EN ROUTE AVEC LA DFL - Débarquement de Provence
MARCHE DE LA 1ere DFL - IV
"Long chemin jusqu'à la Tunisie,
Après les combats d'El Alamein ;
Puis crevant les défens's d'Italie,
Au prix de beaucoup de vies humain's !
Mais bientôt débarquant en Provence,
Libérant Toulon et des abords,
Après bien des années d'espérance,
Nous étions encore les plus forts".
photographie : exposition "une chevalerie exceptionnelle". 2010
LE DEBARQUEMENT DE PROVENCE
Le 12 août, la rade de TARENTE est encombrée de navires de guerre et de transports. Un horizon de côtes basses et arides
évoque la Tripolitaine ou le Sud-tunisien. On se distrait tant bien que mal, dans une moiteur étouffante, en de longs échanges de vues qui roulent principalement sur la stratégie ou
l'identification navale.
- As-tu vu le Montcalm ?
- Il se pourrait que nous débarquions à Port-Vendres.
- On ferait une drôle de tête si nous arrivions après-demain en Albanie.
Cette période d'attente est entrecoupée de nombreux exercices d'embarquement et de débarquement où les L.C.A - embarcations d'assaut - jouent le rôle principal.
Le 13 août : départ. Décidément, c'est en France que va débarquer la Division. Le champ des discussions se rétrécit. Les conceptions s'affermissent :
Il faut un bon mois pour prendre Toulon.
En continuant par l'Italie, l'Allemagne était envahie plus rapidement
15 aout : distribution des cartes de la côte provençale. Photographies aériennes. Plans des ouvrages de défense. Ceintures pneumatiques et brassards tricolores pour se faire
reconnaître des F.F.I.
16 août : au matin, la radio du bord annonce le succès initial du débarquement. Les commandos ont pris pied dans les Iles du Levant et sur les plages françaises
du LAVANDOU, A SAINT RAPHAEL, tandis qu'une division aéroportée occupait la Vallée de l'ARGENS.
A 17 heures apparaît enfin cette côte de France qui depuis plus de quatre ans hante les rêves de tous les exilés. Elle émerge et se dessine rapidement, malgré la brume et les
nuages artificiels répandus à profusion. La baie de CAVALAIRES est aussitôt identifiée. Depuis la veille, elle est aux mains des
parachutistes franco-américains, qui ont nettoyé la côte et auxquels a été adjointe une équipe chirurgicale de la division, à la grande rage des « véritables combattants » qui ne pardonnent pas
au service médical de les avoir devancés dans ces premiers pas vers la libération.
Voici la France ! faut-il pleurer, crier, non. Chacun domine sa joie ; on se tait. Chacun songe à Juin 1940, à tant de chemins parcourus, tant de luttes et d'épreuves, tant de camarades
tombés. Les navires jettent l'ancre au milieu d'une étonnante armada de croiseurs, transports, vedettes, bateaux de débarquement. Des navettes déchargent sans interruption personnel et matériel à
un rythme étourdissant, dans la nuit qui tombe.
Celle-ci s'épaissit bientôt de toutes les fumées que crachent les navires survolés par les avions ennemis ; le tir de la D.C.A roule sur le tonnerre des bombes qui s'écrasent sans toucher
personne. Un ballon est abattu, mais les L.C.A dans l'obscurité, errent à l'aveuglette, tous repères perdus.
La 2e Brigade débarque la première avec le Général BROSSET et son état-major.
Les uns passent au sec sur un wharf déjà en place et se
félicitent de bénéficier d'une aussi remarquable organisation. Les autres plongent jusqu'à la poitrine dans la mer et sont aussitôt convaincus qu'ils vivent bien leur débarquement : mais tous
restent silencieux.
Ah ! ce premier contact avec le sol de France, dans l'obscurité, sous le vent tiède qu'embaume la forêt de pins !
Quelques kilomètres sur une route que l'on devine et que l'on reconnaît ; puis la halte, jusqu'à l'aube, pour permettre le regroupement des troupes ; l'attente au milieu des vignes, parmi les
grappes déjà mûres, dont chacun se hâte de profiter, sans voir , dans l'obscurité, le champ de mines au milieu duquel la moitié de la 2e Brigade et tout l'état-major de la Division sont venus
chercher le repos.
Au jour, une bonne part du premier matériel est déjà là. En fin de soirée, le regroupement du personnel et des moyens s'achève. Il ne manque que le 2e Bataillon de la Légion, qui
rejoindra quelques jours plus tard.
Le 18, les commandos sont relevés au contact de l'ennemi et le front de la Division, qui suit la vallée du REAL MARTIN, s'étend
depuis SAINT ISIDORE jusqu'à la mer.
Le 19, le dispositif d'attaque est fixé pour l'action qui doit avoir lieu le lendemain à l'aube.
La 1ere DFL est placée sous les ordres du général de LARMINAT, qui dirige également la 9e Division d'infanterie coloniale et un groupement de commandos et de
bataillons de choc.
L'axe de la Division est représenté par la route de SAINT RAPHAEL- TOULON, au nord de laquelle attaquera le R.C.T 2 (Colonel GARBAY), tandis que le R.C.T 3
(Colonel RAYNAL) agira dans la zone de la route à la mer.
Les positions allemandes, disposées en cercle autour de TOULON, comprennent une ceinture de défenses extérieures, dont HYERES, les massifs du FENOUILLET et le Mont
REDON constituent les bastions est et une ligne de défense rapprochée, jalonnée, toujours dans la même direction, par les collines de TOUAR, les villages de LA GARDE et du PRADET.
L'attaque démarre au petit jour, et tout de suite, au nord de la route, le BM 5, dans un élan magnifique, enlève d'assaut le mont REDON, sur lequel pendant tout le reste de la journée, l'ennemi s'épuisera en contre-attaques vaines et sanglantes.
A sa droite, le BM 11 progresse en direction de LA CRAU et s'empare de deux collines fortifiées.
De ce
côté, toute la position de défense extérieure ennemie est complètement enfoncée.
Au sud de la route, l'attaque du R.C.T 3 échoue d'abord devant les positions du Golf Hôtel, formidablement défendues, et de l'Oratoire ; en fin de journée, cependant, le GAPEAU est
franchi, et le bataillon d'infanterie de marine ainsi que le BM 24 se sont emparés des hauteurs qui bordent la rive ouest de la rivière.
Dès le lendemain, l'action reprend : le général BROSSET exploite le succès de la 2e Brigade et fait déborder par le
BM 24, bataillon de réserve de cette unité, les résistances qui arrêtent le R.C.T 3 ; BIMP et BM 24 attaquent à nouveau
et le soir même le Golf-Hôtel, assailli du Nord au Sud après une préparation d'artillerie intense à laquelle participent les navires de la flotte, cessent toute résistance. Les faubourgs d'HYERES sont atteints, tandis que plus au nord, le BM 11, flanqué du 22e BMNA
enlève de haute lutte le village de LA CRAU, où il reçoit un accueil enthousiaste.
Il s'agit maintenant de faire sauter la deuxième position de l'ennemi.
Le 22 au petit jour, précédées de leurs éléments blindés, les deux colonnes reprennent la progression ; mais dès 9 heures, le contact est partout rétabli. Vers midi, le BM 11 réussit à s'emparer, en y perdant son troisième commandant de compagnie en deux jours, des cotes 79.2 et 75.3, éperons avancés du massif du TOUAR.
Une furieuse contre-attaque adverse y est stoppée in extremis avec l'appui d'un groupement de chars légers, dont le maître LE GOFFIC, paie de
sa vie son dévouement à ses camarades de combat.
Dans le secteur du R.C.T 3, le BM 21 s'empare du village du PRADET, pénètre dans LA GARDE, dont une contre-attaque le rejette, mais qu'à la nuit, le BIMP prendra malgré de lourdes pertes.
En fin de
journée, la dernière ligne de défense adverse est fortement entamée ; seul subsiste, écran protecteur des faubourgs de TOULON, qui commande
toute la zone où la Divisions s'est engagée. Le R.C.T 2 doit le réduire le lendemain et permettre ainsi la progression du R.C.T 3 qui opère en plaine, tandis qu'au nord de la Division, les
éléments de gauche de la 9e DIC doivent lier leur action à celle du R.C.T 2 en attaquant le village de LA VALETTE.
L'attaque démarre à 9
heures ; elle est menée par le BM 4, chargé de nettoyer les pentes nord et la crête du
THOUAR tandis que le BM 5 réduira les escarpements sud. Dès le début, l'avance est rendue très difficile par le terrain
couvert et accidenté, les violents bombardements des batteries sous béton et les organisations d'infanterie fortement défendues ; bientôt l'incendie s'empare des bois de pins et des buissons et
c'est au milieu des flammes, dans le tonnerre des explosions des dépôts de munitions que l'ennemi fait sauter, que, vers 15 heures, les deux bataillons, exténués mais triomphants,
couronneront l'ensemble du massif, dont l'ennemi s'enfuit en y abandonnant des batteries et de nombreux prisonniers.
A 15 heures, le BIMP s'ébranle à son tour, s'empare de la cote 46.2 et s'aligne de la Note à Clos-Pouvenel,
tandis que le BM 21 atteint le pont de la Clue et enlève les cotes 25.8 et 28.2.
On fait alors le point :
TOULON est atteint. Sa dernière ligne de défense est enfoncée.
La garnison du Mont des oiseaux, que le 1er BLE, laissé en arrière, avait
mission de couvrir, s'est rendu après avoir subi un sévère pilonnage de la flotte et de l'artillerie de terre.
Dans TOULON même, le chef de bataillon MIRKIN, de l'E.M divisionnaire, assisté de
quelques camarades, vient par un merveilleux coup d'audace, d'obtenir au « bluff » la reddition de 800 Allemands qui s'étaient retranchés dans le quartier de
SAINT JEAN DU VAR.
La journée du 24 sera consacrée aux derniers nettoyages des quartiers est de la ville, dont la 9e D.I.C devra achever l'épuration en réduisant pour sa part
les forts du MAURILLON, de la MALGUE et de SAINT MANDRIER.
Le BM 21 se distingue à cette occasion en décidant par téléphone et sans difficulté les garnisons des forts de CARQUEIRANNE et de SAINT
MARGUERITE - 26 officiers, 85 hommes - à se constituer prisonniers, tandis que le 22e B.N.A nettoie le cap BRUN, dont il capture
aisément les derniers défenseurs...
Continuez avec l'article du Général SAINT HILLIER : l'Armée française dans le débarquement de Provence.
Consultez le Journal de bord du RFM dans les combats du débarquement de Provence (Fin de la Campagne d'Italie -Campagne de France du 13 aout 44 au 27 aout 44 - Signé par le Capitaine de Frégate Pierre De MORSIER, 30 mai 1945), document téléchargeable en bas de la page de l'historique du RFM
