-je chanter

L’amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.

Écoutez-nous, morts étendus dans l’eau au profond des plaines du Nord et de l’Est.

Recevez ce sol rouge, sous le soleil d’été ce sol rougi du sang des blanches hosties

Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs Sénégalais


MORTS POUR LA RÉPUBLIQUE !

 

Léopold Sédar Senghor, Hosties noires, 1948

 

Poème composé par Maurice Druon pour le cinquantenaire de la bataille d'Obenheim

 

Obenheim, nom à jamais illustre dans l’histoire de l’Alsace !

Obenheim, nom à jamais inscrit sur la carte de l’honneur Français !

Obenheim, étape héroïque de la liberté !

Le malheur, depuis quatre ans et demi, opprimait Obenheim.

L’humiliation, l’indignation, l’espérance, depuis quatre ans et demi, bouillaient dans Obenheim.

Un bataillon de Français libres, venus du bout du monde et du cœur de la France, arriva, sur son chemin épique , à Obenheim.

Et Obenheim devint, en sept jours terribles, l’un des noms du courage, du sacrifice et de la gloire.

OBENHEIM


Dans un petit village d'Alsace

Notre bataillon prend défense ;

Pleins de courage et d'audace,

Nous défendons le sol de France.

 

La mitraille fait rage,

Nous, les braves petits poilus,

Avons pour abris dans ce carnage,

Un pan de mur, un trou, un talus.

 

Le ciel est zébré d'obus

Éclatant un peu partout,

Et les toits des maisons fendues

Semblent dire " Pitié pour nous ".

 

Déjà la mort a pris de nos hommes,

Et la neige leur prête son linceul ;

Tels les héros de la Somme

La terre, pour eux, est leur cercueil.

 

Voici la nuit ; et jusqu'au bout,

Malgré le brouillard et la poussière,

Nous nous battons comme des fous.

Il faut nous voir, la tête fière.

 

Mais le jour nous voit prisonniers,

Quelle cruelle déception

Notre bataillon tout entier

Pour l'Allemagne a pris direction.

 

Dans un Stalag les jours s'enfuient

Et rapprochent notre victoire

Nous reverrons notre patrie

Alors... oublions nos déboires.

 

André CHEVALIER

 

Poème recueilli par Marcel Misert,

son compagnon de Stalag

NUIT NOIRE SUR OBENHEIM

 

Croyez-moi ! maintenant je peux vous le dire ,

Nous étions courageux…même très courageux .

Si nous avons succombé au poids de la mitraille ,

Ce n’est pas parce qu’ils étaient les plus forts .

Non ! Ils étaient trop nombreux pour nous .

Nous n’avions pas de chevaux d’acier ,

Que nos fusils et de modestes grenades .

La lutte était inégale et nous devions

Perdre cette bataille dans l’injustice de la guerre .

Avant que l’aurore apparaisse à l’horizon

Nous avions rendu nos armes et nos âmes avec .

L’Alsace venait d’être mutilée d’un arpent de terre

Qui lui appartenait et qu’elle n’avait pas oubliée .

Nul écho ne peut réparer le naufrage

D’une jeunesse engloutie , couchée sur les flammes

D’un village qui incinérait sa patrie .

Pourquoi le dire ….ce nom d’Obenheim

Résonne en moi comme la voix d’un ami .

Je regarde à travers lui le gravage du temps

Qui a fait sonner le silence de la paix .

Nous venions de loin , de l’Afrique , de l’Aisne , de Bourgogne ,

Un seul drapeau guidait nos pas , celui de la liberté .

Pardon d’avoir violé ta terre , un instant , rien qu’un instant ,

C’était pour la défendre et te la rendre à jamais

Pour que tu gardes près de toi son miroir dans ta maison .

 

André Cayon

 

LA NEIGE

Marie-Jeanne


"Cette neige dont on parle tant cet hiver m'a fait penser à un poème écrit en janvier 1945 par Marie Jeanne de la DFL, intitulé "La neige".

Noël MURATI, Président de l'Amicale de la 1ère Division française Libre, Bir Hakim l'Authion n° 12-2011

 

Sur la ligne là-bas, faite de la forêt

Notre ennemi battu doit rétablir son guet

Sur lui, comme sur nous, il ya cette neige,

Il ya ce silence où se perd le cortège

de dévastations, d'iniquités, -Seigneur...

J'ai cru trouver la nuit pleine de froid, de peur,

Lorsque j'ai pris la garde au bord de cette sente,

Et pourtant, maintenant, au coeur de mon attente,

Elle me parait pure, ainsi que cette épée

De cristal et d'argent qui doit être portée

Au ciel par tes légions, - Et les morts étendus,

Les morts abandonnés, les vainqueurs, les vaincus,

A cette heure, ont vers Toi des âmes fraternelles

Je pleure ces soldats, quelle que soit leur patrie

Car ils ont tout payé en lui donnant leur vie.

.................................................................

Ces morts sont le levain, quel que soit leur côté

De cette pâte ingrate, au nom Humanité.

 

VERCORS - VOSGES - ALSACE - ALLEMAGNE

ELie ROSSETTI - 11e CUIRASSIERS

 

L'épopée tragique du prestigieux Vercors

Terminée dans l'honneur des glorieux maquisards,

A fait place à l'ardeur pour la relève des corps

Les ruines reconstruire, sans remettre à plus tard.

 

Tous ces vrais résistants que l'on croyait vaincus

N'avaient perdu courage, ne s'étaient repliés

Que pour sauver la vie des braves gens perdus

Qui s'étaient trouvé pris dans ce secteur piégé.

 

Et puis ce fut Romans, premier grand exploit

Des Cuirassiers vainqueurs de l'ennemi damné,

Ils surent démontrer qu'ils n'avaient perdu foi

En leurs valeurs morales et leur témérité.

 

Vingt et un mois après, ils entrèrent à Lyon

Pour se battre aux côtés de la 1ère Armée,

Ville où ils cantonnaient, revenant en champion,

Ils avaient su faire front, leur fierté retrouvée.

 

Devenus vrais soldats, avec la D. F. L.

Se retrouvèrent plus loin, pourchassant l'occupant,

Menant une vie dure, de plus en plus cruelle,

Mêlant leurs joyeux cris aux actes éprouvants.

 

Dans les Vosges ils étaient des guerriers intrépides

Supportant la mitraille, tenant les positions,

Puis arriva enfin l'offensive entreprise,

Qui délivra Belfort de son occupation.

 

Hélas ! ce n'était pas que des jours très joyeux

Trouvés dans la victoire des villages libérés,

Des Cuirassiers tombaient et c'était malheureux

De voir partir nos frères dans cette lutte endiablée.

 

De Ronchamps à Auxelles et vers Giromagny

Les canons monstrueux préparaient le tombeau,

Pour d'autres c'était Eloie ou alors Gromagny

Avec les mêmes refrains, avec les mêmes maux.

 

Dernière bataille des Vosges, Rougemont le château,

De cette belle avancée en ce mois automnal,

Notre entrée en Alsace c'était à Massevaux

Et c'est vers Niederbruck que tout fut cyclonal.

 

L'Alsace fut pour nous un mélange pluie, gadoue,

Les mines au sol truffé augmentaient nos tués,

De Senthein à Houppach ça claquait de partout,

Et c'est enfin Bourbach où les tirs ont stoppé.

 

La Haute-Saône nous accueilli en son berceau

Avant d'aller très loin, délivrer la Rochelle,

Le pays des Charente et son très bon pineau

Nous a reçu huit jours pour les fêtes de Noël.

 

De retour en Alsace, en vitesse forcée

Avons souffert du froid du début de l'année,

Ne devions reculer pour stopper l'avancée

Face aux coups de butoir des teutons obstinés.

 

Oh ! que c'est long vingt jours de bataille enragée,

A côté de Strasbourg dans les bois de Benfeld,

Aux abords de Herbsheim, aux amis encerclés

Et divers patelins allant jusqu'à Rossfeld.

 

Un des plus beaux succès de la libération,

Reconnu par les chefs de notre état major,

Revint aux Cuirassiers et pour leurs belles actions

Eurent félicitations associées au Vercors.

 

Le jour de la victoire arriva tout flambant,

Nos Cuirassiers campaient autour de Pithiviers,

Entre le grand Paris et la belle Orléans

Savourant un repos qu'ils avaient bien gagné.

 

Et puis ce fut Jargeau, premier anniversaire

Qui fut commémoré au Vercors renaissant,

Tout en glorifiant son prestige légendaire,

Aux héros fut donné, l'amour reconnaissant.

 

Ils partirent peu après pour une autre mission

Celle d'aller occuper l'Allemagne vaincue,

Ce qu'ils firent pourtant sans perte ni passion

Gardant au fond du cœur leurs amis disparus.

 

Des années ont passée mais l'espoir ont gardé

De se revoir toujours dans leur association,

Avec des souvenirs profondément gravés

On se souvient de tous, ils sont admiration.

 

J'ÉTAIS UN CUIRASSIER

Elie ROSSETTI

 

Enfin mon vieux, c'était alors l'occupation !

La FRANCE était vaincue, soumise et partagée,

Depuis longtemps nul n'avait vu telle invasion

Ni son armée battue, défaite et humiliée.

 

Quel âge avais-tu donc en ces années bien sombres

Pour accepter vergogne et collaboration,

Vivant comme un minable où bien caché dans l'ombre,

Et supportant sans fin toutes ces privations.

 

Misérable tu étais devant ton impuissance,

Tête courbée, versant des pleurs de désespoir,

Bafoué, avili, amère déchéance,

Ayant perdu l'honneur et n'ayant plus d'espoir.

 

Réveille toi ami, réponds à mes questions

Car de toi j'ai pitié et me voila déçu,

Pourquoi avoir subi crimes et déportations,

Et pleurer aujourd'hui tant de parents perdus.

 

Hélas bien sûr, devant la honte et la défaite

J'ai souffert en mon âme et mon cœur et mon corps,

Tu dis vrai mais vois-tu, je n'ai baissé la tête,

Car j'étais patriote et j'étais au Vercors.

 

Tu étais au Vercors ! alors je suis ému,

Si j'ai douté de toi, de ta vie exemplaire,

Je suis heureux bien sûr car cela est connu,

Tu reviens d'un pays aux héros légendaires.

 

Je me souviens c'est vrai, de ce pays martyr

Où tous se sont battus contre la barbarie,

En luttant et souffrant jusqu'au dernier soupir

Dans de combats sanglants, mourant dans l'agonie.

 

Du prestigieux Vercors d'où est parti l'honneur

Le combattant meurtri a pansé ses blessures,

A chassé l'ennemi et toutes ses horreurs,

Repoussant à jamais sa hargne et ses morsures.

 

De là, je suis parti pour délivrer Romans,

Et puis ce fût Lyon, les Vosges et l'Alsace,

En retrouvant la FRANCE et les fleurs de ses champs,

Dans ma Patrie vengée, j'ai retrouvé ma place.

 

Tu servis sans contrainte, glorieux patriotisme,

Vivant des journées dures, des moments d'héroïsme,

Qui étais-tu alors Spartiate au cœur altier,

Mais non écoute bien J'étais un Cuirassier.

L'AUTHION ??

Maurice Gilles - Montpellier le 8 avril 1995

en mémoire des camarades tombés à l'Authion

 

Fallait-il, pour mourir, se rapprocher des cieux ?

Pourquoi donc, à l'Authion, en ce printemps dernier

D'une guerre sans fin ? Pourquoi si grand charnier

Où périrent nombreux, nos frères... jeunes... vieux ?

 

Pourquoi mes chers amis, par un temps radieux,

Tant de sang à coulé ? On ne peut pas nier,

Qu'on pouvait sûrement, fixer dans son terrier,

Cet ennemi d'alors... en ses arides lieux !

 

Mais nous gênions beaucoup au terme du conflit ;

Il fallait : nous meurtrir... et tuer notre esprit,

Nous priver de cueillir, les lauriers des combats,

Par les Free Frenchs gagnés. Nul n'a pu faire mieux...

 

Et nous fûmes bien seuls à lutter... tels forçats...

L'Authion venait à point... pour immoler les Dieux !!

LES FORBANS MAGNIFIQUES

Poème épique

 

en hommage et à la mémoire d'Hommes hors du commun :

LES FUSILIERS MARINS DE LA FRANCE LIBRE

1er R.F.M

(Compagnon de la Libération)

et, à travers eux, à tous les Français qui se sont sacrifiés

pour la Liberté et la Justice

 

 

Bannis de la Patrie, humiliée, asservie...

Patriotes fervents. Marins Jeunes et forts

Intrépides, ils avaient sacrifié leurs vies

L'espoir, par le combat, était seul réconfort

 

Combattants absolus à la Foi souveraine

Sous l'uniforme ami, qu'en France on condamnait *

A peine une poignée sous la Croix de Lorraine :

Symbole dans lequel leur lutte s'incarnait

 

Le fusilier-marin de notre France Libre,

Des sables aux montagnes, aux Nazis s'opposa

Artilleur, cavalier, mais Marin dans ses fibres,

Et qui, à BIR HAKEIM, un contre dix, osa !

 

Au regard tous avaient la lueur intraitable

Ô france souviens-toi...tes héros dérangeaient !

Et l'Allemand craignait ces hommes redoutables

Qui, dès Quarante-deux, la débâcle vengeaient !

 

Labourant le Désert, abreuvés d'eau croupie,

Etouffés par le sable en ouragant cinglant...

Sachant que sous leurs roues la mort était tapie :

Les mines ennemies dans leurs fracas sanglants !

 

Puis vint El Alamein, Tunis et l'Italie...

De joie pleurant, aux plages du Débarquement !

Leurs tombes ont jalonné nos campagnes jolies

De Cavalaire aux Vosges, au contact Allemand

 

Enfin jusqu'à l'Authion, ils portèrent l'épée

Les ultimes tués...luttaient depuis quatre ans !

L'Histoire connaît peu de semblable Epopée...

Fantastique aventure, ils allaient l'illustrant

 

D'aucuns ont qualifié l'Unité héroïque :

Fortes-têtes, exaltés, même Royal-Voyou !**

"Pauvres crétins enviant mes Forbans-magnifiques",

Jugea le Grand Brosset, Général Casse-cou !

 

Et le temps a passé...sublimant leur mémoire

Sakos n'évoquant pas de doux Enfants-de-Choeur

Quel drapeau cependant assume autant de Gloire ?

Fors la tâche sacrée, indomptés et vainqueurs !

 

Ô frères Inhumés sous tant de Croix grossières !

Après cinquante années...si vos corps ne sont plus ;

Humus ou noir terreau, mêlés à la poussière...

De nos coeurs, nos pensées, jamais n'être exclus !

 

AJ.R

1er RFM

1995

 

* Le battle-dress britannique

** La 1ere DFL du Général Yves GRAS (p. 260)