LE MUSEE VIRTUEL- LES POEMES DE LA DFL
Sommaire
- Aux volontaires de Juin 40 - Jean-Mathieu BORIS
- Pourquoi ? - Charles Péguy
- Le dernier voyage (André CAYON)
-
Aux valeureux de la 1ère D.F.L - Elie ROSSETTI
- La Ballade de ceux qui me ressemblent (ballade du BM 2) - Jacques LE ROUX
-
Bir Hakeim de Sébastien MOGA , le p'tit chef du BM2
-
Bir Hakeim par Roger GARDANNEC
- L'âme de Bir Hakeim (souvenirs d'un pélerinage) - Béatrice DECOSTER-MALLET
- Notre-Dame-de-Recouvrance - Henri BEAUGE
- Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France - Leopold Sedar SENGHOR
- Poème pour le 50ème anniversaire d'Obenheim - Maurice DRUON
- Obenheim - André CHEVALIER
-
Nuit noire sur Obenheim - André CAYON
- La neige - MARIE-JEANNE
- Vercors – Vosges – Alsace - Allemagne - Elie ROSSETTI
- J'étais un Cuirassier - Elie ROSSETTI
-
L'Authion ?? - Maurice Gilles
- Les Forbans magnifiques - A.J.R
AUX VOLONTAIRES DE JUIN 40
Quand en ce mois de juin la France vacilla
Les panzers ennemis repoussaient nos armées
Et jetaient sur les routes des foules affolées
Soudain de l’Angleterre un général parla
Rejoignez-moi Français pour de nouveaux combats
La bataille est perdue mais la guerre continue
Pour que nous soyons tous quand le jour est venu
Dans le camp des vainqueurs sans qu’il y ait débat
Que ce soit de Bretagne ou de bien d’autres lieux
Ils n’étaient pas nombreux ceux qui croyaient au ciel
Ceux qui n’y croyaient pas pour répondre à l’appel
Mais ils ont dit présent des jeunes comme des vieux
Enfin vint l’épopée la France vous regarde
Clama le général vous êtes sa fierté
Soldats qui combattez pour notre liberté
Vous qui allez sans crainte affronter la camarde
Et tous ces volontaires devenus des guerriers
Brodaient sur leurs drapeaux les noms de Bir Hacheim
Tchad Libye Tunisie et même El Alamein
Bousculant l’ennemi hors ses bastions derniers
Après d’autres années après d’autres souffrances
Après d’autres combats après d’autres assauts
Vint pour les survivants dans un dernier sursaut
L'indicible bonheur de libérer la France
Jean Mathieu BORIS
Poème de Charles Péguy que François Garbit
avait lui-même choisi et mis en exergue de son cahier de lettres
Pourquoi
Quand il fallut s'asseoir à la croix des deux routes
Et choisir le regret d'avec que le remords
Quand il fallut s'asseoir au coin des doubles sorts
Et fixer le regard sur la clef des deux voûtes.
Vous seule vous savez, maîtresse du secret,
Que l'un des deux chemins allait en contrebas,
Vous connaissez celui que choisirent nos pas,
Comme on choisit un cèdre et le bois d'un coffret.
Et non point par vertu car nous n'en avons guère,
Et non point par devoir car nous ne l'aimons pas,
Mais comme un charpentier s'arme de son compas,
Par besoin de nous mettre au centre de misère.
Et pour bien nous placer dans l'axe de détresse
Et par ce besoin sourd d'être plus malheureux
Et d'aller au plus dur et de souffrir plus creux
Et de prendre le mal dans sa pleine justesse,
Par ce vieux tour de main, par cette même adresse,
Qui ne servira plus à courir le bonheur,
Puissions-nous, ô régente, au moins tenir l'honneur,
Et lui garder, lui seul notre pauvre tendresse.
Charles Péguy
La Tapisserie de Notre-Dame
Prière de confidence
LE DERNIER VOYAGE
Voici un train arrêté.
D’abord il m’apparut
comme un train ordinaire.
Transport de marchandises vers l’Est !
Sûrement !
Tout est reposant. Et la forêt ne dit rien.
Un oiseau passe en me frôlant le visage…
Tout est fermé, les wagons cadenassés.
A première vue, tout est normal !
On raconte tellement d’histoires
En ces temps de guerre !…
Des contes de fées, sans description réelle !
Une voix appelle…
De l’eau, de l’eau, s’il vous plaît.
Je n’avais pas d’eau !
Je lui tendis mon bouquet de fleurs sauvages
que je venais de cueillir !
Il mangea les fleurs et les tiges avec !…
Je courus à la mare voisine,
Quand je revins… le train était parti.
On ne savait pas !
On a su qu’après
Qu’ils étaient tous morts
En Pologne ! A Auschwitz !
Il paraît que le gaz ça tue vite, vite,
Schnell !
A peine le temps de souffrir,
Mais il faut si longtemps pour mourir !…
Nul ne saura jamais à quoi ils pensèrent
à cet instant là !!
A quoi bon renouveler les mémoires.
A quoi bon détailler le monde.
Les nazis avaient tout oublié !
Même les cris des suppliciés…
L’Holocauste !
Il a existé ! Il existe encore !
au Proche Orient !…et ailleurs.
Rien n’a changé sur cette terre,
La Seine coule toujours à Paris,
L’oiseau fait son nid au printemps,
et le muguet n’oubliera pas de fleurir…
Rien n’a changé ! Sauf dans l’Univers
Où des milliers d’étoiles ont transporté
La transcendance des âmes dans l’éternité.
Un jour ils reviendront…
La tourmente aura cessé.
Miracle d’un jour profond
Sous un ciel éclairé.
« Une page d’histoire venait de s’effacer !… »
André Cayon
26 Octobre 2006
Poème dédié aux valeureux Anciens de la 1ère DFL
Elie Rosetti – 11ème Cuirassiers Vercors
Le Général de GAULLE, en juin de l’an quarante
Par son vibrant appel créa les F.F.L.
Il a su regrouper, la France combattante
Et sous nos trois couleurs, notre Armée immortelle
Constituée d’anciens et nouveaux Régiments
Des bataillons de marche aux escadrons blindés
Elle fut sur tous les fronts et sans ménagement
Du sang de ses soldats, signant une épopée.
Ces quelques unités parties de l’Erythrée
Dans le désert Libyen repoussaient l’ennemi
Bir Hakeim leur donna, gloire et célébrité,
Aux lumières des canons entrèrent en TUNISIE.
Le premier février de l’an quarante trois
La première DFL fut officiellement créée
Autour de Takrouma, fut intense l’effroi
Mais aussi un triomphe de fierté retrouvée
Puis ce fut l’Italie aux combats piétinants
Où elle sut s’engager d’un nuage tonnant
Dans la grande Victoire du Garigliano.
Et dans son grand élan elle tomba San Giorgio
Nombreux furent les morts et les destins brisés
De Naples à Sienne, par Rome libérée,
Le sept aout enfin, elle embarqua dument
Direction Cavalaire pour le débarquement
Tous les regards tendus vers la terre promise
Ce moment attendu depuis quatre ans fut beau
Tous ses soldats heureux, cames dans leur chemise
Epris d’un but sublime, mirent les pieds dans l’eau.
Dans les vignes et les pins de la belle Provence
Tous ils se préparaient pour libérer Toulon,
Après les durs combats de brutale violence
Ce fut la réussite pour ces anciens colons
Prévisions bousculées, poursuites improvisées
Portèrent la Division aux portes de Lyon,
Le trois septembre on vit, la ville pavoisée
Fêter les FFI pour leur intégration
En trouée de Belfort, à court de provisions
Elle eut à soutenir, une guerre de positions
Avec la pluie, la boue, un ciel froid, nuageux
Nos braves combattants furent très courageux.
Dans l’offensive des Vosges, dure et meurtrière,
Le Général BROSSET, par accident mortel
Affecta ses soldats séides et fraternels,
De tous ses Régiments monta une prière.
Malgré ce coup très dur, les héros se dressèrent
Marsouins et Fusiliers, aussi les légionnaires
Cuirassiers, Canonniers qui trainaient le tonnerre
Ont offert leurs succès à leur chef légendaire.
Vers la mi-décembre, toute la Division
Partit pour dégager la poche de Royan
Mais quelques jours après, elle fit inversion
Pour défendre Strasbourg, repousser l’assaillant
O vaillants guerriers, de glorieuse DFL
L’Alsace fut pour vous une deuxième Bir Hakeim
Sur ces terres gelées, vos pieds n’avaient plus d’ailes
Vous avez tant souffert, tout comme à Obenheim
Tout le mois de janvier avec votre héroïsme
Les Allemands ont compris qu’ils ne passeront point
Vos exploits étaient dus à votre dynamisme
Vous avez tout donné, vous avez fait l’appoint.
Adieu l’Allemagne, à d’autres les lauriers
La première DFL dut libérer l’Authion
Face aux affrontements, aux terribles mortiers
La victoire finale couronna la mission.
Division prodigieuse, la première DFL
A la France a su redonner sa grandeur
Sa gloire sublimée, devenue éternelle
Restera à jamais un prodige d’honneur
J’ai connu ces héros, quand j’avais dix huit ans
Combattu avec eux, je les ai admirés
Et depuis je vénère leur historicité
Car parmi les plus forts ils furent imposants
LA BALLADE DE CEUX QUI ME RESSEMBLENT
Beaux enfants qui avez cru
Vous consoler dans l'aventure
Vous choisissez de monter tout à cru
Une rétive monture
L'homme de bien
Va vous vomir,
L'homme de bien qui veut dormir
A son aise
Sans mauvais bruit qui lui déplaise
Et ne craint rien
Plus que d'être contraint de quitter ses amours,
Légaux ou clandestins,
Sa pipe, ses pantoufles et tout le saint-frusquin
Car, s'il vous approuvait, il devrait sans détours
Imiter l'exemple, alors, qu'en tapinois
II espère gagner, sans sortir de son train
Et, sans risquer, ne fut-ce qu'une fois,
Sa vie, son bien, sa foi Garder la dignité d'un docteur de la Loi !
Vous reviendrez meurtris, avec peut-être un peu
De gloire passagère, Sans argent, sans appui, sans feu
Ni lieu. La douceur de vivre vous sera étrangère
Si vous en revenez
Sans qu'un regret ternisse de beaux souvenirs
Mais vous vous en moquez ! Votre rêve ne fut jamais de parvenir.
Beaux enfants ! Vous gagnez la plus
Belle rose de vos chapeaux
En évitant toutes les glus
Qui tiennent loin de vos drapeaux
Celui qui tient trop à sa peau.
Car, pour s'ébattre en ces doux lieux,
Où vous alliez faire les beaux,
La perdit plus d'un valeureux
Mais vous ne devez rien et l'on vous devra tout
Et Dieu, Qui de son ciel, sait apprécier le jeu,
Pour gagner votre pardon,
Qu'il offre de jouer à tout mauvais garçon,
Vous laissera en main votre dernier atout.
Jacques LE ROUX (1942)
Cette ballade dite aussi du BM 2 figure en ouverture du Mémorial du BM 2 du général Henri AMIEL
BIR-HAKEIM
Ces deux mots pour la plupart Tenant à un contre dix
C’est lointain et quelque part A moitié ensevelis
Dans un coin en Afrique Plus d’eau dans la position,
Un haut fait historique Ni vivres, ni munitions
Pour ceux qui étaient là-bas On ne pouvait plus rester
Ce n’est pas du tout cela Notre chef, sans hésiter
C ‘est un combat homérique Dit : on ne se rendra pas,
Cruel et dramatique On est pas venus pour ça.
Ceux qui étaient dans Bir-Hakeim La nuit venue on sortait
Légionnaires et marins La bataille continuait
Ces coloniaux, ces chers noirs Et pendant toute la nuit
Ces artilleurs pleins d’espoir La lutte fut sans merci.
Ces gars du Pacifique Des véhicules flambaient
Qui étaient magnifiques Le carnage s’amplifiait
Ils avaient tous, tout quitté Et quand le jour fut levé
Pour la France, la sauver la plupart étaient passés
Perdus seuls dans le désert, l’ennemi était joué
Ils en ont fait un enfer On leur avait échappé
Quand Allemands et Italiens Malgré leur encerclement
Ont voulu prendre le coin Et tous les bombardements
Seize jours, seize nuits, Par notre ténacité
Encerclés, et sans répit, l’Egypte était sauvée,
Bombardés par de gros canon Le Moyen-Orient aussi
Et des centaines d’avions. Par cet arrêt de l’ennemi
Tout cela est authentique
Absolument véridique
Une poignée de Français
Avait vengé leurs aînés.
Sébastien
G. Moga du B.M.2
Dit le P’tit-Chef
L'AME DE BIR HAKEIM
(souvenirs d'un pélerinage)
|
|
Bir Hakeim
Aride creuset
Devant eux, autour d'eux, la mort Et parce qu'ils ont tout laissé,
Il ne reste d'eux
Ou glacé.
Contre l'enfer
Dans le sable éventré. Ces gorges asséchées.
Cet épuisement. Ils attendent l'eau saumâtre des puits défendus
Et la lourde ration de leurs canons rageurs. Il le serre si fort que l'on pourrait sentir Cogner les battements de son coeur
Il ne le lâchera pas. Ils ont tant aiguisé leur arme ; Et les voici rendus à la frontière
De la confrontation.
Et qu'il faut, pour survivre, extirper. Ils poursuivraient, Ils contiendraient,
Ils détruiraient, |
ils mourraient Le combat mêlerait leurs rires et leurs douleurs Ils auraient redonné un sens à leur valeur La dernière nuit, quand ils sortirent Le ciel brilla comme en plein jour. Le feu était partout. Il couvait sous leurs pieds, explosait, blessait, tuait :
Ils durent traverser Cette hallucination, Ce barrage de peur et de râles et de sang. Marcher, marcher encore devant, avancer Chercher la voie, la sortie.
Chacun seul en soi-même Responsable suprême. Se sauver se sauver et sauver l'autre : se sauver ou sauver l'autre ? Ils sauvèrent l'honneur
Quand le jour se leva La même brume les enveloppa Ceux qui restaient, tombés, Ceux qui marchaient encore.
Dans le désert Au ras des flots de sable et de cailloux, Le cimetière navigue Apaisant.
Son équipage, Cette poignée d'hommes, gisants, N'a pas cessé de vivre N'a pas cessé de dire.
Derrière les murs bas, Lentement Le soleil descend
Le temps s'est arrêté.
Il y avait une brise légère Dans les plis des drapeaux ; Et sur ces visages de frères, Le sens du monde Et dans le silence embué, L'irrémédiable déchirure.
La terre s'est mise à tourner Autour de nous : C'était ici le noeud, le cceur, la source C'était le centre exact et la définition. |
Septembre 1972
Béatrice Mallet.
Fille d'Horace Mallet Compagnon de la Libération, tué à Bir Hakeim
Sortie de vive force de Bir Hakeim : 11 Juin 1942
Ce pèlerinage anniversaire : Juin 72.
Notre-Dame-de-Recouvrance
Henri BEAUGE
J'ai rêvé cette nuit,
j'ai rêvé que tous avaient fui
j'ai rêvé qu'avec mes Sarahs
j'avais reconquis Lossulien...
J'ai rêvé qu'avec mes camions, mes canons
J'avais chassé les Prussiens.
J'ai rêvé que tous avaient fui
Pendant la nuit...
J'ai suivi l'avenue qui descend au vallon.
Par dessus les talus, j'ai revu la maison,
J'ai deviné la ferme et les toits du moulin
Cachés à l'ombre des grands ormes souverains.
J'ai reconnu les bruits familiers du hameau,
Le chant
Du vent
Dans les peupliers argentés
QU'illumine l'aurore au bord de la chaussée,
les aboiements des chiens, les battues des sabots
Sur les pavés usés du sentier de la source,
Les jurements d'Arthur qui conduit ses chevaux
Et le cri de Louis Grall qui rentre son troupeau.
J'ai croisé la chapelle, à genoux dans son pré
Comme une cordelière
En prière,
J'ai revu le jardin
Retrouvé le parfum
Des tapis d'héliotropes,
L'allée des camélias près du grand cyprès chauve ;
La porte du verger,
La charmille, les pommiers,
Le porche du manoir,
Le perron, les rosiers...
Dans la maison ?
Les bruits, non plus, n'ont pas changé.
Je reconnais celui des portes,
Celui des clenches et des loquets,
Celui des pas sur le parquet
Qui dit le nom de ceux qui passent...
J'ai remonté les marches du grand escalier
Qui suinte les senteurs humides de l'hiver
Dans la bibliothèque, les livres de marine,
Les cartes qui servaient aux travaux de mon père
L'attendent sur la table...il sera là demain !
Je veux l'entendre encore dans son parler marin
Nous raconter la mer, et la pêche hauturière
Des bancs de Terre Neuve aux Iles du Cap Vert :
Saint Laurent, Labrador, Saint-Pierre-et-Miquelon,
Roulis, chaluts, doris, et hissez la misaine...
Comptine de la mer...
Je veux entendre encore
Les copains de Kerhorre
Avec nous la chanter,
Comme aux temps des grandes vacances...
Nord-Dame de-Recouvrance,
Je ne veux plus rêver
Faites cesser les temps de la désespérance
Et que mon rêve enfin, soit la réalité.
Je veux vivre la joie suprême d'un retour,
Le temps...
Rien qu'un instant...
Je veux vivre le jour
QUi me fera revoir la dame de chez nous,
Celle d ela maison,
Clle de nos départs..., collégiens et marins,
Marins et fantassins sans clairon ni canon,
Mais là..., sur ce perron,
La tête entre ses mains...
Le temps,
Rien qu'un instant,
le Temps d'aller lui dire
Ce qu'elle fut pour son fils en ces années d'errance :
Mon but, ma raison, mon guide, ma tendresse...
Le feu sur l'Angleterre
L'Egypte, la Libye, les combats du désert,
La vallée du Liri, les rives de Bolsène...,
N'auront de sens pour moi que dans cette espérance
Qu'un jour vous bénirez les joies de notre recouvrance
Dans notre maison libérée.
Après ? Je prierai Dieu pour qu'il m'emparadise
Dans des saharas de lumière ;
Je serai le sable et le vent,
Je serai la poussière
Que le désert immortalise...
J'y serai le sable et le vent,
Comme un vagabond sans valise
Attend que renaisse l'aurore...
Naples, hôpital de Bagnoli, Juillet 1944
Aux Tirailleurs Sénégalais morts pour la France
Léopold Sedar Senghor
Voici le soleil
Qui fait tendre la poitrine des vierges
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
J’entends le bruit des canons – est-ce d’Irun ? -
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire des futurs morts,
on les remercie d’avance futurs morts obscurs
Die schwarze Schande !
Écoutez-moi, Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée, jadis dans les palabres du village
Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.
Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes
Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l’ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme en saison sèche les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.
Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge.
Ah ! puissé-je un jour d’une voix couleur de braise, puissé-je chanter
L’amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.
Écoutez-nous, morts étendus dans l’eau au profond des plaines du Nord et de l’Est.
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d’été ce sol rougi du sang des blanches hosties
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs Sénégalais
MORTS POUR LA RÉPUBLIQUE !
Léopold Sédar Senghor, Hosties noires, 1948
Poème composé par Maurice Druon pour le cinquantenaire de la bataille d'Obenheim
Obenheim, nom à jamais illustre dans l’histoire de l’Alsace !
Obenheim, nom à jamais inscrit sur la carte de l’honneur Français !
Obenheim, étape héroïque de la liberté !
Le malheur, depuis quatre ans et demi, opprimait Obenheim.
L’humiliation, l’indignation, l’espérance, depuis quatre ans et demi, bouillaient dans Obenheim.
Un bataillon de Français libres, venus du bout du monde et du cœur de la France, arriva, sur son chemin épique , à Obenheim.
Et Obenheim devint, en sept jours terribles, l’un des noms du courage, du sacrifice et de la gloire.
OBENHEIM
Dans un petit village d'Alsace
Notre bataillon prend défense ;
Pleins de courage et d'audace,
Nous défendons le sol de France.
La mitraille fait rage,
Nous, les braves petits poilus,
Avons pour abris dans ce carnage,
Un pan de mur, un trou, un talus.
Le ciel est zébré d'obus
Éclatant un peu partout,
Et les toits des maisons fendues
Semblent dire " Pitié pour nous ".
Déjà la mort a pris de nos hommes,
Et la neige leur prête son linceul ;
Tels les héros de la Somme
La terre, pour eux, est leur cercueil.
Voici la nuit ; et jusqu'au bout,
Malgré le brouillard et la poussière,
Nous nous battons comme des fous.
Il faut nous voir, la tête fière.
Mais le jour nous voit prisonniers,
Quelle cruelle déception
Notre bataillon tout entier
Pour l'Allemagne a pris direction.
Dans un Stalag les jours s'enfuient
Et rapprochent notre victoire
Nous reverrons notre patrie
Alors... oublions nos déboires.
André CHEVALIER
Poème recueilli par Marcel Misert,
son compagnon de Stalag
NUIT NOIRE SUR OBENHEIM
Croyez-moi ! maintenant je peux vous le dire ,
Nous étions courageux…même très courageux .
Si nous avons succombé au poids de la mitraille ,
Ce n’est pas parce qu’ils étaient les plus forts .
Non ! Ils étaient trop nombreux pour nous .
Nous n’avions pas de chevaux d’acier ,
Que nos fusils et de modestes grenades .
La lutte était inégale et nous devions
Perdre cette bataille dans l’injustice de la guerre .
Avant que l’aurore apparaisse à l’horizon
Nous avions rendu nos armes et nos âmes avec .
L’Alsace venait d’être mutilée d’un arpent de terre
Qui lui appartenait et qu’elle n’avait pas oubliée .
Nul écho ne peut réparer le naufrage
D’une jeunesse engloutie , couchée sur les flammes
D’un village qui incinérait sa patrie .
Pourquoi le dire ….ce nom d’Obenheim
Résonne en moi comme la voix d’un ami .
Je regarde à travers lui le gravage du temps
Qui a fait sonner le silence de la paix .
Nous venions de loin , de l’Afrique , de l’Aisne , de Bourgogne ,
Un seul drapeau guidait nos pas , celui de la liberté .
Pardon d’avoir violé ta terre , un instant , rien qu’un instant ,
C’était pour la défendre et te la rendre à jamais
Pour que tu gardes près de toi son miroir dans ta maison .
André Cayon
LA NEIGE
Marie-Jeanne
"Cette neige dont on parle tant cet hiver m'a fait penser à un poème écrit en janvier 1945 par Marie Jeanne de la DFL, intitulé "La neige".
Noël MURATI, Président de l'Amicale de la 1ère Division française Libre, Bir Hakim l'Authion n° 12-2011
Sur la ligne là-bas, faite de la forêt
Notre ennemi battu doit rétablir son guet
Sur lui, comme sur nous, il ya cette neige,
Il ya ce silence où se perd le cortège
de dévastations, d'iniquités, -Seigneur...
J'ai cru trouver la nuit pleine de froid, de peur,
Lorsque j'ai pris la garde au bord de cette sente,
Et pourtant, maintenant, au coeur de mon attente,
Elle me parait pure, ainsi que cette épée
De cristal et d'argent qui doit être portée
Au ciel par tes légions, - Et les morts étendus,
Les morts abandonnés, les vainqueurs, les vaincus,
A cette heure, ont vers Toi des âmes fraternelles
Je pleure ces soldats, quelle que soit leur patrie
Car ils ont tout payé en lui donnant leur vie.
.................................................................
Ces morts sont le levain, quel que soit leur côté
De cette pâte ingrate, au nom Humanité.
VERCORS - VOSGES - ALSACE - ALLEMAGNE
ELie ROSSETTI - 11e CUIRASSIERS
L'épopée tragique du prestigieux Vercors
Terminée dans l'honneur des glorieux maquisards,
A fait place à l'ardeur pour la relève des corps
Les ruines reconstruire, sans remettre à plus tard.
Tous ces vrais résistants que l'on croyait vaincus
N'avaient perdu courage, ne s'étaient repliés
Que pour sauver la vie des braves gens perdus
Qui s'étaient trouvé pris dans ce secteur piégé.
Et puis ce fut Romans, premier grand exploit
Des Cuirassiers vainqueurs de l'ennemi damné,
Ils surent démontrer qu'ils n'avaient perdu foi
En leurs valeurs morales et leur témérité.
Vingt et un mois après, ils entrèrent à Lyon
Pour se battre aux côtés de la 1ère Armée,
Ville où ils cantonnaient, revenant en champion,
Ils avaient su faire front, leur fierté retrouvée.
Devenus vrais soldats, avec la D. F. L.
Se retrouvèrent plus loin, pourchassant l'occupant,
Menant une vie dure, de plus en plus cruelle,
Mêlant leurs joyeux cris aux actes éprouvants.
Dans les Vosges ils étaient des guerriers intrépides
Supportant la mitraille, tenant les positions,
Puis arriva enfin l'offensive entreprise,
Qui délivra Belfort de son occupation.
Hélas ! ce n'était pas que des jours très joyeux
Trouvés dans la victoire des villages libérés,
Des Cuirassiers tombaient et c'était malheureux
De voir partir nos frères dans cette lutte endiablée.
De Ronchamps à Auxelles et vers Giromagny
Les canons monstrueux préparaient le tombeau,
Pour d'autres c'était Eloie ou alors Gromagny
Avec les mêmes refrains, avec les mêmes maux.
Dernière bataille des Vosges, Rougemont le château,
De cette belle avancée en ce mois automnal,
Notre entrée en Alsace c'était à Massevaux
Et c'est vers Niederbruck que tout fut cyclonal.
L'Alsace fut pour nous un mélange pluie, gadoue,
Les mines au sol truffé augmentaient nos tués,
De Senthein à Houppach ça claquait de partout,
Et c'est enfin Bourbach où les tirs ont stoppé.
La Haute-Saône nous accueilli en son berceau
Avant d'aller très loin, délivrer la Rochelle,
Le pays des Charente et son très bon pineau
Nous a reçu huit jours pour les fêtes de Noël.
De retour en Alsace, en vitesse forcée
Avons souffert du froid du début de l'année,
Ne devions reculer pour stopper l'avancée
Face aux coups de butoir des teutons obstinés.
Oh ! que c'est long vingt jours de bataille enragée,
A côté de Strasbourg dans les bois de Benfeld,
Aux abords de Herbsheim, aux amis encerclés
Et divers patelins allant jusqu'à Rossfeld.
Un des plus beaux succès de la libération,
Reconnu par les chefs de notre état major,
Revint aux Cuirassiers et pour leurs belles actions
Eurent félicitations associées au Vercors.
Le jour de la victoire arriva tout flambant,
Nos Cuirassiers campaient autour de Pithiviers,
Entre le grand Paris et la belle Orléans
Savourant un repos qu'ils avaient bien gagné.
Et puis ce fut Jargeau, premier anniversaire
Qui fut commémoré au Vercors renaissant,
Tout en glorifiant son prestige légendaire,
Aux héros fut donné, l'amour reconnaissant.
Ils partirent peu après pour une autre mission
Celle d'aller occuper l'Allemagne vaincue,
Ce qu'ils firent pourtant sans perte ni passion
Gardant au fond du cœur leurs amis disparus.
Des années ont passée mais l'espoir ont gardé
De se revoir toujours dans leur association,
Avec des souvenirs profondément gravés
On se souvient de tous, ils sont admiration.
J'ÉTAIS UN CUIRASSIER
Elie ROSSETTI
Enfin mon vieux, c'était alors l'occupation !
La FRANCE était vaincue, soumise et partagée,
Depuis longtemps nul n'avait vu telle invasion
Ni son armée battue, défaite et humiliée.
Quel âge avais-tu donc en ces années bien sombres
Pour accepter vergogne et collaboration,
Vivant comme un minable où bien caché dans l'ombre,
Et supportant sans fin toutes ces privations.
Misérable tu étais devant ton impuissance,
Tête courbée, versant des pleurs de désespoir,
Bafoué, avili, amère déchéance,
Ayant perdu l'honneur et n'ayant plus d'espoir.
Réveille toi ami, réponds à mes questions
Car de toi j'ai pitié et me voila déçu,
Pourquoi avoir subi crimes et déportations,
Et pleurer aujourd'hui tant de parents perdus.
Hélas bien sûr, devant la honte et la défaite
J'ai souffert en mon âme et mon cœur et mon corps,
Tu dis vrai mais vois-tu, je n'ai baissé la tête,
Car j'étais patriote et j'étais au Vercors.
Tu étais au Vercors ! alors je suis ému,
Si j'ai douté de toi, de ta vie exemplaire,
Je suis heureux bien sûr car cela est connu,
Tu reviens d'un pays aux héros légendaires.
Je me souviens c'est vrai, de ce pays martyr
Où tous se sont battus contre la barbarie,
En luttant et souffrant jusqu'au dernier soupir
Dans de combats sanglants, mourant dans l'agonie.
Du prestigieux Vercors d'où est parti l'honneur
Le combattant meurtri a pansé ses blessures,
A chassé l'ennemi et toutes ses horreurs,
Repoussant à jamais sa hargne et ses morsures.
De là, je suis parti pour délivrer Romans,
Et puis ce fût Lyon, les Vosges et l'Alsace,
En retrouvant la FRANCE et les fleurs de ses champs,
Dans ma Patrie vengée, j'ai retrouvé ma place.
Tu servis sans contrainte, glorieux patriotisme,
Vivant des journées dures, des moments d'héroïsme,
Qui étais-tu alors Spartiate au cœur altier,
Mais non écoute bien J'étais un Cuirassier.
L'AUTHION ??
Maurice Gilles - Montpellier le 8 avril 1995
en mémoire des camarades tombés à l'Authion
Fallait-il, pour mourir, se rapprocher des cieux ?
Pourquoi donc, à l'Authion, en ce printemps dernier
D'une guerre sans fin ? Pourquoi si grand charnier
Où périrent nombreux, nos frères... jeunes... vieux ?
Pourquoi mes chers amis, par un temps radieux,
Tant de sang à coulé ? On ne peut pas nier,
Qu'on pouvait sûrement, fixer dans son terrier,
Cet ennemi d'alors... en ses arides lieux !
Mais nous gênions beaucoup au terme du conflit ;
Il fallait : nous meurtrir... et tuer notre esprit,
Nous priver de cueillir, les lauriers des combats,
Par les Free Frenchs gagnés. Nul n'a pu faire mieux...
Et nous fûmes bien seuls à lutter... tels forçats...
L'Authion venait à point... pour immoler les Dieux !!
LES FORBANS MAGNIFIQUES
Poème épique
en hommage et à la mémoire d'Hommes hors du commun :
LES FUSILIERS MARINS DE LA FRANCE LIBRE
1er R.F.M
(Compagnon de la Libération)
et, à travers eux, à tous les Français qui se sont sacrifiés
pour la Liberté et la Justice
Bannis de la Patrie, humiliée, asservie...
Patriotes fervents. Marins Jeunes et forts
Intrépides, ils avaient sacrifié leurs vies
L'espoir, par le combat, était seul réconfort
Combattants absolus à la Foi souveraine
Sous l'uniforme ami, qu'en France on condamnait *
A peine une poignée sous la Croix de Lorraine :
Symbole dans lequel leur lutte s'incarnait
Le fusilier-marin de notre France Libre,
Des sables aux montagnes, aux Nazis s'opposa
Artilleur, cavalier, mais Marin dans ses fibres,
Et qui, à BIR HAKEIM, un contre dix, osa !
Au regard tous avaient la lueur intraitable
Ô france souviens-toi...tes héros dérangeaient !
Et l'Allemand craignait ces hommes redoutables
Qui, dès Quarante-deux, la débâcle vengeaient !
Labourant le Désert, abreuvés d'eau croupie,
Etouffés par le sable en ouragant cinglant...
Sachant que sous leurs roues la mort était tapie :
Les mines ennemies dans leurs fracas sanglants !
Puis vint El Alamein, Tunis et l'Italie...
De joie pleurant, aux plages du Débarquement !
Leurs tombes ont jalonné nos campagnes jolies
De Cavalaire aux Vosges, au contact Allemand
Enfin jusqu'à l'Authion, ils portèrent l'épée
Les ultimes tués...luttaient depuis quatre ans !
L'Histoire connaît peu de semblable Epopée...
Fantastique aventure, ils allaient l'illustrant
D'aucuns ont qualifié l'Unité héroïque :
Fortes-têtes, exaltés, même Royal-Voyou !**
"Pauvres crétins enviant mes Forbans-magnifiques",
Jugea le Grand Brosset, Général Casse-cou !
Et le temps a passé...sublimant leur mémoire
Sakos n'évoquant pas de doux Enfants-de-Choeur
Quel drapeau cependant assume autant de Gloire ?
Fors la tâche sacrée, indomptés et vainqueurs !
Ô frères Inhumés sous tant de Croix grossières !
Après cinquante années...si vos corps ne sont plus ;
Humus ou noir terreau, mêlés à la poussière...
De nos coeurs, nos pensées, jamais n'être exclus !
AJ.R
1er RFM
1995
* Le battle-dress britannique
** La 1ere DFL du Général Yves GRAS (p. 260)