1 Grande figure de la 13 DBLE - Pierre MESSMER

Pierre MESSMER 

« Servir la France »

 

 

Pierre MESSMER nous a quittés le 29 août 2007, il est décédé au Val de Grâce après une courte hospitalisation. Ses obsèques se sont déroulées aux Invalides où, selon sa volonté, seuls les honneurs militaires lui ont été rendus par la Légion Etrangère avec le drapeau de la 13ème demi-brigade venu spécialement de Djibouti. Il n’avait souhaité aucun discours célébrant l’homme exceptionnel qu’il avait été, sa droiture et sa fidélité au général de GAULLE.

 

Il n’en voudra cependant pas à ses anciens frères d’armes de la 1ère Division Française Libre de rappeler simplement ce que fut son parcours, celui d’un homme noble et grand, une référence dont ils sont fiers.

 

Présenter Pierre MESSMER en quelques mots, n’est pas chose aisée. On peut cependant affirmer, que sa longue et brillante carrière n’a obéit qu’à un seul objectif « Servir la France »

 

Servir la France dans la guerre et dans l’honneur,

Pierre MESSMER rallie le général de GAULLE à Londres en juin 1940 où il est affecté à la 13ème demi-brigade de la Légion Etrangère. Jeune sous-lieutenant il est engagé dans les expéditions de Dakar puis du Gabon ; en 1941 il fait campagne en Erythrée puis en Syrie ; en 1942 et 1943 c’est la Libye avec Bir Hakeim et El Alamein. La citation qui lui est décernée alors, est ainsi rédigée : « Magnifique officier de la Légion. Calme dans les pires moments. Tête froide. Très courageux. Dans la nuit du 23 au 24 octobre 1942, a entraîné sa compagnie à l’assaut de la position solidement organisée de Naq Kala. Malgré des pertes sévères, a enlevé son objectif dans le minimum de temps, infligeant de lourdes pertes à l’ennemi. Contre attaqué par des chars et des blindés ennemis, a décroché sur ordre et au dernier moment. »

Après la Libye il est nommé chef d’état major adjoint du général KOENIG, et entre à Paris avec la division LECLERC.

En janvier 1945, Pierre MESSMER est parachuté en Indochine, aussitôt cueilli par le Vietminh, enfermé dans une cage de bambou il fut promené de village en village. Il ne pesait plus que 45 kilos. L’exploit est qu’après deux mois de captivité, il ait réussi à s’évader et à traverser une région particulièrement hostile et presque entièrement inondée.

 

Servir la France dans la paix

 

Servir la France Outre-mer

En Indochine d’abord en qualité de directeur de cabinet du haut commissaire Emile BOLLAERT, puis en Afrique où il revient à sa carrière d’origine celle d’administrateur de la France d’outre-mer. Commandant de cercle à Atar (Mauritanie) de 1950 à 1951, Pierre MESSMER fut respectivement gouverneur de la Mauritanie, gouverneur de la Côte d’Ivoire, haut commissaire du Cameroun, haut commissaire en Afrique Equatoriale Française et enfin haut commissaire général de l’Afrique Occidentale Française où il assura le passage de la souveraineté française à l’indépendance des états. On est tenté, à ce sujet, de reprendre une réflexion d’André MALRAUX, « ce ne fut pas un transfert d’attribution, mais un transfert de destin »

 

Servir la France en politique 

Ministre des Armées en février 1960 il conservera cette fonction jusqu’en mai 1968. Il deviendra ministre d’état des Départements et Territoires d’Outre-Mer puis Premier ministre du Président de la République Georges POMPIDOU de 1972 à sa mort en 1974. Pierre MESSMER se replia, alors, sur l’Est de la France, en Lorraine, où il était député de la Moselle, il fut maire de Sarrebourg de 1971 à 1989, Président du Conseil général de Lorraine de 1978 à 1980. Battu aux élections législatives de 1988 il se retire de la vie politique en 1989.

 

Servir la France sur le plan culturel

Auteur de nombreux ouvrages, il était secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Le 25 mars 1999 Pierre MESSMER est élu à l’Académie Française où il succède à un autre grand gaulliste Maurice SCHUMANN, et sera Chancelier de l’Institut de France de 1999 à 2006. Il était resté toujours prêt à servir, n’avait-il pas dit quand il fut reçu à l’Académie française « vous m’avez offert une épée, ce n’est pas pour qu’elle reste au fourreau »

« Sans rien oublier » il estimait que le temps était venu « pour que les Français cessent de se haïr et commencent à pardonner »

 

Servir la France, sa fidélité au chef de la France Libre

Président de l’Institut Charles de Gaulle de 1992 à 1995 puis de la Fondation Charles de Gaulle de 1995 à1998 Pierre MESSMER succède au général d’armée Jean SIMON à la présidence de la Fondation de la France Libre. Par décret du Président de la République du 6 juin 2006 Pierre MESSMER est nommé Chancelier de l’Ordre de la Libération.

 

De nombreuses décorations récompensent cette remarquable carrière

Grand Croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, Croix de guerre 39/45 avec 6 citations.. ainsi que de nombreuses autres décorations françaises et étrangères.

 

Jusqu’à sa mort il est resté un pur gaulliste. Si la France a perdu « un des plus illustres enfants de notre République et de notre pays », nous avons perdu un frère de guerre, un ami.

Murati

 

 

MESSMER, Pierre (1916-2007)

 

Né à Vincennes, fils d'industriel, breveté de l'École nationale de la France d'outre-mer, docteur en droit et di-plômé de l'École des langues orientales, Pierre Messmer rêve depuis son plus jeune âge de la mer, du grand large, d'aventures lointaines. Après son service au 12e régiment de tirailleurs sénégalais (1937-1939), il est maintenu sous les drapeaux comme sous-lieutenant. Faisant un stage d'observateur en avion à la base d'Aulnat (Puy-de-Dôme), il entend, avec son ami Jean Simon, l'appel du maréchal Pétain à la cessation des hostilités (17 juin 1940). Tous deux décident sur-le-champ de partir pour Marseille afin de continuer le combat en Afrique du Nord : « La dignité d'un homme ne tient pas aux grades qu'il a atteints, aux distinctions qu'il a reçues, aux fonctions qu'il a remplies, à son intelligence ou à sa richesse, mais à l'usage qu'il fait de sa liberté, écrira-t-il dans ses Mémoires. [...] De ma liberté, je fis bon usage en quittant la France qui accepte l'armistice pour rejoindre en Angleterre ceux quiveulent reprendre le combat contre l'Allemagne et l'Italie. Ce choix a orienté le reste de ma vie ; il n'a pas été raisonné bien que le recul du temps lui ait donné une apparence raisonnable. »

Embarqués à bord du cargo italien Capo-Olmo, les deux hommes le détournent vers Gibraltar, puis l.iverpool, où le bâtiment parvient le 17 juillet, avec une cargaison qui permettra de payer les frais de fonctionnement de la France Libre pendant plus de deux mois. Engagé dans les Forces françaises libres, Messmer est affecté, à sa demande et toujours en compagnie de Jean Simon à la 13e demi-brigade de Légion étrangère.

Il participe à l'expédition sur Dakar et au ralliement du Gabon puis il se distingue, lors de la campagne d'Erythrée (mars-avril 1941), ce qui lui vaut d'être fait Compagnon de lu Libération (décret en date du 27 mai 1941). Commandant de compagnie en Syrie, il est promu capitaine (septembre 1941) et prend part à la campagne de Libye et aux batailles de Bir Hakeim (mai-juin 1942) et d'El-Alamein (octobre-novembre 1942).

Après la campagne de Tunisie, il est envoyé en mission aux Antilles auprès du général Jacomy, commandant supérieur des troupes, et Henri Hoppenot, délégué du Comité français de la Libéra¬tion nationale (juillet-octobre 1943) avant d'être affecté à l’état-major du général Kœnig, commandant en chef des forces françaises de Grande-Bretagne (janvier 1944).

Commandant (janvier 1945), il est envoyé à Calcutta comme chef de la Mission militaire administrative en Inde. Parachuté au Tonkin (août 1946) pour y créer une nouvelle mission, il est capturé par le Viêt-minh, mais s'évade au bout de deux mois. Il sera ensuite directeur du cabinet d’Emile Bollaert, haut-commissaire en Indochine (1947-1949). De 1950 à 1960), il occupera les plus hauts postes de l'administration coloniale en Afrique noire. Ministre des Armées (1960-1969), puis ministre d’Etat chargé des Dom-Tom (1971-1972), il deviendra ensuite Premier ministre (1972-1974). Président de l'Institut Charles-de-Gaulle, puis de la Fondation Charles-de-Gaulle (1992-1999), il succédera au général Simon à la présidence de la Fondation de la France Libre (2001), puis au général de Boissieu à la chancellerie de l’Ordre de la Libération (2006). Élu à l'Académie française au fauteuil de Maurice Schumann (1999), chancelier de l'Institut de France (1999-2006), il sera reçu sous la Coupole par François Jacob, ancien de la 2° division blindée et lui aussi Compagnon de la Libération.

François BROCHE

Dictionnaire de la France Libre