1 DE LA DFL - souvenirs, témoignages...Robert Bineau (RA), Compagnon de la Libération évoque son engagement dans la France Libre (2006)
Le Compagnon de la Libération Robert BINEAU nous a quittés le 18 novembre 2011
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Robert BINEAU est né le 11 janvier 1914 à Vasles (Deux-Sèvres) dans une famille de cultivateurs. Il effectue son service militaire, d'avril 1935 à octobre 1936, au 105e régiment d'artillerie lourde (RAL) , qu'il termine avec le grade de maréchal des logis. Commis du Trésor en 1936, il est mobilisé en septembre 1939, dans ce même régiment, avec lequel il participe à la campagne de Belgique. Blessé le 1er juin 1940 à Dunkerque par un éclat de bombe à l'oeil droit, il est évacué vers l'Angleterre où, à l'hôpital, il prend connaissance, par les journaux, de l'appel du général de Gaulle. Il s'engage alors dans les Forces françaises libres, le 1er juillet 1940 et part en novembre, à peine remis de ses blessures, pour Brazzaville. Du 15 janvier au S avril 1941, il sert à la batterie côtière de Pointe-Noire, puis, affecté au Tchad en avril 1941, il participe avec une section de 75 aux travaux de défense de Fort-Lamy sous les ordres du colonel Leclerc.
Dirigé sur le Moyen-Orient en février 1942, il est, de passage au Caire, désigné pour le 1er régiment d'artillerie de la 1ere division française libre (1ère DFL) qu'il rejoint à Bir-Hakeim le 14 mai 1942.
Affecté à la 2e batterie, il reçoit le commandement de l'échelon arrière, chargé du ravitaillement et de la solde. Après les combats d'El-Alamein où il reçoit sa première citation, il est admis au peloton d'élèves aspirants de Gambut. Il prend part ensuite, avec le 1 er régiment d'artillerie coloniale (1er RAC), aux combats de Libye et de Tunisie. Il s'illustre durant la campagne d'Italie, du 11 mai au 12 juin 1944, notamment au cours d'une attaque sur le Rio Forma Quesa. De nouveau blessé par un éclat d'obus à la cuisse gauche le 12 juin 1944, il est, malgré tout, présent au débarquement en France, à la trouée de Belfort, aux combats défensifs du sud de Strasbourg (janvier 1945) et dans les Alpes (avril 1945), où il remplace son commandant d'unité blessé. Lieutenant à la fin de la guerre, il reprend ses anciennes fonctions en tant que percepteur, puis trésorier principal en 1965.
Commandeur de la Légion d’honneur, il est Compagnon de la Libération par décret du 17 novembre 1945.
Juin-juillet 1940 à Londres
Extrait du livre de Henri WEILL : Les Compagnons de la Libération, Résister a 20 ans. Editions Privat, 2006
2 juin 1940 au matin. Je suis sur un lit d'hôpital, en Angleterre, dans la banlieue de Londres.
Dans la salle où je me trouve, quarante blessés dont sept Français, des Anglais, des Canadiens, un Marocain, un Allemand ont été installés au hasard de leur arrivée.
La veille, vers 16 h 30, j'avais pu, avec trente et un de mes camarades d'unité, embarquer, après bien des péripéties, sur un bâtiment britannique qui, de Dunkerque, évacuait des troupes alliées encerclées par les Allemands. En haute mer, le bateau avait été attaqué par des Stukas et sérieusement endommagé. Blessé moi-même au cours du combat, j'avais été, de Douvres, dirigé sur l'hôpital.
Il fait beau temps en ce 2 juin. Dans le calme ensoleillé de la campagne anglaise, il nous faut panser nos blessures, mais aussi éliminer la fatigue physique et surtout cette formidable tension accu-mulée au cours de vingt jours de combats et de retraite en Belgique et en France. Les bons soins, la diligente attention du personnel de l'hôpital, les visites des Français de Londres, le calme ambiant aideront à les éliminer rapidement.
Restent les blessures, auxquelles il faudra le temps de se réduire et de se cicatriser. Avec les autres soldats immobilisés, nous essayons de nous tenir informés de ce qui se passe chez nous. Pas de radio mais les journaux anglais. Ainsi que les nouvelles fournies par ces Français de Londres.
Le 19 juin, nous apprenons que, la veille, un général français a, sur les ondes de la BBC, lancé un appel à poursuivre le combat et à se joindre à lui. Il s'appelle de Gaulle. Son nom ne me dit rien.
Nous voici isolés en territoire étranger, perdus au sein d'une population qui comprend mal cette déroute de l'armée française. Peu familiarisés avec l'anglais - que je déchiffre et parle avec lenteur -, sans nouvelles de nos parents, de nos proches, nous nous sentons mal à l'aise et tentons de réagir du mieux possible.
Les soins continuent d'être attentifs. Convalescents, nous sommes invités dans des familles. Curieux Anglais ! Insouciants ou inconscients ? Leur gouvernement ayant décidé de continuer la lutte, ils ne doutent pas un instant de la victoire finale. Quand ? Peu importe... ils gagneront la guerre ! Leurs soldats ont, certes, perdu une grande partie de leur armement et matériel mécanisé à Dunkerque, leurs recrues font, pour l'heure, l'instruction du fusil avec des manches à balai... mais ils demeurent confiants.
La Home Guard s'organise avec tous les civils qui offrent tout leur temps disponible à la défense passive.
Et le temps passe. Entre nous, ce sont de longues discussions. Qu'allons-nous faire ? Continuer la lutte avec les Britanniques ? Rejoindre le général de Gaulle ? Être rapatriés en France par des navires-hôpitaux ? Pourquoi ne pas choisir cette dernière solution car, après tout, nous avons fait notre part. Et puis ces Anglais, ne viennent-ils pas, le 3 juillet, de commettre l'énorme erreur de couler la flotte française ancrée dans le port de Mers-et-Kébir ?
Un émissaire du général de Gaulle nous rend visite et tente, assez maladroitement, de nous convaincre de le rallier. Rien ne presse certes, mais il va falloir bientôt décider.
Solution la plus facile : être rapatrié et retrouver ma famille, mes occupations, la « paix » chèrement payée, mais la paix quand même. Mais c'est retrouver l'occupant (ma famille réside en zone occupée) qui retient prisonnière une bonne partie de l'armée française.
Et puis, cette défaite me paraît tellement injuste, notamment parce que nous n'avons pas, mes camarades et moi, la sensation d'avoir failli à notre devoir de soldats. Nous avons été terrassés par la mise en oeuvre de moyens auxquels nous ne pouvions pas répliquer.
Rester chez les Anglais, mercenaires ? Continuer alors la lutte avec le général de Gaulle ? Un défi pour nous qui avions affronté l' armée alleamnde. Peu de chance d'en sortir vivants et, si oui, dans quelles conditions ? Dans tous les cas, c'est être coupés de la France et des êtres qui nous sont chers, pendant longtemps, très longtemps.
Que décider ? Seul avec sa conscience, sseul avec soi-même, seul avec son destin.
J'avais 26 ans. J'étais célibataire, fonctionnaire des Finances, n'ayant aucune vocation particulière pour les armes. Ni l’un de ces « patriotes » qui, à tout propos, évoquaient le drapeau tricolore en chantant La Marseillaise.
J'avais près de 5 ans à la fin de la Première Guerre Mondiale. Mon enfance avait été bercée des récits des combattants de 14-18. Mon père avait fait la Somme, Salonique, Verdun.
Mon premier instituteur, était un jeune lieutenant de l’aviation fraîchement démobilisé. Le 11 novembre était pour nous la célébration d'un culte où, dans nos villages, nous dansions autour de feux de joie en chantant l'hymne national.
Inconsciemment, la patrie était pourtant en moi ; cette France était maintenant occupée et pour combien de temps ? Et puis, le maréchal Pétain venait de prendre en charge les destinées du pays, lui que mon père m'avait toujours dépeint comme un pessimiste.
Ah, si je pouvais consulter mes parents !
Au terme d'une longue réflexion, je me décide, je relève ce défi. Encore à l'hôpital, je signe un engagement aux FFL, en date du 1er juillet 1940. Commence alors une aventure à laquelle rien, apparemment, ne m'a préparé.
Je dois à la vérité de dire que les Anglais, à quelque moment que ce soit, n'ont fait pression sur nous afin d’orienter notre décision.
Mieux, à Liverpool, au moment de l’embarquement des Français blessés à Dunkerque, certains ayant décidé de poursuivre la lutte ont finalement exprimé le désir de rentrer en France ; les Britanniques ont alors simplement rayé leur nom sur la liste « de Gaulle » et l'ont reporté sur la liste « France ».
Je profite de ce qu'un de mes camarades de régiment et de batterie rentre pour lui demander, par quelque moyen, de faire prévenir mes parents de ma décision. Je saurai, cinq ans plus tard, qu'il a accompli sa mission. Au total, très peu de blessés français de Dunkerque, hospitalisés en Angleterre, ont décidé de continuer la lutte (un sur cinquante ?).
Début septembre 1940. Me voici à Londres « engagé volontaire pour la durée de la guerre plus trois mois ». Je suis « Français libre », artilleur et maréchal des logis de réserve. Malgré mon violent désir de partir dans un camp d'entraînement, je suis affecté au bureau des effectifs parce que fonctionnaire.
Vers la mi-octobre, après le ralliement du Tchad, du Congo, de l'Oubangui, le général de Gaulle veut renforcer les services civils et militaires à Brazzaville, devenue capitale de la France Libre, et cherche des volontaires. J'en suis. En tenue militaire... anglaise.
Mon destin est scellé : parvenir, par la voie militaire, sous pavillon français bien sûr, quelles que soient les difficultés, quels que soient les risques, quel que soit l'itinéraire emprunté, à la libération de la France.
Plus de quatre années... Un parcours plein d'imprévus, de voyages, d'émotions, de combats : ler novembre 1940, départ de Liverpool à destination de Brazzaville. Cinquante-quatre jours en mer, sans toucher terre, sur un cargo mixte aménagé à la hâte. Douala puis Brazzaville vers le 15 janvier 1941. Fort-Lamy le 15 avril 1941 le RTST avec le colonel Leclerc, dix mois. Puis la Libye où je rejoins la 1ère DFL (division française libre) commandée par le général Koenig. Je suis affecté à la 2e batterie du ler régiment d'artillerie. C'est le 14 mai 1942, douze jours avant les combats de Bir-Hakeim. Puis la poursuite, El-Alamein, la Tunisie (1943), la campagne d'Italie, Rome (5 juin 1944), le débarquement de Provence (6 août 1944), Toulon, Lyon, Dijon, les Vosges, l’Alsace jusqu’en janvier 1945. Puis, avec l'armée des Alpes, l' Authion. Le 25 avril 1945, c’est la libération totale des Alpes-Maritimes.
8 mai 1945 : la 1ere DFL défile victorieuse dans la ville de Nice. La guerre est terminée.
J'ai rempli « mon » contrat. Blessé grièvement en Italie, puis dans les Vosges. Trois années de combat avec cette 2ème Batterie du ler RA où j'ai franchi tous les grades d’officier subalterne avec ces hommes avec lesquels j’ai éprouvé les mêmes peines, les mêmes joies.
Je « me » démobilise alors pour reprendre ma carrière administrative, interrompue pour « faits de guerre « le 2 septembre 1939. Nous sommes le 28 juillet 1945…
Lorsque Roquebrune-Cap-Martin faisait citoyen d'honneur Robert Bineau, Compagnon de la Libération : cet article et la photo qui l'accompagnent proviennent du site internet de la ville de MENTON. L'auteur en est Melody VISSIO
novembre 2010
Sur les 1038 que comptait la France, il n'en reste que 39. Robert Bineau, comme tous les Compagnons de Libération, fait partie de l'Histoire avec un grand H.
Mais Robert Bineau a aussi sa propre histoire personnelle, intimement liée à son amour pour Roquebrune-Cap-Martin, dont il a tenu la recette des impôts.
Et c'est pour ces liens de coeur que le conseil municipal a décidé de l'ériger au rang de citoyen d'honneur de la commune. Une distinction que vient de lui remettre le maire, Patrick Césari, lors d'une visite à son domicile mentonnais.
L'occasion était donnée à cet homme aussi humble que discret de raconter son exceptionnel parcours.
Bateau coupé en deux
À commencer par l'histoire de son prénom parce que Robert Bineau s'appelle en fait... André Bineau : « Mon père a dû se tromper sous le coup de l'émotion en allant me déclarer à l'état civil », explique celui qui est né le 11 janvier 1914 dans les Deux-Sèvres.
Après ses études, il devint percepteur. Mais le « Deux-Sévrien » doit partir faire son service à Bourges. « Comme j'avais fait des études, on m'a mis d'office au peloton des sous-officiers. Et comme j'étais bon en maths, je suis devenu artilleur », raconte-t-il avec amusement.
« J'ai été mobilisé à la frontière belge, sur la ligne Maginot. Je logeais chez l'habitant, on était tranquille. Jusqu'au jour où Hitler a décidé de passer par la Belgique, un pays neutre. Personne ne s'y attendait. Nous, on avait encore du matériel de 14-18 quand les Allemands avaient des machines de guerre modernes ».
Robert réussit à passer entre les bombes avec quelques frères d'arme, « comme on a pu ». Ils ont la chance d'être récupérés par des pêcheurs anglais clandestins, puis par un bateau de l'armée anglaise venu faire un déchargement à Dunkerque. « Mais ce bateau était une cible pour l'aviation allemande. Il a vite été coupé en deux par les bombes. C'était alors le sauve-qui-peut ! »
Il dort sur le canapé de De Gaulle
Robert ne se rappelle même plus comment il est parvenu à rejoindre Londres... avec des éclats d'obus dans une jambe et dans l'oeil.
Là-bas, après avoir été soigné, il croisera la route du général De Gaulle en personne. « Une nuit, j'ai dû lui porter un colis et traverser tout Londres. Il n'a pas voulu me laisser repartir, car c'était trop dangereux. Alors j'ai dormi sur son canapé ! Je l'ai revu des années plus tard et il s'en souvenait très bien. »
Sa lutte l'a ensuite mené aux côtés du général Leclerc vers Brazzaville, au Tchad, à Johannesburg, en Palestine, en Algérie... Mais aussi sur la bataille de Bir Hakeim en Lybie, un de ses souvenirs les plus marquants « Il y a eu plus de 900 morts. J'ai assisté là-bas à une messe en plein désert où participaient musulmans, juifs, catholiques et protestants. »
Quand la guerre se termine, il rentre à Menton et retrouver sa fiancée qu'il avait connue sur un poste d'observatoire dans le Borrigo. « Elle avait un laissez-passer pour monter à Sainte-Agnès. Elle passait tous les jours devant 120 hommes et elle m'a choisi moi ! », se réjouit-il encore aujourd'hui.
Par la suite, sa carrière administrative l'envoie occuper des postes partout en France, jusqu'en 1960 où il arrive pour prendre la responsabilité comptable de Roquebrune-Cap-Martin, Castellar, Gorbio et Sainte-Agnès.
En 1977, il prend sa retraite. Mais ne s'arrête pas là sa mobilisation. Jusqu'en 2005, il fait régulièrement le tour des écoles de la ville pour raconter, avec d'autres anciens combattants, l'histoire de la guerre.
Celui qui est déjà Commandeur de la Légion d'Honneur, qui a reçu la Croix de la Libération et la Silver Star américaine (entre autres récompenses), s'est réjoui de cette nouvelle distinction de sa ville d'adoption, qu'il a reçue avec grand honneur.
Mélody Vissio
Un adieu émouvant au Compagnon Robert Bineau
Extrait de l'édition en ligne de Nice Matin du jeudi 24 novembre 2011
Les hommages militaires ont été rendus, hier matin sur le parvis de la basilique Saint-Michel, au Compagnon de la Libération qui s'était installé à Menton à la fin de la seconde Guerre mondiale. (Photo Eric Dulière)
Un fervent hommage a été rendu, mercredi, au combattant de la France libre, ardent patriote et gaulliste historique. Robert Bineau, l’un des derniers Compagnons de la Libération
Famille, amis, Compagnons, autorités civiles et militaires ont rendu un dernier hommage, hier matin, à Robert Bineau en la basilique Saint-Michel Archange.
Représentant le Gal Bresse, de la Fondation nationale de la France Libre, Pierre Morrissée a prononcé l'éloge funèbre de Robert Bineau, ancien des Forces Françaises Libres. Âgé de 97 ans, il était l'un des 33 survivants des 1 036 Compagnons de la Libération. Il était notamment commandeur de la Légion d'honneur, titulaire de la croix de guerre 39-45 et de la Médaille de la Résistance avec rosette.
Un « parcours militaire enviable »
« Ceux qui ont eu le privilège de te connaître retiendront que tu étais un homme simple, accessible, courtois, aimable et discret, aimant vivre entouré de l'affection des siens et dans la tranquillité. Pourtant, ton parcours militaire, enviable, a été mouvementé », a rappelé celui qui prit la relève de Robert Bineau à la tête de l'association des Français libres de Nice.
(...) « Tu achèves la guerre avec le grade de lieutenant d'artillerie », précise Pierre Morrissée avant le « moment de l'adieu ». Et dans un dernier hommage emprunt de respect : « En toi un être profondément humain s'en est allé, mais saches que ta mémoire restera toujours dans le cœur des Français libres des Alpes-Maritimes qui t'adressent un adieu émouvant ».Une vie « exceptionnelle »
Le père Philippe Guglielmi a, quant à lui, voulu prier pour « celui qui a œuvré pour le pays (...) Dieu se souvient de tout ce qu'il y a de beau et de grand dans la vie de Robert ». Il a salué tous ceux qui sont « venus en ce jour accompagner dans sa dernière demeure celui qui a rempli sa vie d'amour. Une vie exceptionnelle consacrée à sa famille, son pays, sa ville, sa région.» « J'ose l'affirmer, là où il se trouve, c'est lui qui prie pour vous et pense à vous auprès de Dieu », a conclu le nouveau curé de la paroisse Notre-Dame-des-Rencontres. Robert Bineau a été inhumé hier au cimetière du Trabuquet.
On notait la présence de Colette Giudicelli, sénateur et vice-présidente du conseil général des Alpes-Maritimes. (...) Une messe sera célébrée pour Robert Bineau en l'église du Sacré-Cœur lundi 5 décembre prochain par le père Jean Bernardi.