1 DE LA DFL : récits retouvés - Commandant Pierre DELSOL du BIM-BIMP (1909-1987) In memoriam, par le Général MAGENDIE

IN MEMORIAM

ÉLOGE FUNEBRE

DU COMMANDANT Pierre DELSOL

Compagnon de la Libération


Pierre DELSOL, sergent de la lère compagnie du ter BIM en Juin 1940 refuse d'accepter la défaite de sa Patrie : la FRANCE. Lieutenant à la Sème compagnie du même bataillon, le 23 Août 1944, Pierre DELSOL grièvement blessé à LA GARDE, devant TOULON, amputé du bras droit, doit cesser le combat dans l'honneur et la Victoire.

 

Pendant quatre ans, il n'a jamais cessé de lutter pour fa Libération de son pays, sur tous lis champs de bataille des trois continents du vieux monde méditerranéen.

 

Plus familièrement connu à la 1 ère Division sous son surnom de « MALAPESTE », hérité du folklore gascon lui servant à manifester sa surprise aussi bien que sa réprobation, les hommes qu'il a entraî¬nés à « déserter l'armée de la capitulation », puis essaimés dans les autres unités de la DFL ont conservé fidèlement le souvenir impérissable de « MALAPESTE » patriote ardent, soldat irréprochable, chef et camarade absolument sûr.

 

II appartenait au Général MAGENDIE, son dernier chef de bataillon du temps de guerre, revêtu de son uniforme, d'adresser au Commandant Pierre DELSOL l'ultime adieu de ses frères d'armes: d'y associer, par délégation du Chancelier de l'Ordre de la Libération, l'hommage de la cohorte des Compagnons dont huit d'entre eux l'ont accompagné jusqu’à son caveau funéraire marqué de la Croix de Lorraine.

 

Car Pierre DELSOL est décédé 2 Juillet 1987 à l'Hôpital de Nice; il avait 78 ans. L'outrage des ans avait singulièrement aggravé les profonds dommages provoqués par ses deux blessures de guerre. Après trois mois d'hospitalisation, une autre amputation était envisagée. Le destin a mis un terme à son calvaire.

 

Le 27 Juin 1940, dès que l'armistice est officiellement annoncé au 24ème Régiment d'Infanterie Coloniale, le sergent DELSOL et son jeune lieutenant de LABORDE-NOGUES, entraînant leurs hommes, décident de rejoindre la compagnie du Capitaine FOLLIOT qui, pour continuer à combattre, a décidé de passer en Palestine avec armes et bagages. De TRIPOLI où le 24ème tient garnison à HAIFFA plus de 200 kilomètres traversent le Liban cn passant par BEYROUTH. De faux ordres de mission ouvriront la route. Après BEYROUTH pour éviter la mise en alerte des postes frontière, les lignes télégraphiques seront sectionnées.

 

Pour tous les partants, c'est la révolte du patriotisme viscéral des humbles contre l'acceptation de l'humiliante défaite qui condamne la Patrie, unique patrimoine pour cette centaine de soldats insurgés contre la veulerie générale.

Le 6 Septembre 1940 la compagnie Folliot dotée d'un équipement britannique, au grand dam des Néo-Zélandais, et incorporée au ter Bataillon d'Infanterie de Marine, est admise, isolément, au « support group », d'infanterie de la 7ème Division blindée

Britannique. C'est l'époque de la première campagne de Libye du Général WAVEL contre les Italiens.

Fin Janvier 1941, M. W. CHURCHILL, Premier Ministre Britannique annonce à la Chambre des Communes la prise de TOBROUCK par les « forces britanniques et françaises libres ». Le Général de GAULLE exulte et fait décerner vingt Croix de la Libération. DELSOL est dans le lot; avec lui BRUSSON qui restera son adjoint jusqu'à LA GARDE.

 

Mai et Juin 1942, c'est BIR HACHEIM et la 2ème campagne de Libye-Cyrénaïque. DELSOL baptisera sa propre villa de ce nom qui a tant réjoui de résistants et de patriotes en France, lors de l'occupation.

 

C'est en Italie, au GARIGLIANO, en Mai et Juin 1944, que notre compagnon atteindra l'apogée de sa carrière de combattant. Tous les officiers de sa compagnie ayant été mis hors de combat parmi les 46 hommes de tous grades massacrés par un tir repéré de mortiers allemands en traversant un profond ravin montagneux du Girofano, DELSOL devra prendre le commandement des restes de son unité, recueillir tous les blessés, retrouver les armes délaissées, rassembler les morts tout en organisant la position.

Par son ascendant sur les hommes, les judicieuses dispositions prises pour rétablir une situation périlleuse, DELSOL recevra la Médaille Militaire le 20 Juin 1944 juste à temps pour que sa nomination au grade de Sous-ieutenant ne le prive pas pas de cette attribution.

 

Le 16 Août 1944, s'effectue à la CROIX VALMER le débarquement en Provence, avec au fond des coeurs l'exaltante satisfaction des retrouvailles avec la France, au bout de cinq ans d'exil, d'avanies, de combat et d'inébranlables espérances en la victoire finale vers laquelle nous conduit le Général de Gaulle, notre chef unique parce qu'il fut le seul au temps du désastre.

 

Désormais, l'homme du 18 Juin 1940 que nous n'avons pas entendu, restera le chef incontesté et irremplaçable des français ayant porté la Croix de Lorraine sur les champs de bataille de la France Libre. L'esprit de croisade les guidera sans hésita¬tion et DELSOL sera le plus pur partisan du Gaullisme salvateur de toutes les chances qu'il reste à la France de reprendre son rang de grande puissance. Quels que soient les échecs et les retards de la doctrine, la certitude subsiste que le complément indispensable à la Victoire des armes comporte l'accession du Général de GAULLE au pouvoir de la République Française.

 

Mais si ces forces morales et son dévouement aux intérêts de la France demeurent intacts, les moyens physiques dont dispose DELSOL ont été sérieusement éprouvés par les séquelles de la douloureuse blessure qu'il a reçue le 23 Août 1944 à LA GARDE.

 

Alors qu'il conduisait l'attaque de sa section au sein de la Sème compagnie du Bataillon d'infanterie de marine, DELSOL a été frappé d'un projectile d'arme lourde d'infanterie à la jointure du bras droit et de l'épaule. Il n'est pas tombé. Il a saisi son bras droit dans sa main gauche continuant à diriger l'action jusqu'à ce que son adjoint Brusson arrive à sa hauteur pour recevoir le commandement et les recommandations du chef. Alors seulement il s'est évacué par ses propres moyens jusqu'au poste de secours.

 

II dut être amputé du bras droit jusquà la clavicule.

 

Ainsi le sort mit fin aux services de guerre de cet homme animé d'une volonté inaltérable pour rejeter hors de France l'ennemi qu'il a combattu sans répit ni merci avec une hargne contagieuse. DELSOL restera un homme aux certitudes affirmées qui en font un partenaire digne de la plus entière confiance ou un adversaire redoutable.

 

Sa conviction de pouvoir être encore utile à l'Armée et à son Pays l'incitera, tout autant que sa passion du métier, à poursuivre ses services militaires dans des postes administratifs, tels ce poste à la Base de Transit de Saigon ou ces fonctions au camp de Ca'is ou au Camp marin de Fréjus assurant la mise en condition des renforts pour l'Indochine.

 

C'est à Fréjus, centre militaire profondément marqué par les troupes coloniales venues d'Afrique ou d'Asie, au cours des deux guerres mondiales, qui y ont stationné que DELSOL décidera de se fixer définitivement pour y bénéficier de sa retraite et y connaître, enfin les joies d'une vie de famille pour laquelle il a opté en épousant une amie d'Égypte qui lui donnera deux fils.

 

Son passé militaire prestigieux lui assurera maintes amitiés parmi les nombreux retraités militaires qui, comme lui, se sont fixés à Fréjus et Saint Raphaël. Son culte des traditions le poussera à créer l'Association des Français Libres dont il assumera la Présidence pendant plus de 20 ans. ïi deviendra avec l'accord unanime des responsables d'autres associations le grand prêtre de nos messes patrio¬tiques à la mémoire de nos camarades tombés aux combats; nos monuments aux morts seront son domaine et notre Nécropole Militaire de Boulouris le lieu de pèlerinage privilégié où 700 soldats de l'Empire français, tombés en Provence pour la Libération de la France qu'ils n'ont pas eu le temps de connaître, reposent à jamais.

 

Sa notoriété auprès des Municipalités du Var lui a permis d'intéresser les élus de toutes- opinions à l'édification d'une stèle monumentale rappelant à La CROIX VALMER le débarquement de la lère Division Française Libre le 16 Août 1944. De même il inaugurera le 24 Août 1969 une stèle élevée par les villes de Toulon, La Valette, Le Pradet et La Garde à leurs libérateurs sur la colline du Touar en territoire communal de LA GARDE.

 

Sa dernière certitude aura certainement été d'avoir accompli tout ce qui s'imposait à lui pour faire en sorte que le sacrifice des soldats ne soit ni méconnu ni oublié.

Et chacun d'entre nous, se souviendra chaque 16 Août, devant la stèle de La CROIX VALMER, que DELSOL a voulu que les Français se souviennent de ceux de leurs compatriotes qui, ayant tout perdu par la défaite de Juin 1940, ont

malgré tout conservé, cinq ans durant, en exil, l'espoir et la volonté de rendre sa liberté et son honneur à leur Patrie.

 

Lequel d'entre nous aura plus que Pierre DELSOL, humble Marsouin, observé les obligations morales de notre hymne de l'Infanterie de Marine.

 

« Un jour viendra, chère espérance

« Où l'ardent appel des clairons,

« Fera surgir pour notre France »

« Des vengeurs et nous en serons. »

 

Adieu, DELSOL

Tu fus une noble figure de soldat.

Nous te disons notre admiration et « Sois fier, Soldat de la Marine».

tu as noblement servi.

 

Général MAGENDIE

 

Paru dans Bir Hakim-L'Aauthion, Octobre 1987 n° 126

 

EN SAVOIR PLUS

ECRITS DE PIERRE DELSOL

 

De la défaite à la victoire avec les Française libres - Pierre Delsol - Compte d'auteur

BIBLIOGRAPHIE

 

Le neuvième compagnon par Georges Fleury (1990 - Grasset- 276 p.)

Pierre Delsol, sergent de la Coloniale en Syrie, rejoint les forces anglaises, dès le 27 juin 1940. Il sera de tous les combats contre l’Afrikakorps de Rommel, des déserts de Libye au camp retranché de Bir Hakeim, de la bataille d’El-Alamein à la ruée sur Tunis. Débarqué en Italie, il se bat au célèbre Garigliano, défile dans Rome libérée avant d’être lâché sur les côtes de Provence. Seule l’amputation d’un bras à la suite d’une blessure par balle explosive arrêtera sa course folle. Neuvième compagnon de la Libération, décoré par de Gaulle en Palestine, Pierre Delsol, dit Malapeste, est une figure représentative de ces chevaliers de la France libre qui ont sauvé l’honneur de la patrie. La découverte de ses carnets de route permet à Georges Fleury de reconstituer la vie du guerrier au quotidien avec ses drames et ses joies, ses horreurs mais aussi ses moments de tendresse et de détente. Un grand livre de guerre par un maître du genre, un témoigage unique sur ces héros célèbres mais encore mal connus – les compagnons de la Libération.

nota: il est regrettable que la photo de couverture soir celle du Compagnon Amilakvari et non celle de Pierre Delsol...