13ème DEMI BRIGADE DE LEGION ETRANGERE - Grandes figures : le Lieutenant-Colonel Brunet de Sairigné

Lieutenant-colonel Gabriel de Sairigné

 

Né à Paris le 9 février 1913 dans une vieille famille vendéenne, aîné de cinq enfants. Gabriel Brunet de Sairigné reçoit une éducation, où prévale les valeurs religieuses et familiales. De retour à Paris après quatre années passées à la Rochelle tandis que son père est retenu en captivité en Allemagne, Gabriel est un élève studieux des Frères des Ecoles chrétiennes rue de Grenelle puis du lycée Buffon.

 

Bien décidé à faire de sa passion de la mer un métier, il prépare le concours de l'Ecole Navale au lycée Saint-Louis, mais, manquant de goût pour les mathématiques, décide de tenter plutôt Saint-Cyr. Reçu en octobre 1932 dans la promotion « Bournazel », il rejoindra la promotion « Albert 1er » après qu'une pleurésie l'ait contraint à interrompre ses études, reprend son cursus au sein de la promotion . En octobre 1935, Gabriel part comme sous-lieutenant au 29ème bataillon de chasseurs à pied, une garnison des plus enviées, basée à Gérardmer dans les Vosges. Au bout de trois ans, il a si bien réussi auprès des jeunes recrues dont il a la charge qu'il est détaché à Strasbourg pour prendre en main un peloton d'élèves-officiers.

 

Septembre 1938 : les accords de Munich. « Ecœurement devant cet aveu de faiblesse ? Prescience que c'est ailleurs, sous d'autres cieux, qu'il lui faudra désormais exercer son métier ? Sairigné demande sa mutation à la Légion étrangère*. Affecté au Ier régiment étranger d'infanterie, il débarque en mars 1939 en Algérie à Sidi Bel Abbés, le « dépôt commun » de la Légion, et part aussitôt pour un poste isolé au beau milieu du désert. La guerre déclarée, le fougueux lieutenant ronge son frein. Le 28 février 1940, il réussit à rejoindre le bataillon de marche nouvellement constitué, destiné à entrer dans la composition d'une demi-brigade de montagne, l'unité appelée à devenir la 13ème demi-brigade de Légion étrangère. La grande aventure commence. Elle durera cinq années, au long desquelles Sairigné consignera quotidiennement ses impressions dans de petits carnets**.

 

Avril 1940 : la « 13 » embarque à Brest pour la Norvège. C'est à Narvik - la seule victoire alliée de la campagne 1939-1942 - que Gabriel de Sairigné gagne le 15 mai sa première citation à l'ordre de l'armée : « Officier d'élite, s’est imposé par son sang-froid et sa splendide attitude au feu ». De retour en France, sous la pression de l'avance allemande, il monte in extremis le 18 juin sur un ferry-boat à destination de l’Angleterre : il sera l'un des volontaires de la première heure aux côtés du Général de Gaulle.

Le 31 août, la demi-brigade reconstituée embarque à Liverpool à destination des possessions françaises d'Afrique Noire. Après le malheureux épisode de Dakar où les forces françaises libres sont accueillies à coups de canon, puis deux mois passés au Cameroun, Sairigné, promu agent de liaison, est appelé à gagner par la voie des airs le Soudan pour y préparer l'arrivée du régiment, tandis que celui-ci fait le tour du continent africain par le cap de Bonne-Espérance. L’éprouvante campagne d'Erythrée vaudra à Sairigné sa seconde citation à l'ordre de l'armée.

De Sairigné et Saint Hillier

A Massaoua, le grand port qui verrouille l'accès à la Mer rouge, tenu par les

Italiens, il réussit avec le colonel Monclar un fantastique coup de bluff et obtient la reddition de 15 000 hommes et de 450 officiers. Au lendemain de la campagne de Syrie, il sera promu capitaine.

Le 3 décembre 1941, Gabriel de Sairigné est, avec vingt-trois autres cadres de la 13ème DBLE, condamné par contumace par le tribunal militaire permanent d'Oran à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de tous ses biens « pour désertion à l’étranger en temps de guerre ».

Le 27 mai 1942, dans le camp retranché de Bir-Hakeim, en Libye, les canons antichars commandés par Sairigné mettent hors de combat 35 chars de la division italienne Ariete. Le capitaine aura aussi un rôle déterminant dans le succès de la sortie de vive force décidée au soir du 10 juin par le général Koenig. En août 1942, il est fait compagnon de la Libération par le général de Gaulle en même temps que Koenig et que le lieutenant-colonel Amilakvari.

Après les durs combats d'El Alamein, il prend le commandement du premier bataillon de la 13ème DBLE. En avril 1944, celui-ci débarque en Italie, recevant à Rome un accueil enthousiaste avant de prendre la forteresse de Radicofani qui va ouvrir aux armées alliées l'accès à la Toscane. Le 17 août 1944 Sairigné met enfin pied sur le sol de France en baie de Cavalaire, remonte la vallée du Rhône, contribue à la libération d'Autun, se heurte à une sévère résistance allemande dans les Vosges, en Alsace, dans le massif de l'Authion. Appelé aux fonctions de chef d'état-major de la 1ère Division Française Libre, le commandant de Sairigné est promu en mars 1945 lieutenant-colonel.

La victoire acquise, Sairigné rase son collier de barbe comme il se l'était promis.

A l'été 1946, tout jeune marié, il part prendre en Indochine le commandement de sa chère 13ème DBLE, basée à Gia-Dinh, un faubourg de Saigon. A 33 ans, il est le plus jeune chef de corps de l'armée française. Sous la houlette de son nouveau chef qui ne craint pas de conduire lui-même ses hommes au feu, la 13 enregistre de beaux succès militaires, démantèle les bandes rebelles en Cochinchine, déloge des ruines d'Angkor les Issaraks, équivalent du Viêt-minh au Cambodge, prend part à la reconquête de Hué dans le Centre-Annam.

Le 1er mars 1948, Gabriel de Sairigné est mortellement blessé dans l'attaque du convoi qui monte vers Dalat, une station climatique des hauts plateaux où il partait en permission, la première depuis son arrivée à Saïgon, avec son épouse enceinte et leur petite fille de neuf mois.

En mars 1968. les élèves de l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan choisiront pour parrain de promotion ce jeune chef mort en pleine gloire à l'âge de 35 ans, commandeur de la Légion d'honneur, titulaire de onze citations à l'ordre de l'armée. Le 19 octobre 2002, une statue à son effigie a été érigée aux Moutiers-les-Mauxfaits, le berceau de sa famille en Vendée, là même où il est enterré .

 

 

* « Mon illustre inconnu, enquête sur un père de légende », par Guillemette de Sairigné, nouvelle édition, Fayard 2005.

**« Les carnets du lieutenant-colonel Brunet de Sairigné », présentés par André-Paul Comor, Nouvelles Editions Latines, 1990.

 

Commandeur de la Légion d'honneur

Compagnon de la Libération - décret du 9 septembre 1942

Croix de guerre 1939-1945 (7 citations)

Croix de Guerre des TOE (4 citations)

 

Biographie sur le site de l'Ordre de la Libération

 

Quelques souvenirs, par le lieutenant-colonel Morel

 

Des souvenirs sur Sairigné ? Ils ne manquent pas. Ce fut pour moi le bon compagnon, l'ami cher des bons et des mauvais jours, au cours de ces années fécondes...

Dans un cadre enchanteur de montagnes enneigées, c'est notre baptème du feu en Norvège. Il était lieutenant avec Arnault à la compagnie Kovaloff ; j'étais lieutenant avec Saint-Hillier à celle d'Amilakvari.

On avait mangé du lion. Fidèles aux principes sacro-saints des « points forts », si chers au colonel Monclar, illustrés plus tard dans le « catéchisme de combat », qui vit le jour sous les presses de Yaoundé, on avait monté de concert notre petite manœuvre. Pas très orthodoxe, certes. L'enjeu était la conquête d'un piton surplombant le lac Hartvigands. Sous l'appui de mes quatre Hotchkiss qui crachaient de 482, Sairigné s'emparait d'un seul élan de l'objectif. La sécurité n'était pas conforme aux règles de tir. « Tant pis, me dit-il, va toujours. » Les balles claquèrent sèchement à ses oreilles, mais le chasseur bavarois à l'edelweiss, troupe d'élite de la Wehrmacht, surpris de le voir déboucher d'une façon aussi inopinée, dut bientôt lâcher prise.

Sairigné avait le sourire, le sourire que je lui verrai toujours par la suite, même aux heures les plus graves.

15 mars 1941 -
Cette fois, la neige a fait place aux escarpements noircis par le soleil, la Légion, qui aime les larges horizons, se retrouve en Érythrée.

Les cotes sont passées de 482 à 2.113 mètres. L'ancien chasseur à pied très féru de montagne, s'y sent fort à l'aise, grâce à son endurance peu commune. Finies les grandes lampées d'eau glacée après l'effort, seuls quelques chameaux de bât distribuent une eau précieuse et javellisée. Ma compagnie, la 2e, vient de se faire étriller durement à l'Engiahat. On crève de soif. Je suis blessé avec Langlois ; les nouvelles arrivent, contradictoires et alarmantes au P.C. de la brigade. Aussitôt volontaire, Sairigné part, avec quelques camarades à la tête d'un groupe de reconnaissance et parvient le lendemain, au prix de quels efforts, à nous porter secours. « Pour du sport, ce fut du sport », me dit-il. Il passe la nuit, à mes côtés, m'enveloppe de sa grande pèlerine kaki, car il fait terriblement froid sur ces pitons élevés, où l'on se bat en short et casque de liège. Au réveil, il récupère un bourricot pris aux Ascaris pour m'évacuer sur « Dump B » et Cub-Cub.

Un signe d'adieu, son collier de barbe noire s'estompe, j'apprends, quelques jours plus tard, qu'il avait escaladé en vainqueur, cette fois, l'Engiahat : les cris de « Avanti Savoïa » se sont tus, la porte de Chiren est enfin ouverte.

10 juin 1942 : Bir-Hakeim - Je le retrouve encore au P.C. de la 5e compagnie, vers 18 heures, le soir de cette lourde journée si dramatique où l'on vient de subir les assauts rageurs de quatre vagues de Stuka. C'est le premier officier de la position que je revois depuis six jours. Me sachant à la peine, il a sollicité du général Kœnig cette mission. Blessé à la tête quelques heures auparavant, je suis couché au fond d'une petite tranchée éboulée, abruti et somnolent ; tandis qu'il me verse, d'autorité, une gorgée d'un précieux whisky, il me précise les détails de l'opération de la nuit.

Quelques heures plus tard, au cours de cette sortie, que seuls les initiés connaissent, je le revois, toujours debout, parabellum au poing, calme, insouciant des traceuses et des éclats des minen, orienter les uns, se pencher avec compassion sur les mourants et entraîner ses légionnaires aguerris aux cris de : « En Avant ! La Légion ! » à l'assaut des résistances ennemies où sa grande silhouette familière est un gage de succès.

Dors en paix, Mon Cher Gabriel, fidèle témoin de mes misères, ta présence m'aidera encore dans les heures difficiles.

Le lieutenant-colonel Morel
Extrait de la Revue de la France Libre, n° 7, avril 1948

Ecrits du Lieutenant Colonel Brunet de Sairigné

André-Paul Comor.

" Les carnets du Lieutenant-Colonel Brunet de Sairigné ".

1988 / N.E.L / Paris.

Conférence du Lieutenant-Colonel Brunet de Sairigné

Conférence sur la guerre de Libye par le Lieutenant Colonel Brunet de Sairigné

"Conférence faite au Grand Palais à Paris, le 27 octobre 1945, par le lieutenant-colonel de Sairigné, qui se distingua à Bir-Hakeim où il commandait la compagnie lourde du 2e bataillon de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, et qui tomba glorieusement à l'ennemi en Indochine, le 1er mars 1948, comme commandant de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, à l'âge de 35 ans, commandeur de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, croix de guerre avec 9 palmes. Cette voix d'outre-tombe est qualifiée entre toutes pour nous conter cette guerre du désert.

Sur France-Libre.net

Hommage au Lieutenant-Colonel Brunet de Sairigné

Allocution_-_Hommage_a_Gabriel_de_Sairig
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Récit de Gustave CAMERINI (13 DBLE) sur un épisode de la Campagne d'Italie