BIR HACHEIM - FORT VAUBAN DU DESERT
Extraits et illustrations du fascicule BIR HAKEIM, FORT VAUBAN DU DESERT", Jacques -Yves ROUMEGUERE, 2006, (pages 4 à 13).
L'INSTALLATION DES FRANÇAIS LIBRES A BIR HACHEIM
Dans la perspective de sa contre-offensive comme en prévision d'une éventuelle reprise de l'offensive ennemie, l'État-major de la 8° armée, soucieux de ne pas avoir au centre de son dispositif
une unité dont les différences de langue, d'organigramme et d'armement gêneraient considérablement la coordination des opérations et son approvisionnement, décide de permuter la 150° Brigade en
poste à Bir Hacheim avec la BFL installée à Alem Hamsa.
C'est ainsi que 14 février 1942, par une journée ensoleillée, l'état-major de la BFL vient relever la 150° brigade à Bir Hacheim après un détachement précurseur venu en reconnaissance la veille
en pleine tempête de sable.
Les premières unités de la BFL arrivent à Bir Hacheim le 15 et la Légion le 18 sous une pluie battante, après que leurs véhicules eurent patiné dans la boue pendant trois heures. Ils prennent
possession d'un périmètre déjà délimité par l'ébauche d'un champ de mines circulaire de 12 Km de pourtour, partagé en trois quartiers correspondant aux trois bataillons qui composent la brigade
britannique classique. "
La place n'offrait aucune défense naturelle ou artificielle "quand les Français l'occupèrent. Il y avait un rempart, un "puits [tari] et quelques moëllons. Tout autour s'étendait le
"plateau brûlant, couleur moutarde. (...) À l'Est, quelques marais salants desséchés étalaient leur "blancheur dans le mirage. Au nord, à l'Ouest et au sud, "l'œil fatigué ne rencontrait rien
d'autre que le vide torride "de la Libye dans ce qu'elle a de plus sec et de plus "affreux." Richard Mac Millan "Montgommery et ses hommes", p. 79 Plon éditeur.
La mission initiale de la B.F.L était de l'aménager en camp fortifié devant servir de pôle d'ancrage au barrage de mines en son extrémité sud où elle tiendrait ensuite
garnison pour veiller à son intégrité, et protéger les arrières sud du corps de bataille allié réparti dans une poche délimitée par la mer de Gazala à Tobrouk et le champ de mines.
Elle devrait donc ne participer ensuite que marginalement à la première phase de la bataille qui s'annonce, en attendant la défaite prévue de ROMMEL dont la retraite sera prise de vitesse par la
ruée des alliés sur la Tripolitaine, seconde phase où la BFL devra se rendre maître du verrou d'El Agheila.
Sa seconde mission consistera donc à contenir les assauts des unités blindées ennemies qui l'isoleront par un siège visant à l'anéantir, ceci pendant les trois à sept jours au plus, nécessaires à
la 8° Armée pour neutraliser dans le Nord le corps de bataille de Rommel.
Une défense de la position exclusivement antichar lui est donc prescrite à cet effet par l'État-major de la 8°Armée qui affirmait qu'elle ne subirait que des assauts de blindés, ayant jugé
hautement improbable l'éventualité d'une attaque massive par l'infanterie.
Il n'est prévu en conséquence, aucune protection par réseau dense de barbelés et de mines antipersonnel, les ratissages et la concentration des tirs de l'artillerie devant suffire, selon
l'Etat-major, pour arrêter des attaques d'infanterie d'une certaine importance.
BIR HACHEIM "FORT VAUBAN DU DESERT"
Le général KOENIG, commandant de la BFL étant retenu à l'Etat-major du Caire, le général De LARMINAT, commandant la Division Française Libre exerce une autorité
directe sur la 1ère BFL en attendant le retour de KOENIG et l'arrivée de la seconde Brigade.
Dégagé des contraintes pointilleuses et des conceptions obsolètes par son entrée en dissidence, il définit un dispositif défensif , sans précédent dans les normes de l'armée française
dont la structure s'appuie sur quatre éléments fondamentaux dont la parfaite coordination sera essentielle durant les combats :
- Une protection contre les bombardements terrestres et aériens par enterrement des postes de tir, des abris du personnel, des P.C et du matériel ;
- Un complexe de mines hermétiques susceptibles de bloquer l'assaillant pour le maintenir sous les tirs des armes lourdes et de l'artillerie ;
- Les 75 modifiés en antichars de l'infanterie, situés à l'affut sur deux lignes de dégfense antichars parallèles le long du champ de mines qui ceinture la position, afin de s'opposer aux tentatives de pénération ennemies ;
- Une artillerie dont les batteries soient capables de tirer « tous azimuts » afin de couvrir l'intégralité du champ de bataille et compenser la faiblesse d'un effectif de seulement 26 canons dont la portée est limitée à 12 km.
Il décide de conserver le dispositif ternaire ébauché par la Brigade anglaise, dont l'organigramme ne comprenait que trois bataillons déployés en trois quartiers périphériques bordant chacun environ quatre kilomètres curvilignes du champ de mines et affecte trois des quatre bataillons de la BFL en périphérie de la position.
- BM 2 en "B" ;
- 2° BLE en "C" ;
- Le Bataillon du Pacifique et le bataillon de l'Infanterie de Marine associés en "D".
Le 3° BLE est tenu en réserve à proximité du P.C du point d'appui en "A", avec l'hôpital et les services, prêt en permanence à se porter sur un point menacé afin d'arrêter la progression de l'assaillant et le contre attaquer.
Le Général confie la conception et la réalisation de ce plan aux deux officiers commandant les deux unités clés de son dispositif défensif, le GENIE et l'ARTILLERIE, dont les actions
concomitantes sur les assauts de l'ennemi auront des effets déterminants.
Le capitaine GRAVIER, officier "Génie" de l'état-major du général DE LARMINAT est chargé de protéger les approches du point d'appui par un champ de mines pratiquement impénétrable, ce qui implique deux opérations :
1 - L'adaptation d'un tel dispositif aux conditions spécifiques de la situation
Pendant deux années passées à l'École militaire et d'application du Génie, sa promotion avait reçu un enseignement de la fortification dont les élèves, dit-il, avaient été
fortement marqués, particulièrement par Vauban.
En analysant sur place les conditions du siège que devrait subir le camp retranché selon les prévisions des états-majors de l'assaillant lors du siège, il constate qu'elles se prêtent à la stratégie d'assaut des places fortifiées conçues par VAUBAN dont le processus est exposé dans un ouvrage sur "Trois siècles d'architecture militaire" :
- Investissement total de la place coupant toute liaison avec l'extérieur ;
- Installation du dispositif de siège ;
- Reconnaissance des défenses de la place et identification de leurs points faibles ;
- Mise en place d'un plan de défense et des moyens de rupture au plus près de
l'emplacement choisi ;
- L'assaut pour ouvrir et conforter une brèche dans l'enceinte fortifiée ;
- Pénétration massive par cette brèche des troupes qui submergent la garnison et
la neutralisent
[Rommel conduira effectivement le siège de Bir Hakeim selon ce programme.]
2 - Le raccordement au barrage de mines « GAZALA-BIR HAKEIM » de ce dispositif
Raccordement qu'il réalisera sous l'autorité du Général commandant le Géne du 30e Corps britannique, responsable de la réalisation de l'ensemble du barrage protecteur de la 8e Armée qui comprend deux bandes minées en forme de V dont le camp fortifié est le pôle d'ancrage au Sud.
Lorsque GRAVIER lui soumettra son plan avec l'aval du Général de LARMINAT, il recevra l'égrément, assorti, pour réaliser cette mission impossible, par la seule compagnie de sapeurs-mineurs de la B.F.L, de la mise à disposition d'une Compagnie de Royal Engeneers du Corps d'Armée,à laquelle s'ajouteront deux sections de pionniers de la Légion.
Achevée, sa réalisation sous la direction de GRAVIER aura exigé trois mois de travail sans repos.
L'analyse des fonctions de la fortification de Vauban suggère au Capitaine GRAVIER une adaptation de sa configuration et de son principe de fonctionnement à la situation locale pour la défense antichars de Bir Hakeim.
• Le profil terrassé des fortifications VAUBAN est essentiellement composé d'un rempart d'enceinte qui constitue la principale protection, bordé par un fossé qui retarde
l'approche de l'assaillant et le maintient sous les tirs rasants des défenseurs. Ce dispositif défensif est complété par des réduits en demi-lune qui contrôlent les portes donnant accès dans la
place ;
• Le tracé bastionné de l'ouvrage comporte des saillants effilés qui contrôlent en enfilade les angles morts du fossé et contraignent l'assaillant à se diriger vers la naissance
de ses redans où canons et mousqueterie se tiennent à l'affut ;
• Les ouvrages massifs terrassés en surélévation, sont composés d'éléments dont chacun exerce une fonction défensive complémentaire des autres :
- Le rempart d'enceinte qui constitue la principale protection,
comportant les
réduits en demi-lune ;
- Le fossé qui le borde retarde l'approche de l'assaillant ;
- Les bastions d'où les mousqueteries juchées à leur sommet battent
en
enfilade les angles morts du fossé et se soutiennent mutuellement grâce à
leurs flanquements réciproques. Ils forment des saillants qui s'évasent
jusqu'au rempart d'enceinte sur lequel ils sont ancrés où ils se
rejoignent.
- Un glacis qui couvre les approches, dont le profil et la
courbure épousent la
trajectoire des tirs rasants des défenseurs sur l'assaillant bloqué par le
fossé et les bastions qui le maintiennent sous leurs feux .
Le capitaine GRAVIER conçoit un complexe miné dont l'adaptation au terrain, difficulté majeure dans le passé, est facilitée par la planéité
en surface du site de Bir Hakeim ; il diffère de la fortification Vauban en ce que celle-ci présentait un profil terrassé en surélévation, alors que les mines sont enterrées à même le sol.
En outre, remparts, remblais , fossés et glacis n'opposaient qu'une obstruction passive aux assaillants, la résistance active étant entièrement du ressort du plan de feu des assiégés, alors que
la capacité destructrice des mines en fait des armes qui exercent ce rôle par nature.
Ces deux particularités rendent inutiles les bastions dont l'élévation et les flanquements réciproques, en regard l'un de l'autre, permettaient à la mousqueterie juchée sur leurs remparts de
battre les angles morts qui sont inexistants en terrain plat où les lignes destructrices par elles-mêmes, se substituent aux bastions pour assurer cette fonction.
Toutefois GRAVIER retient le principe du tracé bastionné en raison de son profil en entonnoir qui contraint l'assaillant à se diriger vers son goulot où canons et armes lourdes et automatiques se
tiennent à l'affût, protégés par le champ de mines.
Il conçoit deux catégories d'espaces minés en modulant la texture et la densité des mines de manière à ce que chacune exerce des fonctions défensives semblables à celles des remparts et des
bastions de Vauban, et il les inscrit dans une géométrie comparable :
- Le champ de mines, formé par une bande minée dense et continue, doublée aux endroits sensibles, ceinture la position, capable d'opposer une obstruction majeure et ultime aux
tentatives de pénétrations en force comme le rempart d'enceinte de la fortification Vauban ;
- la zone marais de mines de moindre densité qui bloque la progression de l'assaillant et le maintient sous les tirs des armes lourdes : elle remplit la fonction du fossé
retardateur du glacis en pente de la fortification Vauban qui maintenait l'assaillant sous les tirs de la mousqueterie et de l'artillerie
Ce complexe de mines Vauban a été analysé comme suit par son concepteur dans une brochure « La vérité sur Bir Hakeim », dont nous avons extrait les précisions techniques
assorties de citations en italique :
- Une « bande de mines antichars » dense et continue (11.900 mines A.C), qui ceinture la position comme le rempart de la fortification Vauban, est capable d'opposer comme lui une obstruction ultime majeure aux tentatives de pénétrations en force : en faisant obstacle à la progression de l'assaillant elle le maintient sous les feux de l'artillerie et des tirs rasants des 54 canons de 75 antichars et armes lourdes des assiégés répartis, à l'affût, tout le long de la lisière ;
- Dédoublement de cette bande autour du « fort » (construction rudimentaire en brique, pompeusement qualifiée ainsi par les méharistes italiens) (3.100 mines A.C), de l'observatoire d'artillerie au N.O (1400 mines A.C), et des « PILLS BOXES » (réduit antichar fortement armé à chacune des trois portes du camp retranché qui joue le rôle des demi-lunes protégeant les accès des fortifications Vauban, (1.400 mines A.C). (réduit antichars fortement armé et protégé à chacune des trois portes du camp retranché qui joue le rôle des "demi-lunes " qui protégeaient les accès des fortifications de Vauban); (1.400 mines A.C)
-
Quatre marais de mines antichars, de moindre densité et de forme triangulaire en « V », inspirées des bastions de Vauban, étoilent son pourtour devant le fortin et les trois
secteurs du dispositif ternaire du point d'appui
« sur des surfaces considérables (3.600 hectares truffés d'éléments de champ de mines isolés de 100 mètres de long- 2 mines par mètre - prolongent la protection des approches du point fortifié (63.300 mines A.C), renforcés sur leur lisière, par 2.000 mines antipersonnel, afin de dissuader leur déminage, allant jusqu'à 3 km en profondeur. »
Un espace déminé formant entonnoir les sépare qui canalise les assauts de l'adversaire sur les tirs rasants des antichars positionnés à l'abri en son goulot et assurent aussi la fonction essentielle des bastions d'antan en maintenant l'assaillant sous les tirs combinés de l'artillerie et des chars de l'infanterie.
- Le rattachement à la ligne de défense Gazala Bir Hakeim : 2 bandes de 8 kilomètresndesndeux branches du V (3.200 mines A.C)
Le plan de mines de Bir Hacheim présente ainsi des analogies frappantes avec celui de Neuf Brisach, modèle de fortification Vauban en terrain plat.
L'EFFICACITE DE CE PLAN
L'efficacité de ce plan sera consacrée dès le premier assaut du 27 mai qui s'est soldé par la fuite des blindés de la division ARIETE, laissant 32 chars sur le terrain dont la moitié avais sauté sur les mines.
Par la suite, l'incapacité des assauts germano-italiens, bloqués par le champ de mines sous les feux des Français, à emporter la décision en dépit des pilonnages terrestres et aériens massifs sur
le camp retranché, montre que cet agencement a effectivement fonctionné avec succès selon les principes du système Vauban.
Les notes de Rommel montrent comment ce dispositif de mines a agi avec succès, selon les modalités de fonctionnement de ce système : "...la principale difficulté consistait à ouvrir
des brèches dans les champs de mines sous le feu des troupes françaises...".
Il comprend alors que l'efficacité de l'épais glacis de mines qui protège les approches du camp fortifié causerait des pertes trop lourdes à un assaut par les blindés : la densité de ce véritable
rempart de mines jointe aux tira rapides et tendus des 75 antichars empêcherait les rescapés d'obtenir la décision.
L'avant-veille de la sortie de vive force des Français libres, Rommel constitue pour en finir un puissant groupe de choc qui donnera l'assaut final sur un point faible repéré dans le Nord-Ouest,
devant le BM 2.
Cette formation, couverte par une forte concentration d'artillerie et un pilonnage sévère de la Luftwaffe, comprenait deux bataillons de la Division Trieste et onze Mark IV du régiment
brandebourgeois, renforcés par trois bataillons de pionniers chargés d'ouvrir un passage à travers le dispositif de mines qui ceinture le camp retranché.
En confiant au Colonel HECKER, Commandant le Génie d'Armée, le commandement de ce groupe d'assaut dont la primauté accordée aux pionniers était autant inhabituelle que leur nombre, Rommel
rend implicitement un hommage marqué au concepteur du dispositif de mines sans parvenir à y pratiquer un passage.
Le Chef d'escadron LAURENT-CHAMPROSAY qui commandait le Régiment d'artillerie divisionnaire se vit confier la mission de couvrir tous azimuts les approches du camp retranché.
Il ne disposait en tout que de quatre batteries de six canons de 75 m/m dont le nombre, le calibre et la portée étaient très inférieurs à ceux de l'artillerie adverse qui se positionnait systématiquement hors de leurs atteîntes ; il s'y ajouta au cours des opérations deux canons anglais de 25 livres, aux performances identiques, récupérés sur le champ de bataille.
Le dispositif « hors normes » qu'il imagina afin de compenser cette infériorité patente, aussi original en soi que le complexe miné du Capitaine GRAVIER, utilisait au maximum la supériorité des cadences de tir du canon de 75 qui feront des ravages chez l'adversaire.
• Les six pièces d'une batterie sont partagées en trois sections, ce qui permet d'en détacher une pour participer avec l'infanterie à d'éventuelles opérations volantes de
commando ou de harcèlement de l'ennemi à l'extérieur du point d'appui.
• Le front de batterie, décrit par le Capitaine MORLON présente les six pièces « pointées sur un gisement de surveillance »
et disposées eu quinconce, à 50 m. les unes des autres, sans que plus de deux en soient alignées, afin de diminuer les risques de mitraillage aérien en enfilade.
Les positions de batterie furent ainsi conçues et placées de manière à pouvoir éventuellement soit concentrer « tous azimuts » les tirs de l'une, plusieurs ou toutes sur un point du champ de
bataille, soit ratisser un secteur par des tirs aux champs ouverts en éventail, le battant en profondeur par des bonds successifs de la portée,
Toutefois chaque batterie restait toujours prête à intervenir en soutien direct et immédiat du bataillon qu'elle avait pour mission prioritaire de protéger.
La répartition des batteries se fit à proximité du champ de mines, au plus près de la ligne de défense du bataillon qu'elles couvraient, et situées sensiblement aux quatre points
cardinaux du camp retranché permet à chacune d'être axée en couverture d'une de quatre unités d'infanterie réparties derrière le champ de mines :
- 1 ère Bie, axée à l'Est en soutien du Bataillon du Pacifique, ;
- 2° Bie en soutien du BM2, axe Nord-Ouest ;
- 3° Bie à l'Est couvre partiellement le 2° bataillon de Légion, dont le secteur comprend le tiers du périmètre de la place ;
- 4° Bie au sud-est, assure la protection du Bataillon de marine et complète celle de la Légion
La description qui en est présentée ici emprunte largement à l'exposé du Colonel MORLON qui commandait à l'époque la quatrième batterie
:
« Progressivement, nous creusons une fouille de plus en plus profonde dans un sol rocheux très dur qu'il faut travailler du pic et de la barre à mine ».
Pour pouvoir tirer à plus de 7 kilomètres il fait enterrer la crosse du canon dans une étroite tranchée circulaire qui borde le fond de l'excavation appelée « circulaire de crosse ».
- Cette circulaire de crosse limitait initialement l'ouverture du champ des tirs à 1.6OO millièmes que Laurent-Champrosay fait « étendre petit à petit à 3.2OO millièmes, puis finalement à 6.4OO afin que chaque point de l'horizon soit battu, à 11 km, par chacune des six pièces des batteries.
-
L'alvéole de pièce devient un grand trou de près de 5 mètres de diamètre,...sur sa partie plate et horizontale repposent les roues du canon qui est presque en équilibre et
tire à l'horizontale légèrement au dessus du sol naturel
Les déblais servent à faire un mur de sacs à terre, ou sont étalées derrière ces sacs pour le camouflage et le surplus est utilisé pour la protection des postes du lieutenant de tir et des chefs de section et celle des tracteurs, partiellement enterrés ; dans la paroi des alvéoles des pièces, des abris à munitions osnt creusés et recouverts de sacs de terre portés par des chevrons. - Le camouflage, excellent vu du sol, est réalisé par de grands filets garnis d'étoffes bariolées dont les bords sont enterrés : l'utilisation de photos aériennes permet de les rendre plus parfaits.
L'exécution des tirs s'effectue selon deux modalités
- le tir de soutien au bataillon protégé par la batterie est commandé par son commandant qui, depuis son observatoire, en définit les éléments et dirige les réglages.
- Le tir groupé qui associe plusieurs batteries, effectue des interventions foudroyantes aussi bien en tirs d'arrêt qu'en appui direct, concentrées sur tous secteurs
menacés.
Elles sont décidées par le Commandant CHAMPROSAY qui les coordonne depuis son observatoire, dont l'état major en calcule les éléments pour chaque batterie concernée et les transmet immédiatement et directement à son lieutenant de tir. Le réglage est effectué ensuite par le Commandant lui-même. Pendant les derniers jours du siège, alors que plus de la moitié des canons du régiment avaient été détruits, il réussit des tirs correctement ajustés et parfaitement alignés effectuées par plusieurs canons de batteries différentes.
Les ouvrages que nous avons consultés occultent l'élément déterminant de l'invulnérabilité du camp fortifié que fut la complémentarité parfaitement coordonnée entre le dispositif d'interventions foudroyantes et synchronisées «tous azimuts » de l'artillerie et l'efficacité d'un système de mines conçu par le Capitaine GRAVIER qui empêcha qu'une brèche y soit ouverte.
Il est indéniable en effet que les 3.700 défenseurs de Bir Hacheim ont pu résister pendant quinze jours aux assauts massifs de 30.000 assaillants des dvisions d'élite germano-italiennes parce
qu'ils n'eurent pas à les affronter en un combat au corps à corps qu'un passage ouvert dans le champ de mines aurait permis de répandre dans la position sous le couvert des chars.
Dans des conditions comparables, la garnison de OUALEB qui n'avait rien à envier aux Français Libres en matière de courage et de sacrifice, a
été anéantie en quarante huit heures dès que ses défenses furent percées alors qu'elle disposait d'une importante artillerie lourde dont ne bénéficiait pas Bir Hakeim, et était renforcée par une
brigade de chars.
Une semaine plus tard, la puissante place fortifiée de TOBROUK tombait dans les mêmes conditions, deux jours après son investissement par
ROMMEL.
Certes ce système de mines eut été insuffisant pour contenir à lui seul les assauts de l'ennemi sans la parfaite synchronisation des tirs des deux autres composantes de base du dispositif de
défense de la position avec sa double fonction de convergence de l'assaillant sur leur champ de tir, et de son maintien sous leurs feux :
Les antichars de l'infanterie placés sur son pourtour en parfaite cohérence avec son tracé qui croisaient leurs tirs rasants sur les aires d'approche où les mines canalisaient
les assaillants livrés à leurs effets particulièrement meurtriers.
Les 75 du 1er Régiment d'Artillerie qui réussirent à maintenir jusqu'au dernier jour un soutien indéfectible à l'infanterie par ses tirs de barrage et d'arrêt malgré la perte de
60 % des canons.
Après la défaite des blindés alliés, la résistance de Bir Hacheim étant devenue l'élément déterminant de l'issue de la Bataille de Marmarique , sa garnison a soutenu pendant quinze jours un
combat inhumain, sans défaillance individuelle ni collective.
Pendant ces quinze jours en effet, le FORT VAUBAN DU DESERT a fait face victorieusement à des assauts incessants, soutenus à un contre dix, avec des moyens en quantité, puissance et calibres sans
commune mesure avec ceux de l'adversaire.
La 1ere BFL a maintenu intacts les 15 km2 de la position sous le déluge de 45000 obus de gros calibre tirés par l'artillerie lourde adverse, relayés par le matraquage de 1300 avions dont les
vagues comprenaient un nombre croissant de bombardiers allant jusqu'à deux cents renforcés par 400 autres le dernier jour (source allemande).
Au matin du 11 juin, elle eut la fierté d'avoir gardé intacte la position de Bir Hakeim confiée à sa garde, et de ne l'évacuer que sur ordre du haut commandement , au terme d'un siège prévu pour
ne durer que trois à cinq jours.
ROMMEL, inspectant le camp fortifié qui lui a tenu tête, dénombrera 1.200 emplacements de combat pour infanterie et armes lourdes et constate
que « les français disposaient de positions remarquablement aménagées et admirablement protégées contre les bombardements par obus et les attaques aériennes », et il déclare à ses officiers :
« Ici, Messieurs, il ne pouvait y avoir que des soldats au moral de fer, servant parfaitement leur armement et commandés par un chef de valeur et
énergique ».
EN SAVOIR PLUS
- Sur le Capitaine GRAVIER dans la rubrique LES HOMMES DE LA DFL
- Conférence (extraits) vidéo de Jacques Roumeguère sur Bir Hakeim
- Voir la couverture du Fascicule "Bir Hacheim, For Vauban du désert " dans le Musée virtuel