MENARDIERE Hervé

21/04/1924

Unité : CAC 4

 

Français Libre

 

À propos

 

Écrits

Témoignage sur les circonstances de mon ralliement à la France libre, en Grande- Bretagne (juin-juillet 1940)

A la fin de l’année scolaire 1939-1940 passée en classe de Première A (latin- langue anglaise) dans un collège d’oratoriens replié en Normandie, près de Saint Lô, je me préparais aux épreuves du baccalauréat 1partie. J’avais seize ans depuis le 21 avril.

Le 9 juin (ou le 10), le Père supérieur du collège nous annonça, en raison de l’avancée foudroyante des troupes allemandes, sa décision de nous renvoyer dans nos familles. Le 9 juin (ou le 10), le Père supérieur du collège nous annonça, en raison de l’avancée foudroyante des troupes allemandes, sa décision de nous renvoyer dans nos familles.

Après quelques jours de bicyclette et de train, je rejoignis Brest où se trouvait mon père, puis Camaret où ma mère et mes frères et sœurs (je suis l’aîné de huit) étaient arrivés plus rapidement que prévu, en raison des circonstances.

L’écrit du baccalauréat fixé initialement au 17 juin était reporté à une date ultérieure.

Mon grand-père paternel, résidant également à Brest, était persuadé que les Allemands allaient prendre tous les jeunes et insistait auprès de mon père pour que je quitte la France, au plus vite.

Le 18 juin, mon père vint me chercher à Camaret et sur le chemin de Brest, dans le taxi, un de mes oncles me recommanda — par carte de visite — à un des ses cousins qui dirigeait une école de pêche, au Canada, où je devais poursuivre mes études.

A peine arrivé à Brest, mon père qui était passé à la banque me remit, en plus de son chapeau de feutre et de son imperméable, deux billets de 5 000 francs et dix pièces en or de vingt dollars américains.

Il m’accompagna au port de commerce et me recommanda au commandant Constantin, responsable du paquebot Meknès, transformé en transport de troupes : à bord, avaient déjà pris place les unités du Corps expéditionnaire français, revenant de Norvège et partant en Angleterre pour poursuivre la lutte. Des ouvriers ou apprentis de l’arsenal, des étudiants et lycéens étaient aussi embarqués.

Après avoir embrassé ma mère et mes frères et sœurs quelques heures plus tôt, je me séparai de mon père, ne me doutant pas de tout ce qui m’arriverait pendant quatre ans et demi. Je ne devais en effet les revoir qu’en décembre 1944, à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, à la suite de graves blessures aux jambes, faites dans les Vosges le mois précédent.

Le Meknès quitta Brest le 18 au soir et ses passagers n’entendirent pas l’appel du général de Gaulle, à la Radio de Londres, le même jour, en fin d’après-midi (pour la grande majorité d’entre eux, comme pour la quasi-totalité des Français, le Général était un inconnu).

La traversée se déroula sans incident. Militaires et civils tuaient le temps de leur mieux : légionnaires et chasseurs alpins côtoyaient de jeunes Bretons appartenant à des milieux sociaux très différents.

Le 20 juin (ou le 21), dans la journée, le Meknès accosta à Southampton et ses passagers prirent place dans des trains qui devaient les conduire au centre de l’Angleterre, à Stoke-on-Trent, entre Birmingham et Manchester, puis en camions, à Trentham Park, dans un camp planté de tentes pour leur hébergement. Tous les jeunes civils étaient groupés par 10 (ou 12) et encadrés par des gradés de chasseurs alpins : j’ai ainsi eu la chance de faire partie du groupe du caporal Jean Holley, Brestois d’origine, que j’avais connu, auparavant, dans la 1troupe scoute de Brest.

C’est à Trentham que le général de Gaulle prit contact le 29 juin avec son camarade de promotion le général Béthouart, ancien commandant du Corps expéditionnaire en Norvège, responsable de tous les militaires et civils regroupés dans ce camp. A la suite de ces entretiens, un choix s’imposait à chacun : ralliement au général de Gaulle et engagement dans les Forces françaises libres ou retour en France. Nombreux furent les militaires qui, suivant le général Béthouart, optèrent pour la seconde solution. Tous les autres, légionnaires sous les ordres du colonel Magrin-Verneret (qui deviendra Monclar) et chasseurs alpins suivant le chef de bataillon Hucher, ainsi qu’une très grande proportion des civils embarqués le 18 à Brest, faisant acte de volontariat, étaient transportés le 1juillet à Londres et regroupés à l’Olympia Empire Hall pendant quelques jours.

Le 7 juillet, le général de Gaulle venait rendre visite à ses ralliés qui signaient leur engagement, à compter du 1juillet dans la France libre, pour la durée de la guerre.

Le bataillon de Chasseurs, composé de chasseurs alpins et des jeunes civils tout juste incorporés, habillés et équipés, était installé le 9 juillet à Aldershot (30 à 40 km au Sud-Ouest de Londres) dans le camp de Delville et hébergé dans des baraques semi-sphériques, en tôle ondulée. Le bataillon de la légion, lui, était dans le camp voisin de Morval.

En très peu de temps, les jeunes volontaires apprirent les rudiments du service intérieur, le pas cadencé, le maniement des armes, le démontage et le remontage du fusil individuel ou du fusil-mitrailleur.

Je faisais partie de la 4section (lieutenant Dureau) au sein de la 1compagnie (capitaine Lalande) et le 14 juillet, à Londres, lors de la revue des petits détachements Air, Terre et Mer par le général de Gaulle, et du défilé de Whitehall à la statue du maréchal Foch, je portais le fusil-mitrailleur de mon groupe et je me souviens de l’enthousiasme de la population sur notre passage : des personnes âgées essayaient de rompre les cordons de police pour toucher les petits Français qui continuaient la lutte aux côtés des Britanniques.

Trois mois plus tard, avec quelques camarades de mon âge, j’étais convoqué par le capitaine Lalande qui nous apprenait la décision du commandement de nous envoyer au Prytanée de la France libre pour devenir un jour officiers. Nous étions trop jeunes pour partir nous battre en Afrique avec le bataillon.

Témoignage recueilli par Fred Moore

Souvenirs épars, 1940-1942 : ceux qui sont engagés à 20 ans dans les FFL se souviennent, Espoir n°71, juin 1990