RICHARD Christian

19/04/1924 - 14/04/1999

Grade : Margis

Unité : RA

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : Paris

Profession : etudiant

Ralliement : londres (oct.-41)

Date de décès : 14/04/1999

 

Écrits

Christian Richard , disparu le 15 avril 1999 était né le 20 avril 1924 à Paris.

Le 16 septembre 1941, avec son frère cadet Guy et ses amis Reynold Lefebvre (16 ans), Pierre Lavoix (18 ans) et Jean-Paul Lavoix (16 ans), ils réussissent l’exploit hors du commun de traverser la Manche à la barbe des Allemands pour rallier la France Libre.

Ils s’embarquent à Fort Mahon (Somme) sur deux canoës canadiens en bois vers 21 heures le 16 septembre et parviennent en Grande-Bretagne le surlendemain après avoir longuement bataillé contre les vents et les courants.

Ils sont reçus par Sir Winston Churchill et chaudement félicités par le Général de Gaulle.

Dirigé sur l’École Militaire des Cadets de Malvern, Christian Richard y restera jusqu’en décembre 1942. Après un bref séjour à Camberley, il rejoindra le 1e RA en juillet 1943 et fera avec cette unité la campagne d’Italie, le débarquement en Provence, la campagne de France et l’Authion.

Ses obsèques ont été célébrées à Paris en présence d’une délégation de l’Amicale de la 1e DFL dont Philippe Blachais qui l’avait eu sous ses ordres ainsi que des Cadets de la France Libre.

Le drapeau de l’Amicale de la 1e DFL lui a rendu un dernier hommage.

Source : Les Cadets de la France libre de E. Bergot

Cinq garçons traversent la Manche en canoë par Jean et Pierre Lavoix

Au début de la guerre, comme beaucoup de gens du Nord, nous avions évacué les centres pour des régions que l’on aurait cru moins exposées.

C’est ainsi que dès 1939, avec mon frère qui devait lui aussi connaître la glorieuse épopée des Forces françaises libres, je devins habitant d’un petit village de la côte : Fort-Mahon, plage située à 60 kilomètres au sud de Boulogne.

Là devait nous surprendre l’invasion, de là devaient partir nos premiers pas vers la revanche. Déjà avant, l’invasion, héritage de ch’Timi, nous haïssions les boches.

Dès leur arrivée, mon frère qui avait à ce moment un peu plus de 17 ans et moi un peu plus de 15, nous organisions notre résistance dans la mesure de nos faibles moyens.

L’appel du 18 juin du général de Gaulle et l’exploit de Mour-zouk nous avaient fait frémir.

Nous voulions, dès que ce serait possible, rejoindre les Forces françaises libres. Nous ne voulions pas accepter d’être des vaincus. Très rapidement pour nous, passionnés du canoë et de la mer, devait germer l’idée de partir tout droit au plus court, à travers la Manche, pour gagner l’Angleterre.

À notre tour de garder au combat la place de notre père en 1914, de notre grand-père en 1870, le droit d’être des Français, debout. Et en fiers enfants de Gayant, notre géant national de Douai, nous commençâmes notre entraînement, cherchant toutes les possibilités, calculant tous les détails, nous endurcissant dans notre volonté de départ, écartant toutes les objections de notre famille, attendant avec impatience le moment propice.

Après une mauvaise saison, je parle de l’été 1941, notre dernière occasion de départ devait se présenter.

À la mi-septembre, nous étions fin prêts. Nous avions une bonne équipe. Deux autres amis parisiens, se trouvant à Fort-Mahon dans les mêmes conditions que nous, avaient fait leur entraînement avec nous deux.

Puis un jour tombe du ciel un bon garçon, qui, venu seul de Saint-Denis, avait, lui aussi, pensé, à la route de la Manche. Le hasard nous fit rencontrer. Nous décidâmes de partir ensemble : Christian et Guy Richard ; parisiens du Vésinet ; Lefebvre, de Saint-Denis, Pierre et Jean Lavoix, de Douai.

L’amiral mon frère aîné, avait alors 19 ans, le plus jeune en avait 15 et demi, j’en avais pour ma part 17.

Les moyens : nous avions deux canoës canadiens en bois, dont un avait été réparé pas nos soins. Nous avions des vivres, 15 boîtes de biscuits de soldat, 100 morceaux de sucre, 10 kilos de pain, un fusil et 45 cartouches, en cas de mauvaise rencontre.

Nous avions prévu le cas où l’un des canoës se retournerait et avions des ceintures de sauvetage ; nous envisagions de pouvoir en renflouer un éventuellement. Nous avions une voile par canoë et des pagaies de secours.

Le 16 septembre au soir, nous devions partir.

Un des canoës se trouvait sur la plage, l’autre dans la cour de la villa, en bordure de mer. Il faut avouer que par sécurité, nous n’avions prévenu personne de notre départ.

Vers 21 heures, après la patrouille, nous nous détachions tous les cinq, ombres silencieuses, nous dirigeant avec les paquets vers le premier canoë, peu rassurés, le cœur pincé d’un sentiment que seule donne l’aventure, nous faufilant dans les zones apparemment les plus sombres, nous gagnions le premier canoë, le portions au bord de l’eau. Puis nous revenions rechercher le second et l’emportions à son tour après avoir traversé, le cœur haletant, le glacis, guettant inquiets le poste allemand qui est tout au plus à 150 mètres ; nous sommes enfin à l’eau.

Nous nous répartissons comme prévu dans les embarcations. Enfin en route, la mer est phosphorescente et les coups de pagaies déclenchent des gerbes d’étincelles.

Là-haut, le petit poste de la dune ne bouge pas, la patrouille est passée il y a dix minutes. Pourquoi se passerait-il quelque chose ?

Nous pagayons avec rage : s’éloigner c’est se mettre en sûreté.

Non, car les dunes faisaient écran contre le vent d’est et maintenant la mer se creuse, l’eau embarque, il faut manier la casserole en guise d’écope. Là bas derrière, on distingue la masse sombre des maisons où nous devrions être bien au chaud, au lieu d’être aspergés par les vagues qui déferlent sans cesse sur nous. Nous distinguons dans la nuit d’encre la ligne des dunes, le blockhaus d’artillerie.

Nous sommes enfin partis. Les premières difficultés sont vaincues.

Nous hissons la voile. En avant ! Les deux canoës se suivent. Bouchons ballottés par la mer. Bouchons qui savent ce qu’ils veulent. La direction est prise, le cap sur les étoiles. Certes, nous sommes assez inconfortablement installés, mais nous avons calculé : dix heures de navigation et ce sera tout.

Mais ce bruit, ces lumières, qu’est-ce ? Nous baissons la voile, ils se rapprochent ; nous n’avions pas prévu les vedettes. Elles se rapprochent encore, un faisceau lumineux se promène. Par chance, nous sommes dans le creux de la vague, il passe au-dessus. Les vedettes boches s’éloignent, ouf ! La lueur diminue, s’estompe, s’éteint. Nous n’avons plus froid, nous étouffons. La voile est remontée, c’est fini.

Nous nous dirigeons toujours sur notre étoile. De tous côtés, à part les vagues crêtées d’écume, le noir, le noir absolu.

Mais ces lueurs là-bas, ces projecteurs ? Un bombardement. Ce ne peut être que Boulogne ! Mais alors, nous longerions simplement la côte !

Immédiatement nous sortons la boussole, la torche et vérifions la direction : nous avons fait une erreur, pas possible. Cependant, tout à l’heure, l’étoile donnait bien le cap. Oui, seulement, si l’étoile polaire est immobile, le chariot de la petite ourse tourne, c’est ce qui nous a mis dedans !

Vérifiant le cap à la boussole, périodiquement, nous reprenons notre cauchemar. La mer est toujours agitée ; adossé au mât, tout à l’avant du canoë, une étrange torpeur m’envahit et je sommeille, éclaboussé par les lames.

Enfin la mer se calme, l’on se sent moulu, si je puis dire. La nuit blanchit, l’aube vient. Nous regardons autour de nous, toujours la mer.

Non, là-bas, légèrement à droite, sous les premiers rayons du soleil resplendit comme un point brillant la côte de France, ce doit être le Gris-Nez.

Et puis plus rien, adieu la France. C’est fini ! La mer, de l’eau, encore de l’eau, toujours de l’eau !

Nous sommes joyeux, le cauchemar est fini, la houle est assez faible, régulière. Le soleil réchauffe ; nous nous restaurons et à la voile et à la pagaie, nous continuons notre route.

Soudain un vrombissement : nos deux voiles tombent. C’est un boche, pas d’erreur. Il ne nous a pas vus ; il s’éloigne lui aussi comme les vedettes de la nuit précédente. Nous n’oserons plus mettre la voile et à la pagaie nous continuerons notre marche.

Nous sommes plein d’optimisme, vers le Nord un cumulus de nuages apparaît, barre tout l’horizon, ça ne peut-être qu’une condensation annonçant la terre.

En effet, bientôt, vers midi, nous apercevons une ligne plus sombre. Enfin la terre.

Nous considérons la bataille comme gagnée. Nous avançons rapidement, arrêtant de temps en temps pour grignoter un biscuit, sucer un morceau de sucre, et même changer les équipes, puis remettant la voile, nous faisons des courses.

La terre approche, mais le vent change nous obligeant à rentrer la voile... L’équipe du deux est un peu fatiguée, nous prenons le deux en remorque, après un temps, ils reprennent leur autonomie, mais la mer se durcit, le courant n’a pas l’air de nous être favorable ; si la côte est bien visible plus moyen d’avancer, il peut bien être 16 heures.

Pendant deux heures nous luttons à tout prix, jetons les vivres, le fusil, les cartouches... une voile par dessus bord. Cependant, nous ne pouvons avancer. Après deux heures de lutte, épuisés, nous décidons d’essayer de dévier sur notre gauche où semble se dessiner une baie. Nous allons essayer de nous glisser dans la baie où, espérons-nous, la mer sera plus calme. Sur une mer vraiment déchaînée, à l’échelle de notre canoë, nous virons. Il est bien 18 heures.

Tout à coup apparaît un Spitfire, il va passer au-dessus de nous, nous faisons des signaux, il vire. Il nous a vus !... Nous allons être secourus. L’espoir nous redonne des forces, la mer encore dure est moins forte : nous bondissons sur les vagues. Soudain, au loin, face à une falaise : une vedette, elle a l’air d’appareiller, devenir vers nous... Non, elle vire, et malgré nos signaux, elle s’éloigne est-ce fini ? Un peu de courage, nous continuons à pagayer. Soudain, du fond de la baie, un point noir ; ce doit être un canot automobile. Il vient vers nous, nous faisons des signaux. Nous voit-il ? Non, lui aussi tourne et disparaît. C’est fini !...

La nuit tombe, sur une étoile nous regardons la direction. Trois, dix étoiles scintillent ; exténués, nous amarrons les deux canoës l’un à l’autre. Nous nous allongeons dans le fond et sombrons dans le néant au bruit du clapotis des flots.

Soudain un cri ! Des projecteurs ! En effet, trois projecteurs dressent dans le ciel leurs faisceaux lumineux. S’il y a des projecteurs, il y a terre. En un tour de main, les canoës sont désamarrés et nous sommes à nouveau à pagayer avec ardeur dans la direction de l’espoir. Hélas, bientôt un à un les projecteurs s’éteignent, encore quelque temps nous nous dirigeons sur une étoile et comme les autres elle nous trahit et raccrochant les esquifs, nous nous replongeons dans le néant.

Quel est ce bruit étrange qu’on entend ? Ce n’est certes pas le bruit de l’eau sur notre canoë, il est plus profond, plus sourd ; l’un de nous lève la tête et s’écrie : Terre ! La terre est là tout près. En effet, une magnifique falaise blanchâtre se découpe sur le ciel plus noir. Nous nous remettons en route. Le courant est dur, nous devons trimer pour en sortir. Mais qu’est devenu l’autre canoë ? Moins maniable que le nôtre, il part à la dérive ; nous partons à son secours, le prenons en remorque. Nous voilà sortis, la côte est là tout près. Doucement nous évoluons entre les rochers, nous y voilà. Terre ! Nous ne sautons pas poussant des cris de joie... Rien. Totalement épuisés, nous traînons les canoës contre la falaise, puis, chacun dans son coin de rocher, nous nous couchons et nous endormons.

Quand nous nous réveillons, la mer est là toute proche. De la falaise qui est très haute, descend un filet d’eau. Enfin nous nous désaltérons.

Nos tenues sont bien piteuses. Au loin, un petit casino sur pilotis : une ville. Nous n’en croyons pas nos yeux. Allons-nous faire une entrée triomphale en canoë dans le pays ? Pour ma part, je jure bien de ne jamais de ma vie remettre les pieds sur l’eau. Nous décidons que tandis que l’un des canoës suivra la côte, les autres, à pied, gagneront le village ou la ville.

Arborant fièrement notre drapeau en haut du mât, le petit Canadien part en longeant la côte, à la grande stupeur des Anglais. En marchant le long de la côte, nous rencontrons bientôt des ouvriers qui après avoir regardé et vu notre drapeau comprennent, nous serrent vivement la main à grand renfort de discours auxquels nous ne comprenons rien.

Ils nous emmènent par une échelle en haut de la falaise, nous offrent à boire et à manger, appellent un agent de service qui téléphone à la police station.

Bientôt arrive un car, et nous voilà partis, Nous récupérons l’autre canoë et nous arrivons à la police station, où nous prenons douche et réconfort. Nous commençons à être interrogés sur toutes les faces. Nous sommes conduits dans les bureaux de l’Intelligence Service.

À Londres

Là, tout fiers, nous signalons les emplacements de tous les ouvrages de la défense allemande que nous connaissons. C’est ainsi que nous constatons avec plaisir que nos nouvelles vieilles de trente heures, nos nouvelles de gosses, intéressent prodigieusement tous ces messieurs. D’entrée nous pouvons dire que nous avons servi.

Puis nous sommes présentés au général de Gaulle. Celui à qui tous les Français devaient tous leurs espoirs nous reçoit dans son bureau de Carlton Garden. Il nous parle de la France, des Français libres, nous interroge sur notre voyage. Nous étions bien payés de nos peines.

Puis, le lendemain, on nous annonce que nous allions voir un important personnage britannique. Quelle ne fut pas notre surprise d’être reçus par le Premier ministre britannique comme des ambassadeurs, ambassadeurs de la jeune France... Celle qui n’avait pas été vaincue.

– Voilà le visage de la vraie France , dit M. Churchill.

Lui aussi, en un français pénible mais correct, nous interroge sur la France. Puis ce fut Mme Churchill, l’on nous fit même visiter la salle du Conseil des ministres. C’était le 22 septembre 1941, au 10 Downing Street, à Londres. Mon frère s’engagea dans la marine française libre.

Les quatre que nous étions, entrons à l’École des Cadets. Là était le visage de la vraie France comme avait dit M. Churchill. Cadets de la France Libre, qu’êtes vous devenus ? Sur tous les champs de bataille, vous vous êtes battus, comme mon très cher camarade le sous-lieutenant Lefebvre, de Saint-Denis, qui mourait le 17 janvier 1945, à l’âge de 20 ans, dans les plaines d’Alsace, près d’Obernai, pour ne pas vouloir exposer ses hommes qui voulaient le relever alors qu’il avait été blessé gravement au cours du bombardement.

Les petits Cadets que le Général aimait bien et qui, l’heure venue, se montrèrent partout des héros.

Extrait de France Libre-Nord , n°5