DECOUVREZ SES UNITES - DEUXIEME BRIGADE- Le Bataillon de Marche n° 3
LES COMMANDANTS
Capitaine ALESSANDRI
Commandant GARBAY (novembre 1940- Septembre 1941)
Commandant BAVIERE (septembre 1941 - février 1942)
Commandant ALLEGRINI (février 1942 - juillet 1942)
LE BM 3 : décembre 1940- aout 1942
par le Colonel ROBEDAT, ancien du BM 4, 2e Brigade
Le Bataillon de Marche n°3 fait partie des unités qui ont ouvert la saga des Français Libres, mais dont la trop brève existence a occulté la mémoire.
Nous l'avons déjà évoqué à propos de la campagne d'Érythrée (notre bulletin, n°199), nous le reprenons aujourd'hui en s'attachant à son parcours de grande unité de la France Libre.
En octobre 1940, le chef de bataillon GARBAY se trouve à MOUSSORO, trois cents kilomètres au nord de FORT-LAMY ; il est chargé de former une unité susceptible d'être engagée dans les actions en cours en Libye et en Afrique Orientale.
En fait, il est procédé à un vrai « ratissage » des ressources du Tchad : un effectif d'environ 900 hommes va être dégagé et acheminé sur la région MOUSSORO-MASSAGUET.
L'articulation sera celle d'un bataillon formant corps. Commandant : chef de bataillon GARBAY ; adjoint, capitaine BAVIERE. Trois compagnies de fusiliers voltigeurs : 9e Cie capitaine ALLEGRINI ; 10e Cie capitaine D’ANDRE ; I le Cie capitaine GARBIT ; une Cie d'accompagnement dotée de mitrailleuses de 8 mm OT de mortiers de 81 mm ; une compagnie de commandement.
Les dotations, exclusivement françaises, accusent de sérieuses faiblesses en matériels auto, en transmissions et en DCA, mais la perspective d'en découdre maintient un moral élevé.
Après deux mois d'entraînement, départ le 26 décembre 1940 à bord de camions réquisi¬tionnés et de pick-up militaires ; destination El OBEID au SOUDAN anglo-égyptien, soit plus de 2 000 kilomètres de pistes en région sahélo¬désertique.
Les étapes seront ATI le 29, ABECHE le 30, passage de la frontière à EL DJENENE le 9 janvier 1941. Le gouverneur anglais, descendant de protestants français, a réservé une grande réception au BM 3.
Puis vient le franchissement des provinces du DARFOUR et du KORDOFAN, soeurs jumelles du Tchad pour la pauvreté.
EL FASHER est atteint le 16 et EL OBEID le 18 janvier.
Poursuite en train jusqu'à SOUAKIM, sur la mer Rouge, via KHARTOUM. Ce port de Souakim se trouve être le lieu d'embarquement des pèlerins pour la Mecque. Le BM 3 va y stationner du 6 au 14 février, jour où il embarque sur le « Ratnagiri » de la marine indienne.
Débarquement le 15 février à MARSA TACLAI après avoir échappé à un sous-marin qui tire une torpille, mais rate heureusement le bateau.
L'enseigne de vaisseau MEHLE, qui commande la CA, raconte un débarquement laborieux. Il fallait faire découvrir à nos saras du Tchad qui n'avaient jamais vu la mer, l'embarquement acrobatique dans des canots, l'échouage sur une plage tout en transportant à dos des charges considérables. Petit avant-goût de ce qu'ils allaient connaître plus tard.
Dès le lendemain 16 février, le bataillon est transporté par camions à CAM CENA à 200 km plus au sud. Il va être intégré à la 7è 11e Brigade indienne aux ordres du général Briggs.
Cette partie de l'ERYTHREE se présente comme un énorme môle montagneux, aride, aux forts escarpements, quasiment sans route. Les crêtes ressemblent à des couteaux, avec des éboulements continuels, une végétation d'épineux ne générant aucune ombre. L'eau manque dramatiquement, ajoutant aux difficultés de journées torrides et de nuits glaciales.
Les quelques chameaux, mulets ou ânes réquisitionnés avec leurs conducteurs ne dispenseront pas les hommes de prendre à dos la plus grande partie de l'armement lourd avec ses munitions.
C'est dans ces conditions que le BM 3 va opérer, dès le 20 février 1941, en terrain montagneux, entre 1 800 et 2 500 m d'altitude. Les dénivellations journalières seront de 1 000 à 1 500 m à effectuer par plus de 40° de température: le manque d'eau gêne considérablement nos tirailleurs.
Le bataillon doit s'emparer d'un défilé verrouillé par le village fortifié de KUB KUB. Pour cela, il va entamer un double débordement à pied alors que les Anglais tenteront de contourner avec des brenns carriers.
Un groupement aux ordres du capitaine D’ANDRE part par le sud, un autre aux ordres du capitaine BAVIERE par le nord. Les combats débutent le 21 février. Grâce à la qualité d'approche, nous prenons l'avantage et capturons une batterie de 65 mm. Le manque d'eau handicape fortement nos tirailleurs et le détachement Bavière va se trouver en difficulté. Le capitaine, blessé, est fait prisonnier avec un groupe de mortier.
Fort heureusement, le capitaine GARBIT trouve un point d'eau. L'enseigne de vaisseau YEHLE rameute la compagnie Allegrini qui capture un convoi de vivres dans le défilé de Kub Kub. La situation commence à basculer, d'autant que le 22 février, le général Briggs met à la disposition du Cdt Garbay deux batteries de 25 livres et un peloton de brenns carriers. Fort de cet appui, le Cdt rassemble tous les éléments de commandement présents sur la base. Personnellement à leur tête, il s'engage dans le défilé menant à Kub Kub.
L'adversaire décroche le 23 au matin, le BM 3 a conquis toutes les crêtes et reste maître du terrain, retrouvant même le capitaine Bavière, abandonné par les Italiens. Au bilan d'ensemble, le bataillon a perdu 17 tués et 40 blessés ; il ramène 450 prisonniers dont une batterie de 65 mm. L'adversaire accuse plus de cent morts.
Le BM 3 permet ainsi aux Anglais de pénétrer dans Kub Kub le 23 au soir. CHALAMET est atteint le 24 ; la prochaine étape sera KEREN, plate-forme située à 2 000 m d'altitude.
Seule unité française engagée sur ce théâtre, tout d'abord en difficulté face à un adversaire plus nombreux, mieux armé et installé sur un terrain favorable, le BM 3, par son allant, offre après quatre jours de combats, la première victoire à la France Libre. Le ton était donné pour les actions futures.
Regroupé le 6 mars à CHALAMET, le bataillon va être intégré à la Brigade Française d'Orient, commandée par le Lieutenant-Colonel Monclar et dont nous avons évoqué la campagne d'Érythrée dans notre bulletin n°199. L'intention du commandement est d'encercler Kéren par l'Est en coupant la route menant à la capitale ASMARA. Il faudra pour cela s'emparer de l'énorme massif de l'ENGIAHAT dont l'altitude va de 1 800 à 2 500 m ; il est le véritable verrou de l'Érythrée, parfaitement tenu par les Italiens.
Le BM 3 va devoir s'infiltrer par les lits de torrents desséché, parcourir une distance horizontale de plus de quarante kilomètres et franchir de nombreux dénivelés supérieurs à 1 000 m.
Des chameaux et quelques mulets sont répartis dans les unités ; trois dépôts relais sont créés où il sera possible de se ravitailler en eau, vivres et munitions.
Les 10 et 11 mars, les capitaines ALLEGRINI et GARBIT, anciens méharistes, partent à chameau pour repérer les itinéraires possibles.
Le 12 mars, le BM 3 démarre en tête au petit jour, objectif le col à 5 km NE de l'ENGIAHAT à 1 800 m d'altitude.
La journée du 13 sera celle de l'engagement général contre un adversaire parfaitement installé dans les hauts. Tirailleurs et légionnaires progressent difficilement sous les tirs de grenades et d'armes automatiques. De nombreuses bêtes roulent dans les ravins, obligeant à surcharger les hommes. L'eau manque dramatiquement. La légion parvient à occuper le col dans la nuit du 13 au 14. La CA du BM 3, menée par l'enseigne de vaisseau YEHLE, renforce celle de la légion.
Le manque d'eau devient tellement crucial que la 10e Cie du capitaine D’ANDRE tente et réussit un coup de main à plus de dix kilomètres au Sud du col tenu par la légion, dans le lit de l'ouest Cochera. Le point d'eau situé en plein dispositif adverse s'avère praticable ; la compagnie s'y installe, il devient le « puits des Sénégalais ».
Durant la journée du 15, la 10e Cie va jouer les porteurs d'eau au profit de toutes les unités. Ce même jour, le BM 3 occupe le Mont GEGGHIRO (1 983 m). Mais les Italiens, plus nombreux et plus efficaces que prévu, mènent des contre-attaques depuis le GRAND WILLY et l'Engiahat.
Le 17, malgré une forte préparation d'artillerie, le régiment de punjabis ne parvient pas à s'emparer de l'Engiahat.
Le 21 mars, un élément du BM 3 parvient à TIRU, faisant douze prisonniers.
Durant cette période, les actions des 4e et 5e divisions anglaises, à l'ouest et au sud de KEREN provoquent de nombreuses désertions chez les Ascaris, conséquences certaines des difficulté du camp italien.
Le 27 mars, le BM 3 participe à l'attaque générale de l'ENGIAHAT effectuée avec un fort soutien d'artillerie et d'aviation. L'élément retardateur italien a évacué durant la nuit. Ainsi, au nord, l'acharnement des Français a eu raison de l'Engiahat ; au sud, les Anglais prennent KEREN. La situation bascule.
Dans la phase exploitation, le BM 3 occupe un carrefour important au nord de Kéren, empêchant les Italiens de se replier vers HABI-MENTEL.
Cinquante officiers et 1 200 hommes tombent entre les mains de la Brigade Française d'Orient.
Le 30 mars, à CHALAMET, les Français reçoivent la visite du Général de GAULLE qui les félicite et remet des décorations.
Les Anglais prennent ASMARA le 2 avril ; le BM 3 passe en réserve générale, il est prévu pour opérer vers le sud en Abyssinie, alors que le reste de la BFO va être engagé vers MASSAOUAH.
La rapidité des actions vers ce grand port, siège du commandement italien, amène à la reddition le 9 avril.
Le BM 3 ne connaîtra pas l'Abyssinie. Par contre, la BFO retrouvera l'étuve de la mer Rouge, franchira Suez et débarquera courant mai au camp de QUASTINA situé en Palestine, au sud de Jaffa, pour être recomplétée et prendre part aux opérations de Syrie début juin 1941.
C'est à cette époque qu'est créée à QUASTINA la lère Division légère Française Libre (lè- DLFL) aux ordres du général Legentilhomme. Elle comprend deux brigades à trois bataillons chacune.
La lère Brigade aux ordres du général CAZAUD dispose du bataillon de Légion étrangère (BLE) du BM 1 et du BM 3.
La 2e Brigade aux ordres du colonel GENIN dispose du BIM, du BM 2 et du BM 4.
La « division » dispose en outre du Bataillon de Fusiliers Marins, d'une batterie d'artillerie, un escadron de spahis marocains, une compa¬gnie de chars H39, une compagnie Auto, une compagnie de Transmissions, les services, c'est ¬à-dire intendance, santé dont l'hôpital Hadfield Spears.
Toujours aux ordres du commandant GARBAY, le BM 3 franchit la frontière syrienne le 8 juin 1941. Il est en réserve, mais assure la protection du QG et des arrières.
Le 15 juin, devant une situation critique, deux compagnies participent à l'action face à CHEIKH MESKINE et EZRAA.
Après la prise de DAMAS, le bataillon assure la sécurité des quartiers européens. Puis une com¬pagnie opère avec le BIM dans le djebel EZ ZAHRIE (Anti Liban). La convention d'armistice signée le 14 juillet, à laquelle les Français Libres n'ont pas été associés, fait la part belle aux « politicals officers » anglais. Le mandat français se trouve mis à mal malgré la convention signée le 24 juillet à Saint-Jean-d'Acre, définissant les attributions des Anglais et des Français.
Il n'en reste que les britanniques, outrepassant leurs « droits » dans le djebel Druze, le BM 3 est envoyé le 29 juillet à SOUIEDA pour rétablir l'autorité de la France.
Malgré les réticences anglaises, le commandant GARBAY s'acquitte de sa mission et Souïeda est « rendu » aux Français Libres.
Après cette période trouble, le BM 3 prend ses quartiers en territoire Alaouite à LATTAQUIE et TARTOUS, aux ordres du commandant BAVIERE : il va se recompléter et s'entraîner.
Cette situation durera jusqu'au 1er avril 1942. Après la dissolution de la 1ere DLFL le 20 août 1941, les FFL se retrouvent articulés en deux brigades compte tenu de ralliements intervenus en Syrie. Certains matériels, dont des canons de 75, des antichars, des véhicules renforcent très opportunément nos dotations.
La 1ère Brigade à l'effectif d'environ 5 200, aux ordres du général Kœnig, franchit la frontière d'Égypte le 30 décembre 1941 et se trouve engagée au « Western Désert » dès janvier 42.
Elle va s'illustrer à Bir Hakeim.
La 2e Brigade, aux ordres du général CAZAUD, termine sa mise sur pied le 1er avril 1942, date à laquelle elle quitte le Liban pour l'Égypte et la Libye. Elle comprend le BM 1 (commandant LANGLOIS), le BM 3 (commandant ALLEGRINI), le 1 er BLE (commandant DE BOLLARDIERE), un groupe d'artillerie, deux compagnies nord-africaines du Train, du Génie, des Transmissions, des Services, soit un effectif d'environ 3 200 hommes.
Le BM 3 bivouaque le 28 avril dans la région d’ALEXANDRIE où la population réserve le meilleur accueil aux Français Libres qui, eux,connaissent quelques confrontations orageuses avec les marins de la peu glorieuse escadre d'Alexandrie.
Le bataillon assure désormais la sécurité de l'axe routier et des aérodromes entre Alexandrie et la Libye.
Nos saras font connaissance avec le sable, les procédures et les rations britanniques.
Après avoir franchi la passe d'HALFAYA et ses célèbres lacets, le BM 3 bibouaque début mai à FORT CAPUZZO. Il surveille le pipe-line qui, du delta du Nil, va jusqu'à Tobrouk.
Le mois de juin voit le BM 3 s'installer autour du terrain d'aviation de GAMBUT (entre Tobrouk et la frontière d'Égypte) d'où la RAF opère en continu pour freiner l'avance de Rommel.
C'est la sombre période du reflux vers l'Est, durant laquelle la 1": Brigade, par son héroïque résistance à Bir Hakeim, va permettre aux Alliés de gagner le délai nécessaire à leur réorganisation.
Le BM 3, dans le cadre général d'un combat en retraite, remplit des missions défensives. Les mines, la poussière et quelques actions commandos plus ou moins avouables lui permettent d'améliorer son parc de véhicules. En fait, juste rétribution de risques pris par les compagnies et l'atelier du bataillon jusqu'à ce que le lieutenant¬colonel Garbay y mette fin.
La prise de TOBROUK par les Allemands le 21 juin entraîne le départ surprise des aviateurs qui disparaissent sans même prévenir. Ce sera le début d'un « get away » général vers l'Est.
Le lieutenant BEAUGE, chef de section à la 11e Cie (capitaine STAHL) en fait un récit édifiant. L'ordre de repli arrive à 20 heures. Azimut 325, direction KASR et ARID à environ vingt kilomètres à couvrir de nuit, en tout terrain, à la boussole. La compagnie représente une colonne de trois kilomètres de long. Le lieutenant BEAUGE ferme le convoi.
« Un champ de mines mal défini nous oblige à faire un détour considérable. Ce qui n'évite pas au lieutenant LEBLOND de sauter avec son 30 CMT. Leblond n'est pas blessé, mais son véhicule a l'essieu brisé et doit être abandonné. Une carcasse de plus dans le désert. À 5 kilomètres avant Kasr el Arid, un camion de la C": lourde s'ajoute à notre colonne. Il transporte un canon de 25. Puis voici deux canons de 75 de la Cie anti-chars nord africaine, qui ont aussi perdu leur convoi. Je les prends en charge » [...] « Après un détour interminable des champs de mines, sur des pistes en tôle ondulée qui font bondir les canons en remorque, nous arrivons à KASR EL ARID à 1 heure du matin »[...] Là, après liaison avec un commandant de la Légion, changement de direction. Il faut rejoindre un certain point 45 à cinquante kilomètres en direction de la frontière égyptienne. « En dépit de cet ordre, STAHL décide que nous roulerons d'abord plein Est, en suivant la piste TRIGH CAPUZZO ; arrivés à Capuzzo, nous longerons la frontière que préci¬se une piste vers le Sud, jusqu'au point 45... » [...] « Nous partons. À trois kilomètres après le carrefour, un groupe de militaires arrête la tête de colonne. Ce sont des légionnaires qui se sont perdus. Ils sont là avec trois camions et une quarantaine d'hommes. » [...] Ils racontent : « C'est le grand bordel ! Les Allemands ont attaqué notre compagnie... nous avons foncé plein sud, puis plein nord et puis plein est... » « Assez, assez... pas de discours, engagez-vous dans la colonne et suivez-nous »[...] « Faire avancer un convoi de véhicules hétéroclites, tous phares éteints, sur une piste dont le tracé est imprécis au point d'atteindre par endroits trois kilomètres de largeur n'est pas facile... » [...] « Ces chandelles-parachutes que les Allemands allument au-dessus de nos têtes ont sur eux (nos soldats sarah) un effet démoniaque. Les Allemands y a fort, disent-ils »[...] « Il faut être à la fois en tête pour guider, en queue pour dépanner et pousser les traînards. Je passe mon temps à doubler la colonne et à me laisser doubler par elle. » (1)
Pour faire bonne mesure, un peu plus loin un groupe d'Anglais occupés à se restaurer refusent de se joindre au convoi. Ils ne pourront qu'être capturés par les Allemands qui serrent de près.
Un colonel écossais, trouvé peu après perdu et en panne, accepte d'être embarqué dans un pick-up.
Le général CAZAUD et le capitaine STAHL accueillent la colonne à 5 heures du matin à Fort Capuzzo, destination jugée préférable au point 45 ».
Le 24 juin, le BM 3 parvient et s'installe à Wadi Natroun au sud-sud-ouest d'Alexandrie. Il est quasiment épuisé.
La situation mal maîtrisée par le commandement, qui impose des changements peu cohérents dans les mouvements, n'est pas comprise par les exécutants.
Les cadres s'inquiètent des réactions des tirailleurs dont les palabres contïnuelles révèlent l'état de méfiance.
Le 3 juillet, c'est un bataillon à la limite de l'épuisement physique et moral qui arrive à ABOU MENAS entre Alexandrie et Le Caire.
Le 7 juillet, le commandement décide de s'en tenir aux engagements pris en Syrie par le général de LARMINAT, à savoir retour des tirailleurs vers le Tchad après un passage de trois mois en Libye.
Dans les derniers jours de juillet 1942, le BM 3 reprend en sens inverse le parcours effectué en décembre 1940 et janvier 1941. Il aura fait campagne durant vingt mois.
La valeur et l'esprit de sacrifice de l'encadrement aura permis de surmonter les épreuves physiques de l'Érythrée, les difficultés inhérentes à la situation trouble de Syrie, enfin le désordre d'une retraite mal comprise.
Le BM 3, titulaire d'une citation à l'ordre de l'Armée, restera pour l'Histoire l'unité qui aura remporté à Cub Cub en Érythrée, le 23 février 1941, la première victoire de la France Libre.
Bir Hakim...L'Authion n° 202, juillet 2006
L'HISTORIQUE
A. Horrifiques chroniques de l'Est du Pays de Tchad en la guerre de ERYTHREE
contées par Messire François BARBEROUSSE
Grand rêveur de songes-creux
et abstracteur de quinte-essence
CHAPITRE PREMIER
Comment les Chevaliers François trouvèrent en désaccord et de ce qu'il en advint
En cestuy temps, l'Empereur Germanicque se jeta sur les terres du Roy de France et, par surprise et traîtrise, tua et défit les braves Chevaliers François.
A peine avait-il sonné l’ hallali que l'on vit accourir a la curée le Duc de Macaroni.
Ce prince, de très petit lignage, avoit auparavant dépouillé le Pape de ses Etats et avoit eu l'astuce de le faire consentir à ce dépouillement moyennant tant de belles promesses qu'il se garda bien de tenir.
Il n'aimoit point se battre, non plus que ses gens : aussi n'en réclamèrent-ils que plus haut la part d'une victoire qu'ils n’avoient point gagnée.
En ce méme temps, nombre de valeureux Chevaliers François se trouvaient en terre de Africque ès royaume de Tchad. Tchad est un lac au centre de Africque dont parle Hérodote (Voyage de trois jeunes Nasamons Cap.XCXXCV), qui le dit plus grand encor que la mer Marmarique Ces Barons estoient partis maintes années auparavant pour la croisade. Mais, comme arriva souvent en ces sortes d’expéditions, musèrent en route, se trompèrent de chemin et finalement préférèrent à la délivrance des Saints Tombeaux l'acquisition facile d'un royaume en Numidie.
D'aucuns, renégats, se firent à demi disciples de Mahom : je veux dire que s’ils buvoient encor comme Chrétiens, baisoient déjà comme Mahométistes et ne craignoient point d’avoir à la fois plusieurs épouses et concubines.
Les Chevaliers n'étoilent pas tous d'accord sur la conduite à tenir. D'aucuns, tels Fièrabras, Roy de Nigritie qui ne craignit pas de trainer ses moustaches couleur de paille dans la fiente devant le vainqueur, ne vouloient point se battre.
Les plus ardents l'emportèrent cependant et le Prince Picrochole, représentant du Roy de France et de tous les Barons (qui tous le dètestoient pour la manière grossière et méprisante dont il leur parloit) fut déposé un peu rudement par le Duc de Saint-Michel pour avoir voulu imiter Fièrabras.
Alors le Duc de Longuechausse qui gouvernait désertiques marches du pays des Garamantes (cf. Hérodote op. jam cit libro nescio qui vers. dito et seq.) ayant oui dire que le Duc de Macaroni possèdoit quelques terres incultes sur les bords de la mer Arabicque, assembla quelques Chevaliers autour d'un piot et, après boire s’escria « Or çà, compagnons, ne courons-nous pas a ces gens-là ? ».« Si ferons donc, respondirent les autres, et distribuez leurs biens à ceux qui vous auront servi honestement".
De ceux-cy se trouvèrent le Duc de Bavière, le seigneur Joyeusini, ancien bandit de l’île de Corse, trousseur et détrousseur fameux, le Baron de Saint-Pol et Barberousse, auteur de ceste Chronicque.
CHAPITRE SECOND
Comment fut assemblée l'Est et comment elle quitta les rives embaumées du lac de Tchad
Adoncques installa son camp le Duc de Longuechausse en lieu dit Mézerak, c'est à dire en langue Mahométane le pays des voleurs (mais ne voyez point là allusion quelconque).
Chaque Seigneur amena ses Ecuyers ses gens d'armes et sa maison. Là furent bientôt assemblés sept cent nonante et sept archers et hacquebutiers plus noirs que ces chaudrons que l'on nomme sokhan en langue tchadienne et dont la seule vue suffisoit pour mettre l’ennemi en fuite.
Furent commis :
- pour nourrir les vivants, le Docteur Leglenus, recteur de l'eschole de Ati (Ati est Ville de sapience en ces contrées comme diriez Sorbonne à Paris ou Oxford chez les Anglois).
- pour soigner les blessés et malades, un très habile mire et médecin, le Sire des Maures qui guérissoit vérole chez les femmes par simple coït et chaude pisse chez les hommes par buccale ingestion de vin.
- Pour enterrer les morts, le Saint moine Hidebrand, qui estoit aussi expert à manier l'épée que le goupillon et n'entrevoyoit ennemi en l’autre monde qu'il ne l'ait préalablement absous de ses crimes et péchés. Mais estoit pour lui grande pénitence et mortification que de vivre au milieu de tels sacripants que comptait l'armée.
Là, vécurent quelques semaines afin d'organiser leurs charrois. Mais comme :e Docteur Leglénus pensoit nourrir les gens d'armes en leur récittant vers Grecs et Latins, commencèrent à se débander et à piller le pays alentour, le Duc ce Hautecouille alors roy du pays de Tchad, pressa donc Longuechausse de partir, ce que tous désiroient d’ailleurs vivement.
Un jour doncques s’esbranla la longue cohorte des gens d’armes sur les routes du pays de Tchad en direction de l’Orient.
En ces contrées point ne trouvèrent d’ombrage par chaleur espouvantable car les arbres n’y ont point de frondaisons.
De plus devoient souvent pousser les charrois enfoncés jusqu'a l’essieu dans le sable. Enfin, l’eau même manqua aux puits, ce dont souffrirent cruellement, non qu’ils en bussent mais parce qu’ils s’en servoient pour fraîchir leur vin.
A suivre...
Conte écrit par le Lieutenant François GARBIT, blessé en Syrie, mort à Damas en septembre 1942
Bibliographie du Capitaine François Garbit :
Dernières lettres d'Afrique et du Levant, Éditions Sépia-St. Maur, 2000.
(présentation sur le site memoire-net.org)
Carnets de route d'un méhariste au Tchad, Éditions Sépia, 1997.
Un Témoignage, Édition posthume par RDC, 1943.
EN SAVOIR PLUS
1 de la DFL -dossier sur Marcel Vincent, compagnon de la Libération
Bibliographie : voir la sélection et les critiques sur le site de Laurent Laloup
