1 DE LA DFL - "Ne pas oublier, ne pas être oublié" : les Mémoires de Louis Côme

Mémoires de Louis Côme - BIM/BIMP
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« Puisse le sacrifice de tous nos camarades morts aux champs d’honneur, être pour nous le gage d’une paix durable et si possible de paix éternelle ».

PROLOGUE

 

C’est en retranscrivant ses souvenirs dans les pages qui suivent, que j’ai réalisé la carrière militaire exemplaire de Louis CÔME, mon beau père…

 

Originaire de la Martinique, il débarque en métropole à l’âge de 15 ans pour y poursuivre ses études à l’école de travaux publics à Paris. La dernière guerre se déclare alors qu’il est un jeune homme et il part aussitôt au combat.

Lorsque les autorités Françaises donnent l’ordre de baisser les armes, il s’insurge et part grossir les Forces Françaises Libres en Afrique du Nord. Il sera de toutes les campagnes : l’Erythrée, la Lybie, le Liban, Bir Hakeim, El Alamein, la Tunisie, l’Italie. Il est du débarquement en Provence et il pourchassera les Allemands jusqu’à Strasbourg, avant de revenir en Italie.

Il est blessé deux fois, notamment devant Marble Arch en Lybie.

Ensuite, il partira deux fois en Indochine, aux confins du Sahara, en Algérie.

 

Il est et restera un fervent et fidèle serviteur du Général de Gaulle

 

Il a obtenu la Croix de la valeur militaire avec étoile de bronze, le Mérite National, la Croix de guerre avec étoile d’Argent, les Médailles de la Résistance, de la Coloniale, de la Commémoration d’Indochine, d’honneur du Mérite Vietnamien, des blessés de guerre …Nommé chevalier de la légion d’honneur en 1995, il obtient en 2005, la Médaille d’Officier de la Légion d’Honneur.

 

Annie Laurence CÔME

 

CHAPITRE 1 : LES PREMICES D’UNE GUERRE ANNONCEE

 

J’ai commencé mon premier journal de route le 17 octobre 1937, le jour où je suis entré à la caserne du 2ème RIC à Paris pour y effectuer mon service militaire obligatoire ; je venais d’avoir 20 ans

 

Je suis né le 18 avril 1917 à Fort de France en Martinique, du mot créole « Madinina » où île aux fleurs, une île des petites Antilles.

La Martinique a été découverte en 1397 par Christophe Colomb et « colonialisée » par les français à partir de 1635 ; c’est en 1946 qu’elle devint département d’Outre mer. C’est une île montagneuse de type volcanique, où culmine à 1397 mètres la montagne Pelée, qui en 1902 se réveilla et tua 32000 personnes, à l’exception d’un prisonnier qui était resté enfermé dans un cachot à deux mètres sous terre ; L’éruption détruisit la ville de Saint Pierre, capitale de l’époque.

L’île bénéficie d’un climat tropical ; son sol est fertile offrant une diversité de cultures : la canne à sucre servant principalement à la fabrication du rhum, des arbres à épices, des fruits exotiques, tels que la banane, l’ananas, la mangue, la goyave, la papaye entre autres…Grâce à ses avantages naturels, on y trouve également des cocos, des avocats et de magnifiques forêts bien arrosées au cours des quatre mois de saison des pluies.

 

Mes parents habitaient le quartier de la « Redoute », où se trouve le couvent Ste Geneviève de Cluny ; école réservée aux enfants martiniquais nés de parents aisés où possédant des titres (médecins, notables etc..), ainsi que par des blancs où « békés ». Les békés étaient des blancs arrivés en Martinique parce que condamnés aux travaux forcés où déportés politiques par Napoléon III. Ces derniers hostiles au brassage des races ne fréquentaient pas ouvertement les martiniquais, fussent ils riches, et les mariages entre blancs et noirs étaient rares.

Les blancs étaient pour la plupart des planteurs de canne à sucre où des commerçants ; leurs enfants ne poursuivaient pas de « hautes études », la plupart n’avaient ni le certificat d’études, ni le brevet élémentaire. Par contre, les martiniquais étudiaient et travaillaient dur pour obtenir le baccalauréat ; pour les plus démunis d’entre eux, des bourses étaient proposées par le conseil général du département. Ces bourses étaient soumises à la réussite d’un examen et permettaient aux candidats d’intégrer une université où une grande école en Métropole.

 

A l’âge de 15 ans, j’ai été envoyé en France pour poursuivre mes études ; j’ai commencé à l’école Saint Thaurin d’Evreux dans L’Eure, puis étudiant à l’école de travaux publics de Cachan et de la rue Thénard dans le 5éme arrondissement de Paris. Monsieur Eyrolles, directeur et propriétaire de l’établissement, était un Français libre, un homme de droite ; il était aussi Maire de la ville de Cachan, à 80% communiste.

Je suis resté 2 ans ½ dans cette école, mais n’ai pu poursuivre mes études comme je le souhaitais en raison du refus de sursis d’incorporation dans l’armée ; ma demande ayant été présentée trop tardivement au bureau de recrutement de la Martinique. Le 15/10/1937, c’est avec plusieurs jours de retard que j’ai incorporé le 23ème RIC, caserne Lourcine, boulevard Port Royal dans le 5ème arrondissement de Paris et je devais effectuer deux années de service militaire obligatoire.

Jeune recrue, à la caserne d’Ivry, j’ai été présenté à mes supérieurs et pris possession de mon paquetage ; à partir de ce moment là, je n’avais plus le droit de mettre une tenue civile. Jeune « trouffion », devrais je dire, j’étais fier de ma tenue kaki, de mon képi avec encre de marine, de la fourragère sur ma tenue de sortie, de bandes molletières également de couleur kaki, des brodequins à clous, qu’il fallait cirer chaque matin.

Nous étions vingt jeunes soldats dans une grande chambrée ; il y avait des appelés du contingent dont deux russes naturalisés français, ceux devançant l’appel et les « appelés engagés ». Au milieu de la pièce, trônait un poêle à charbon avec un seau, une pelle et un tisonnier ; vingt petits lits étaient alignés et vingt paquetages posés sur une étagère au dessus des lits.

La chambrée était commandée par un caporal engagé, ivrogne de surcroît qui avait dix ans de service dont six passés en Indochine. Chaque matin, nous étions réveillés par le son du clairon et nous étions désignés à tour de rôle pour aller chercher un « bouteillon » de café et les casse - croutes ; il s’agissait d’un morceau de pain avec du chocolat, d’une sardine où de trois figues séchées.

Dans ce groupe, nous étions tous de milieu différent ; certains, comme moi, « fauchés », n’avions pas les moyens d’agrémenter l’ordinaire… Pour me procurer un sandwich où une boisson chaude à la cantine, je lavais pour quatre francs, les treillis des copains aisés, où pour cinq francs, prenais la garde au poste de police, à leur place ; le weekend end, je demandais sept francs, plus un chocolat et un croissant…

Parmi le appelés, il y avait des bretons, qui arrivaient à la caserne avec leurs sabots remplis de paille et qui pour la plupart ne connaissaient même pas le nom de la capitale de la France ; d’autres, des alsaciens, arrivaient avec des caisses en bois remplies de conserves…Ensemble nous faisions les corvées salissantes pour ceux qui payaient tout de suite ; nous ne faisions pas de crédit, c’était donant/donnant.

Les recrues de la classe 1937, n’ont pas été libérées après les 24 mois, en raison de la situation politique internationale de l’époque, très tendue et ce malgré les accords de Munich .

Les signataires de cet accord, étaient les chefs des gouvernements britanniques, français, allemands, italiens, à savoir Daladier Edmond, Président du conseil français, Chamberlan Joseph, Premier ministre anglais, Hitler Adolphe, Chancelier allemand et Mussolini Benito, Duce italien.

En 1921, Adolph Hitler est nommé chef du parti ouvrier allemand ; en 1923, il rédige « Mein Kampf » où « mon combat » ; il y expose la doctrine ultra nationaliste et raciale du nazisme. Il n’aime pas les noirs, les sangs mêlés, les juifs. Il les a chassé d’Allemagne et en a fait tuer des milliers ; négrophobe et antisémite, il crée les « S.S » , une troupe spéciale chargée de surveiller la sécurité intérieure, de contrôler les personnes hostiles à sa politique. Il constitue des troupes de choc, des unités militaires dites « Wafen », ayant pour but de militer pour l’indépendance contre la monarchie allemande. Devenu le chef d’état allemand, il crée des usines d’armement, fait fabriquer des tanks, des canons, mitrailleuses et construire des avions…

Pendant ce temps, les gouvernements européens, dont la France et la Grande Bretagne, demandent la réduction globale de leur armement et surtout leur aviation.

Winston Churchill, qui à cette époque n’a aucun poste important dans le gouvernement de sa majesté, cherche par tous les moyens à renforcer les dépenses d’armement ; il est critiqué, considéré comme une sorte d’enfant terrible aux humeurs belliqueuses.

Mais ce dernier est certain d’avoir compris les desseins d’Hitler, à savoir, réarmer son pays et préparer l’invasion de petits pays tels que la Rhénanie, la Pologne, l’Autriche et la Tchécoslovaquie.

Pour Churchill, la France, c’est la grâce, la culture, les bienfaits répandus dans le monde, c’est Jeanne d’Arc, Napoléon, Clémenceau, Foch…

Et de dire à la même époque : « depuis mon jeune âge, j’ai été un ami sincère de la France, je n’oublierai jamais les sanglantes victoires de la Marne, de Verdun et la bravoure des Français.. »

Puis de déclarer : « la France mérite d’être aimée et d’être respectée ; la guerre de 1914-1918 s’est effectuée sur son sol, elle a sacrifié près de deux millions de ses enfants ».

Churchill a toujours essayé de resserrer les liens entre son pays et la France ; de son côté, De Gaulle souhaitait que la France et la Grande Bretagne fassent cause commune pour assurer leur protection.

Le 21 mars 1939, le gouvernement Daladier est renversé et remplacé par celui de Paul Reynaud.

 

Pendant ce temps, l’Allemagne après avoir occupé la Tchécoslovaquie et « grignoté » impunément plusieurs petits pays d’Europe, déclenche la guerre en envahissant la Pologne.

Le 3 septembre 1939, les états majors des alliés n’encourageant pas la politique d’expansion d’Hitler, déclarent la guerre à l’Allemagne ; la mobilisation générale en France est déclarée le même jour. Les autorités françaises et anglaises déclarèrent alors :

« Nous gagnerons la guerre parce que nous sommes les plus forts »...

Pendant toute cette situation de conflit, les français ne croient pas que leur liberté sera en danger ; ils pensent que la guerre se cantonnera à la frontière alsacienne où lorraine et qu’elle sera vite terminée. Malheureusement, l’occupation fut rapide et brutale avec les servitudes, les déportations, les morts…

 

Au début du mois de mai 1940, Churchill est nommé premier ministre au gouvernement de sa majesté ; il débarque en France, venu pour étudier la situation militaire et pour assurer la continuation de la lutte. A l’issue de son inspection, il déclare :

« Quoi qu’il arrive, nous anglais, continuerons le combat ».

 

A la même époque, Paul Reynaud, qui aurait souhaité demander aux britanniques de délier la France de ses engagement, hésite… Mais eu égard aux sacrifices et souffrances déjà endurées, il refuse finalement d’engager une paix séparée ; l’amitié franco britannique doit rester intacte.

De son côté, le Colonel De Gaulle qui préconise l’utilisation de blindés, déclare que la France n’abandonnera pas la résolution prise avec les anglais et qu’en cas d’échec, il faudra continuer la guerre en A.F.N .

Après avoir fait la connaissance de ce jeune général, Winston Churchill déclarera :

« C’est un homme jeune, énergique, courageux ; mon impression première est bonne, j’ai lu ses ouvrages, c’est un grand stratège ».

 

CHAPITRE 2 : DU LIBAN à CHYPRE

 

Début 1940, aux moments les plus sombres de l’histoire de la France, je me trouve au Moyen Orient, à Tripoli, Situé dans le Nord du Liban, à 90 kms de la capitale Beyrouth ; les versants des monts qui l’entourent portent du blé, des vignes et des oliviers.

Le Liban, état fondé par le Comte de Toulouse, a été placé sous mandat français en 1920 par la S.D.N ; Cette organisation internationale introduite par le traité de Versailles en 1919, dans le but de conserver la paix en Europe après la 1ère guerre mondiale avait pour objectifs le désarmement et le maintien de la qualité de vie.

Je suis affecté au 24ème RIC, nom donné aux trois unités qui la composent : 1er RIC, 21ème RIC et 23ème RIC ; nous sommes stationnés sur les hauteurs de Tripoli et commandée par le Capitaine Lorotte de Banès.

Le 5 juin 1940, à la demande du Général Wavell, commandant en chef des troupes alliées dans tout le Moyen Orient, le Général Mitelhauser commandant en chef des troupe françaises au levant, doit fournir un certain contingent « d’éléments blancs » aux fins de renforcer dans l’île de Chypre la garnison britannique, trop faible pour assurer la défense de la côte sud de l’île contre tout débarquement italien ; cet état insulaire d’Asie dans la Méditerranée orientale était occupée par des turcs et des grecs, ces derniers étant trois à quatre fois plus nombreux que les turcs.

A cet effet, le 3ème bataillon du 24ème RIC de Tripoli fût désigné ; L’unité quitte alors son cantonnement le 9 juin, en mouvement de convoi « auto-camion » sur Beyrouth en vue de son embarquement pour Chypre.

 

La composition du bataillon était la suivante :

 

- Etat major : Commandant Gauthier, chef de bataillon

Capitaine Meunier, adjoint

Lieutenant Cadeac, officier de détails

S/Lieutenant Jacquin, officier de renseignements

 

- 9ème compagnie : Capitaine Clauss, Commandant de compagnie

Lieutenant Morel, chef de section

Lieutenant Barbas, chef de section

 

- 10ème compagnie : Lieutenant Giraud, Commandant de compagnie

Les sections sont commandées par les adjudants chefs

 

- 11ème compagnie : Lieutenant Cavelier, Commandant de compagnie

S/Lieutenant Roudaut, chef de section

S/Lieutenant Gourver, chef de section

 

- Compagnie d’accompagnement : Capitaine Lorotte, Commandant de compagnie

Lieutenant Salun-Pinquer, Canon de 25

Lieutenant Blacquard, Mortiers

 

Au bataillon est adjoint un détachement du train avec une quinzaine de camionnettes ; l’effectif total est d’environ 1200 hommes.

Le commandant Gauthier, était un homme droit et de grande valeur, un bon colonial ; par contre, son adjoint, le capitaine Meunier, était un « marsouin » , aimant le Whisky, les cabarets mais surtout détestant les noirs, qu’il aurait voulu oppresser, c’était un xénophobe…

 

Le détachement embarque le 11 juin sur deux cargos anglais, accompagnés par l’aviation et par trois contre torpilleurs.

Ce même jour, le débarquement s’effectue dans le port de Famagouste, ville de la côte Est de l’île de Chypre. Ma compagnie occupe l’enceinte de cette ville et dés le lendemain les dispositions sont prises pour occuper les points névralgiques et coopérer avec les forces anglaises pour la défense de l’île.

Ce détachement renforcé d’une escadrille de chasse basée à Nicosi, dispose d’un effectif deux fois supérieurs aux forces britanniques.

Le dispositif adopté pour la défense Chypre est le suivant :

Les 10ème et 11ème compagnies occupent Limassol et Pathos, la 9ème compagnie entoure Nicosie avec l’état major du bataillon et la compagnie du capitaine Lorotte de Banès est à Famagouste.

Au début du mois de juin 1940, politiciens, hauts fonctionnaires, généraux et académiciens ne veulent pas continuer la guerre et souhaitent même rompre tous les engagements passés avec les alliés.

Par la radio, nous apprenons que Paul Reynaud, président du conseil, n’arrive pas à obtenir le renvoi du général Gamelin, chef des armées françaises, homme de tranchées individuelles et de fils de fer barbelés, comme en 1914-1918… C’est dans l’après midi du 12 où 13 juin, que nous apprenons la triste nouvelle ; les allemands avec chars et automitrailleuses, ont brisé les résistances dans les Ardennes, surtout à Sedan.

 

Le général Gamelin démissionne ; il est remplacé par le général en chef Weygand, rappelé de Syrie, espérant qu’il fera mieux que son prédécesseur ; mais il arrive trop tard et surtout sans aucune expérience de la guerre sur le terrain.

Nous apprenons aussi, que la 4ème division de chars, automitrailleuses, commandée par le colonel De Gaulle a porté de sévères coups de butoir à la 57ème division allemande, fait des prisonniers et replier les allemands ; mais la perte de plusieurs blindés l’empêche de conquérir le terrain. Sorti glorieux de la bataille, il est nommé Général de brigade à titre temporaire par le Général Weygand ; Paul Reynaud le fait entrer dans son gouvernement comme secrétaire d’état à la défense. Il rencontre à plusieurs reprises Winston Churchill, qui l’estime, l’accueille chaleureusement à Londres et l’autorise à prendre contact avec Anthony Eden, ministre des affaires étrangères du gouvernement de sa majesté.

 

De Gaulle, devient alors un homme politique ; mais qui est –il ? Né à Lille et sorti l’un des premiers du collège militaire de Saint Cyr en 1912, il choisit le 33ème régiment d’infanterie à Arras. Il est nommé Lieutenant en octobre 1913 et Capitaine en février 1915 ; entre temps, la guerre de1914-1918 éclate, il sera fait prisonnier et libéré à la fin de la guerre. Pendant sa captivité, il écrit « le fil de l’épée » et « vers l’armée de métier », où il préconise l’utilisation de chars, d’avions et où il insiste sur le besoin de crédits pour moderniser l’armée française, certain qu’il y aura une nouvelle guerre et que le conflit sera mondial et long.

Ses écrits sont critiqués, il est traité d’aventurier ; les hauts fonctionnaires d’état français lui font remarquer que sa vision d’une nouvelle armée est utopique et couterait trop cher à la nation. Par contre, les états majors allemands s’appuient sur ses ouvrages pour constituer son armée et se munir s’engins motorisés pour des mouvements et déplacements rapides…

Puis, grâce un ami possédant une radio, nous apprenons que les Allemands ont pénétré en France, pris plusieurs grandes villes du Nord et qu’ils défilent dans Paris. Les bruits les plus contradictoires, les nouvelles de toutes sortes se succèdent et ne sont pas excellentes ; le moral des troupes est au plus bas, l’atmosphère est empoisonnée.

Les nouvelles se précisent ; les Allemands ont bombardé de grandes villes, les civils fuient sur les routes mais sont traqués par les panzers qui ont pour ordre de tirer sur tout ce qui bouge.

Nous entendons certains comptes rendus sur la situation en France ; l’anéantissement, l’effondrement, la catastrophe, il semble que tout soit terminé. L’armée française est encerclée, les français abandonnent leur maison, leurs biens, leur commerce entassant meubles, vêtements et objets précieux dans toutes sortes de véhicules pour se rendre loin du feu, loin de la zone occupée. Certains refusant la défaite, cherchent à rejoindre les troupes qui veulent encore se battre, d’autres plus âgés décident de rester chez eux et d’attendre la fin des hostilités…

Je m’infiltre au PC du bataillon pour essayer d’avoir d’autres renseignements ; les officiers sont graves, certains ont des larmes aux yeux, d’autres sont furieux. Le lieutenant Gourvez, un bon breton déclare, non sans une pointe d’humour:

« Si nous sommes battus, je ne rentre pas en France, j’irais vendre des cacahuètes au Sénégal plutôt que de subir le joug des allemands !! »

Des clans se forment, le milieu devient étouffant, un sentiment de honte d’impuissance et de rage me bouleverse.

De mauvaises nouvelles arrivent encore ; le gouvernement français s’est replié à Tours puis à Bordeaux et peu après, Paul Reynaud donne sa démission. Le maréchal Pétain, 84 ans est nommé, chef du gouvernement français ; il est la référence de la Marne, de Verdun en 1916.

Ce même jour, Pétain refuse de communiquer avec le général De Gaulle.

 

Après l’occupation, les allemands emmèneront Pétain dans leur retraite ; jugé par la haute cour de justice pour trahison il sera condamné à mort, puis sa peine commuée en détention perpétuelle à l’île d’Yeu et il sera rayé de la société des gens de lettres en 1945.

Son adjoint, Pierre Laval, député socialiste, qui joua un rôle important dans l’établissement du régime à Vichy, fût également condamné à mort et exécuté en 1945.

CHAPITRE 3 : L’APPEL DU 18 JUIN 1940

 

Le 18 juin, nous apprenons par les journaux grecs que la France est sur le point de capituler mais qu’un jeune général français lève à Londres, l’étendard de la résistance ; c’est avec l’agrément du Président de la République, Albert Lebrun, que le Général de Gaulle avait quitté la France pour Londres

 

Nous sommes au 18 juin 1940, le speaker de la BBC , annonce :

« Allo, Allo, ici Londres…Honneur et Patrie, vous allez entendre le général De Gaulle ».

C’est l’appel du 18 juin, c’est l’appel de l’espoir ; le général devient rebelle, il appelle tous les Français à la résistance.

Je n’oublierai jamais cette voix sévère, grave, bien timbrée, qui nous fit comprendre que la France avait perdu la bataille….Mais qu’elle n’avait pas perdu la guerre et qu’un jour avec nos alliés, nous écraserions l’ennemi, les sales boches.

Cet appel, je l’ai écrit, entouré à la première page de mes souvenirs.

Ce jour là, je fus vraiment heureux et sincèrement mon cœur a battu plus vite. Ayant lu et relu Mein Kampf, étant métis à la peau foncée, je décidai de suivre ce jeune général qui refusait de livrer notre pays à la servitude.

Ma décision prise était irrévocable ; je devais suivre De Gaulle, reconnu officiellement « Chef de la France Libre » , c’était le chemin pour pouvoir agir et vivre librement.

Pour moi être libre, c’est être indépendant, ne subir aucune domination, aucune contrainte ; c’est pouvoir agir, parler, écrire sans avoir à redouter des pressions, des souffrances, des tortures. Ma liberté c’est d’avoir le droit d’aller et venir dans mon pays en toute sécurité, d’aimer la France, pays des droits de l’homme, de Molière, La Fontaine, Corneille, Voltaire, Pascal, Hugo, Pasteur et bien d’autres encore…

Je me posais la question : « le Général, pourra t-il faire une armée ? » ; Il attendait beaucoup de monde, des généraux, des hauts fonctionnaires, des académiciens, venus de France, mais il en vint très peu…l’appel fut rediffusé quatre jours plus tard, c’est alors qu’il trouve un écho important dans les colonies, surtout l’AEF .

Finalement, ce sont les petits, les obscurs territoires coloniaux d’Afrique qui rallièrent en premier, son mouvement ; le Général de Gaulle fût le premier à comprendre la valeur et la stratégie de l’empire colonial.

Au début du 20ème siècle, la France possédait un empire colonial important ; l’AFN, l’AOF , l’AEF, Djibouti, la côte Française des Somalis, Madagascar, les Comores, le Liban, la Syrie, les comptoirs des Indes, la Nouvelle Calédonie, les Nouvelles Zébrides, L’Indochine, Tahiti, Saint Pierre et Miquelon, les Antilles Françaises, la Guyane et la Réunion. En 1940, la population de ces territoires représente 250 millions d’habitants ; l’appel du Général de Gaulle trouve un écho important dans les colonies surtout en AEF.

Le gouverneur général, Monsieur Eboué, un guyanais, rallie le Tchad au mouvement gaulliste, motivant les premiers ralliements individuels et collectifs. C’est ainsi que plusieurs bataillons noirs ont été crées au Congo, Oubangui, Chari et rejoignirent les unités commandées par les Capitaines Amiel et Garbay ; les noirs regroupés dans les bataillons étaient appelés « tirailleurs où indigènes ».

 

Cet appel, c’était le réveil des français qui devaient se décider à effectuer un choix décisif ; il fallait se placer hors la loi, tout laisser, tout abandonner, prendre des risques pour l’amour de son pays, pour la voie de l’honneur. Un premier rassemblement comprenant des officiers, sous officiers, acquis à l’idée de résister se constitue.

A Nicosie, les volontaires français « les Gaulistes » sont reçus avec enthousiasme par les britanniques. Le 11 juillet 1940, devant une foule nombreuse et joyeuse, composée d’anglais et de grecs, le détachement du capitaine Lorotte de Banès, renouant avec une vieille tradition, prend le nom de B I M avec pour devise : « France toujours ».

C’est sur la grande place de Nicosie, que le brigadier Wetherhall, commandant les troupes de Chypre, remet au bataillon, le drapeau aux couleurs de l’union’s Jack ; sur la douille du drapeau, est inscrit : « To the french volunteers from their military comrades in Cyprius in memory of the 11th of july 1940 - France toujours- This was the inscription on the british flag, Presented of the french volunteers » .

 

Nous avons été la seule unité à avoir reçu l’union’s Jack et nous en sommes fiers ; ce drapeau devint le nôtre, ses couleurs sont celles de la ténacité, de l’espoir.

Le premier porte drapeau de notre formation fût le sous lieutenant Gourvez, chevalier de la légion d’honneur, qui avait fait prisonniers plusieurs officiers allemands en 1914. Le « God save the Queen » et la « Marseillaise » exécutés par les musiciens de la police de Chypre, clôturèrent la cérémonie.

 

Ce jour là, le capitaine Lorotte de Banès prononça l’ordre qui suit :

« Unissons nos cœurs et nos esprits dans une même volonté d’action. Retrouvons en nous-mêmes les sentiments les plus nobles qui ont fait notre grande histoire. Notre civilisation, notre pays et nous même français, réveillez vous, haut les cœurs, soyons fiers d’être encore une fois les soldats de la liberté. Que partout où la liberté est en péril, un seul cri s’élève :

France toujours et vive la France, vive l’Angleterre, vive la liberté, vive la coloniale ».

 

Par la suite, nous embarquons sur le Faoudied à destination de Port Saïd et par train, nous arrivons à Ismaïlia où des camarades du 24ème RIC s’y trouvent déjà.

D’un autre côté, le capitaine Folliot, un ancien de 14-18, commandant la 2ème compagnie du 24ème RIC, grâce à de faux ordres, faux bons d’essence établis par lui-même et trouvant inadmissible l’armistice signée par le maréchal Pétain, décide de quitter Tripoli et de passer en Palestine.

Il rassemble sa compagnie, dont 80% des effectifs sont volontaires pour le suivre ; 132 hommes et 4 officiers embarquent subrepticement, avec armes et bagages, dans des camions subtilisés et prennent la direction de Nanhoura, village situé à la frontière Libano-Palestinienne. Plusieurs lignes téléphoniques ayant été coupées, le poste de gendarmerie libanais, ne pouvant avoir de renseignements, juge inutile d’intervenir et les camions avec leurs occupants passent en Palestine en chantant la Marseillaise.

Le détachement Folliot est rejoint par le lieutenant De Laborde , également du 24ème RIC.

 

Le 23 juillet 1940, le détachement du capitaine Lorotte de Banès, rallié à l’île de Chypre avec 462 hommes, fusionnent avec notre régiment à Ismaïlia.

Nous sommes tous volontaires, jeunes entre 18 et 30 ans, en bonne santé , plein de vie et nous formons un sacré mélange hétéroclite: blancs, noirs, jaunes, de sangs mêlés, communistes, royalistes, républicains, catholiques, protestants, juifs, athés, islamistes, bouddhistes…Certains connaissent la France, d’autres même pas ! D’éducation et de culture différentes, nous sommes tous unis sous le même drapeau, bleu, blanc, rouge à la croix de Lorraine, tous frères d’armes.

Nous sommes chaleureusement accueillis par le baron De Benoist, commandant le canal de Suez ainsi que par toute la population et les sœurs françaises de Saint Vincent de Paul, travaillant comme infirmières à l’hôpital civil.

Notre arrivée fut un évènement très remarqué ; nous avions toutes sortes de tenues en toile kaki, sales, certains portaient des calots, d’autres des képis coloniaux, des chaussures basses où des brodequins à clous et molletières.

Nous n’étions pas beaux à voir, pas rasés de plusieurs jours ; d’après mes camarades, je ressemblais à Hailé Sélassié .

Malgré tout, on nous embrassa et nous félicita ; apprenant que nous n’avions rien mangé depuis la veille, on nous apporta sandwichs, lait, légumes, fruits…je me rappelle notamment de cette délicieuse pastèque rafraîchissante qui me revigora. Nous avons été très gâtés par tous les français vivant en Egypte de Port-Saïd à Suez, du Caire à Alexandrie, d’Ismaïlia à Louxor , nous recevant chez eux et nous offrant vêtements neufs et cadeaux.

Les journaux d’Egypte, de Palestine, de Chypre relatèrent, photos à l’appui, notre arrivée et louèrent notre bravoure ; sincèrement, j’ai été fier d’être Gaulliste, d’être français libre.

 

Ismaïlia, ville égyptienne où nous étions cantonnés, est située le long du lac Timsah et du canal de Suez ; elle est le centre stratégique de la voie navigable construite par le vicomte Ferdinand de Lesseps en 1869. Le canal de Suez, situé entre l’Asie Mineure et l’Afrique, relie la Méditerranée à la Mer Rouge ; d’une longueur de 170kms, et d’une largeur de 160 à 250 mètres, il permet de raccourcir la route entre le golfe persique et la mer du Nord. C’est là, que les gros navires peuvent se croiser, que les pilotes venant de Port Saïd où de Suez se remplacent et que les réparations de bateaux sont effectuées. La région est fertile grâce à la présence d’eau et l’on y vit tranquillement en toute simplicité.

Notre intégration à la population d’Ismaïlia se fit naturellement ; pour mieux se connaître et sympathiser, nous participions à des matchs de football, de basketball, aux soirées dansantes et aux diverses manifestations. C’est grâce à des connaissances, que j’ai pu visiter l’Egypte : les Pyramides, les souks du Caire, Alexandrie, Héliopolis, le Nil, le canal de Suez…

 

Le Baron de Benoist, créa le comité national des français libres, afin de réveiller les élans patriotiques, mobiliser les esprits et nous aider matériellement.

Notre quotidien changea y compris la nourriture ; le café du matin et le quart de vin du midi et du soir étaient remplacés par du thé, la viande et légumes bouillis étaient servis avec une sauce anglaise à base de tomates…le camembert français nous manquait !! Nous recevions régulièrement nos livrets de solde, les « paye-books » et chaque semaine, l’officier payeur anglais nous accordait une avance afin de pouvoir acheter quelques articles de toilette ou s’offrir une place de cinéma. A noter que la solde était nettement inférieure à celle reçue au Liban.Les cigarettes anglaises « Players Navy Cut » étaient offertes et remplaçaient les Gitanes et les Gauloises.

 

C’est également à Ismaïlia que fut crée le calot bleu marine, que nous portions ; c’est le Général de Larminat qui en eut l’idée, souhaitant que tous les servants du BIM aient la même coiffure. Fabriqué par les sœurs de Saint Vincent de Paul avec des coupons de tissu qu’elles possédaient, il a d’un côté, l’ancre marine, rouge où dorée et de l’autre, la croix de Lorraine, rouge où dorée .

 

Le 25 juillet 1940, les services administratifs de l’ambassade anglaise, stationnés au Caire, nous firent signer une attestation, nous engageant à servir avec honneur et fidélité dans les unités relevant du comité national français du Général De Gaulle, sous les ordres du commandement britannique. Cette attestation indiquait également que nous étions soumis au statut des militaires britanniques, en attendant les dispositions particulières qui devaient régler la nationalité de chaque intéressé.

Nous bénéficions donc de la protection des autorités britanniques diplomatiques et consulaires au même titre qu’un citoyen britannique. A noter que les « free frenchs » étaient exclus de toute opération contre les forces françaises, mais lors de la campagne de Syrie cet engagement n’a pu être respecté ; c’est ainsi que je me suis battu contre des unités de mon ancien régiment.

 

Ce jour là, nous apprenons par la BBC, que le gouvernement de Vichy, siégeant à Clermont Ferrand, a condamné par contumace, avec confiscation de leurs biens, tous les militaires qui ont rallié les forces britanniques où les forces armées du général De Gaulle, avec armes et bagages, c’est mon cas.

Les jours suivants, d’autres militaires désertèrent leur unité stationnée au Liban où en Syrie, et arrivèrent à Ismaïlia. Ce fut le cas de Jean Pillard, compagnon de la libération, de Pierre Heitzmann, officier de la légion d’honneur, de deux légionnaires et d’autres marsouins qui se rallièrent à nos forces.

Le général De Gaulle dira : « Ces hommes, ces volontaires se redressent, par contre les autres sont des faibles, des poltrons qui resteront de l’autre côté avec les Pétain- Laval-Darlan ».

 

Dans les derniers jours du mois de juillet, l’intendant militaire anglais, nous distribua habits, matériel radio, armement anglais et nous dota de camionnettes légères, appelées « Moriss », véhicules possédant un moteur très puissant et capables de rouler sur du sable mou ; notre équipement comprenait également des pelles, pioches, rails et tapis roulants..

Ces camionnettes pouvaient transporter huit hommes armés de fusils mitrailleurs, ainsi qu’un bazooka où lance roquettes anti char, deux caisses de munitions, quatre jerricans d’essence et quatre d’eau. Notre ravitaillement était composé de boîtes de « corned beef », de biscuits, de thé et de lait, soigneusement enveloppé dans des chiffons épais pour les prémunir d’infiltration de sable. Pour faire cuire notre « popote », nous possédions une touque de kérosène coupée, que nous remplissions de sable arrosé d’essence avant d’y mettre le feu..

 

Le 25 août 1940, le comité français d’Egypte, présidé par le Baron de Benoist, remet au Capitaine Lorotte de Banès, le drapeau tricolore, en présence Sir Lampson, ambassadeur de Grande Bretagne et de l’amiral Cunningham, commandant la marine britannique en Méditerranée. Les Marsouins veillent désormais sur ce drapeau porté par le sous lieutenant Gourvez ainsi que sur celui de Chypre porté par le sous lieutenant Brossard.

Sir Lampson déclara lors de son allocution :

« Le jour viendra où chacun s’apercevra que c’est grâce à vous, à votre dévouement, à votre courage, à vous soldats de la 1ère heure que la France a pu renaître. Pour la 1ère fois dans l’histoire militaire de la France, une unité française se trouve à la fois gardienne de son drapeau national et d’un drapeau aux couleurs britanniques. »

Ce jour là, un vent chaud venant du désert, mêla les soies des deux drapeaux du BIM.

 

Avant de m’en aller vers d’autres lieux, je m’en voudrai de ne pas adresser un grand merci à tous les Français d’Ismaïlia, de cette époque, pour leurs gentillesses et leurs générosités. A noter également, une pensée aux dix militaires français de tous grades qui se sont mariés à ce moment là et qui ont été tués à la bataille de Garigliano en Italie.

C’est aussi à Ismaïlia, que mon grand Ami, le sergent Hupin Pierre , rencontra Hélène Jonas, professant le français chez les sœurs de Saint Vincent de Paul ; dont la mère supérieure sera nommée Compagnon de la Libération.

 

Le 6 août 1940, c’est le détachement du capitaine Folliot qui eut « l’honneur » du baptême du feu, de connaître le combat en Libye où le climat de ce pays est d’une sécheresse extrême.

La 1ère compagnie participa à la prise de Bardia et de Tobrouck qui fit 4 morts parmi : les caporaux Lalou et Potin et les soldats Fleury et Bartoli.

Après le départ des unités du capitaine Folliot pour Tobrouck et des deux compagnies du capitaine Savey pour Keren , les malades de la base arrière quittèrent Ismaïlia pour le camp de Mena dressé aux pieds des Pyramides.

Les autres français libres se trouvant encore à Ismaïlia furent dirigés vers El Daba, une région sèche, peu fréquentée par les bédouins car sans eau, où nous avons subi un sérieux entraînement. Les vents de sable étaient fréquents, aucun oasis ; notre campement était composé de toiles de tente canadiennes et nous dormions à même le sol sur une toile cirée et une couverture. L’eau potable livrée en citerne était rationnée et notre menu quotidien était composé de viande et pommes de terre bouillies.

CHAPITRE 4 : D’ERYTHREE à BIR HAKEIM

 

Après trois mois passés dans cette fournaise, fin mars 1941, notre compagnie forte de 250 hommes environ, sous les ordres du capitaine Savey, remonte le Nil en bateau à roues pour participer à la campagne d’Erythrée, ancienne possession italienne.

Le Nil est le plus long fleuve du monde, il s’étend sur environ 6700 kms ; il nait de la confluence du Nil blanc, qui a pour source un petit ruisseau des collines du Burundi, et du Nil bleu, originaire des hauts plateaux éthiopiens. En Égypte, le Nil se transforme en un immense lac artificiel, le lac Nasser, conséquence de la construction du barrage d'Assouan ; le lac a permis l’irrigation de quelques 650 000 ha de terres, mais a également entraîné la submersion de monuments antiques ainsi que le déplacement des temples d'Abou-Simbel . Après Assouan, le Nil coule dans une vallée étroite et fertile, très densément peuplée, site de nombreux monuments, notamment à Louxor et Thèbes. Le Nil atteint enfin le Caire pour se jeter en un immense delta dans la Méditerranée. Le port d'Alexandrie, et à l’est par L’Erythrée est située dans la corne de l’Afrique bordée par la Mer Rouge, l’Ethiopie et le Soudan ; sa capitale est Asmara. Deux autres grandes villes importantes d’un point de vue économique sont Keren et Massaouah avec son port. Asmara est située sur un haut plateau, à climat tempéré ; c’est un endroit verdoyant, avec beaucoup de cultures et un cheptel considérable de moutons, chèvres, chameaux, ânes et antilopes.

Le pays était peuplé de Soudanais, de Somaliens, d’Arabes et d’Italiens, aux religions très variées. L’esclavage existait sous certaines formes ; les noirs subissaient la domination de leurs maîtres « les chemises noires », partisans de Benito Mussolini.

 

Nous fûmes dirigés sur Keren où nous recevons nos premiers coups de feu. Cette campagne a été rude ; nous marchions des journées entières sur des cailloux et du sable, les véhicules ne pouvant circuler sur les étroits sentiers de montagne. Les chameaux habitués à ses régions arides transportaient les vivres, les jerricans d’eau, les caisses de munitions ; lorsque nous arrivions sur des passages étroits au sommet des montagnes, nous étions obligés de les décharger et de les faire passer un à un et de les recharger ensuite. Notre progression était lente et le franchissement des cols pénible, une couverture sur les épaules pour nous protéger du froid ; puis nous sommes arrivés sur la route goudronnée reliant Asmara à la Mer rouge.

Pendant deux jours, nous n’avons eu aucun ravitaillement et l’eau a manqué ; avec cela les nuits sont glaciales et les journées torrides. Au petit matin du troisième jour, avec mon groupe, j’ai trouvé un puits abandonné par les « macaronis » ; les Italiens avant de se replier, avaient placé, tout autour, toutes sortes de saletés, y compris des excréments. Nous avons du tout nettoyer, filtrer l’eau boueuse avec des mouchoirs sales et boire... Enfin !!

Le quatrième jour, aux alentours de 16h, la température avoisinant 45°, nous arrivons avec soulagement et épuisés, au point de ralliement, sur la route Asmara – Massaoua, où se trouvent des camions anglais.

La situation est critique, plusieurs bataillons sénégalais et légionnaires nous rejoignent ; nous attaquons les positions tenues par les Askaris où Ethiopiens. Ces derniers ne veulent pas se battre, ils se replient et désertent l’armée italienne.

 

 

Puis soudain, des obus de mortiers tombent prés de notre campement, plusieurs chameaux sont tués, nous n’avons pas de blessés ; notre artillerie riposte et arrose les positions ennemies. Nous repartons à l’assaut pour atteindre notre objectif, la route, axe principal reliant les deux grandes villes ; nous nous heurtons à des organisations enterrées, rapidement neutralisées par l’artillerie du Commandant Laurent Champrosan.

Les Italiens ayant subi d’importantes pertes lèvent le drapeau blanc et se rendent ; nous faisons de nombreux prisonniers.

Dans ma section, le soldat Kidouche est sérieusement blessé au bras et le soldat Nord Africain, Rojulain est tué le 29 mars 1941.

C’est en Erythrée que je rencontrai et saluai, le colonel Monclar, Commandant des légionnaires.

Le 30 mars 1941, ma compagnie entraînée par le Capitaine Savey et ma section commandée par le Lieutenant Jacquin, arrivons au port de Massaouah, fatigués, assoiffés et affamés ; nous avons pour mission première de surveiller les prisonniers, puis de fouiller et d’occuper le bateau hôpital.

Nous y arrivons à bout de force ; comprenant nos souffrances, un général anglais nous fait apporter du thé chaud et du pain frais pris chez un boulanger italien, ainsi que des cigarettes.

Ce dimanche, nous avons l’heureuse surprise de rencontrer le Général De Gaulle. Nos pertes sont de 9 tués et 47 blessés soignés à Kub-Kub par les docteurs Vernier et Loth.

Le 2 avril 1941, les armées britanniques et françaises occupent l’Erythrée ;

C’est la fin de la campagne, la fin de l’empire fasciste en Afrique.

 

Le 4 mai 1941, par une chaleur étouffante, nous quittons Massaouah ; nous effectuons la traversée de la Mer Rouge sur le paquebot « Président Doumer », transformé en transport de troupes, à destination d’El Kantara, en Palestine.

Fatigués, nous dormons dans les coursives, sur les ponts et les entreponts sans air ; après deux jours de voyage, j’aperçois de chaque côté du rivage, de petits villages, le désert est loin.

A El Kantara, nous partons en camions vers Quastina, petite ville située à 50 kms de Jérusalem. Sous les ordres du Commandant De Chevigné, la compagnie du Capitaine Folliot arrivant de Lybie et celle du Capitaine Savey arrivant d’Erythrée, reforment le BIM.

Nous campons à côté d’une petite ferme tenue par des juifs polonais ; ils nous reçoivent avec chaleur et gentillesse ; tout le monde travaille la terre et à chacun son occupation. Ils possèdent cinq vaches, deux cochons, quelques moutons, des poules et des canards ; grâce à leurs efforts, ils ont creusé un puits et ont pu ainsi planter des citronniers, orangers, dattiers et oliviers, bien alignés, c’est du beau travail. Nous profitons de ce repos pour nettoyer nos armes, faire un peu de lessive et visiter la région riche de vestiges datant de l’époque romaine.

C’est avec le père blanc « Starky », aumônier du bataillon et 2ème archéologue de France, que j’ai visité Jérusalem, l’église de la nativité, Bethleem, le chemin de croix du Christ et le mur des lamentations.

Pour les Juifs, Jérusalem est leur terre sainte depuis Saül et David, 1er et 2ème roi des Hébreux. Pour certains chrétiens, l’authenticité des 14 stations du chemin de croix serait douteuse ; il semblerait que celui-ci ait été déplacé en raison de la construction de la mosquée Omar, autorisée par les anglais afin d’éviter une révolte chez les arabes. Malgré cela, des milliers de pèlerins du monde entier, font le calvaire, pieds nus pour certains.

Mon stationnement en Palestine a été trop court ; il aurait fallu plus de temps pour connaître toutes les merveilles naturelles de ce pays.

 

Du 12 au 31 mai 1941, le Général Catroux, invite le Général Dentz, haut commissaire des forces françaises au Moyen Orient, à accepter les ouvertures tentées pour éviter la guerre de Syrie ; après quelques hésitations, il opte pour une obéissance totale au maréchal Pétain.

A ce moment là, je me trouve à la frontière Syrienne et adjoint du lieutenant Jacquin ; des bruits circulent sur le refus des militaires français basés en Syrie de se battre et que nous sommes attendus, les bras ouverts… Mais les renseignements sont erronés et nous apprenons que le général Dentz a donné l’ordre de tirer sur tous les militaires qui voudraient pénétrer en Syrie.

La Syrie avec pour capitale Damas, est une région aride de l’Asie mineure ; ses habitants sont composés de Chiites, d’Alaouites, d’Amorites, de catholiques, de musulmans, de Druzes, de kurdes d’ottomans, de juifs et de Palestiniens. Damas est la plus vieille ville de monde, habitée depuis plus de quatre mille ans, ville sainte des chrétiens et musulmans, les uns vénérant Saint Paul, les autres Mahomet.

Placée sous mandat français en 1920, trois régiments de marsouins occupent le territoire pour maintenir la paix, notamment dans la vallée de l’Euphrate, lieu de contrebande et de trafic d’or, d’opium et de cannabis.

 

La guerre de Syrie est imminente et le 6 juin 1941, c’est une brigade indienne qui perce la position Kunetra-Cheik-Meskine, ouvrant la voie à la 1ère DFL .

Au matin du 9 juin, Kissove est atteint mais le colonel Genin est tué d’une balle en pleine tête. Les combats se succèdent ; du sommet des Djebels, de nombreux tirs d’artillerie arrosent notre position, notre section a deux blessés graves.

Le 21 juin, nous sommes devant les jardins de Mezze et c’est le début de violents combats Français contre Français. A 2 kms, ma section tombe sur une embuscade ; ce sont des éléments du 24ème RIC, notre ancien régiment.

Les officiers nous demandent de cesser le combat et de nous rallier aux forces de Syrie ; nous ne répondons pas, le combat est dur.

Nous recevons des obus de 75 et des rafales de fusils mitrailleurs de toutes parts, qui nous clouent au sol et comme un fait exprès, nous nous trouvons au milieu d’épineux et de figuiers de barbarie ; nous sommes bloqués. Devant la situation, le lieutenant Jacquin me donne l’ordre de me replier et d’aller prévenir notre chef de bataillon pour du renfort. Je me relève, rampe, cours, zigzague, les balles sifflent autour de moi et j’arrive enfin au camion « Morris commercial » du caporal Gallice.

Un réservoir d’essence est endommagé mais le caporal réussit néanmoins à le faire démarrer ; je saute à l’arrière, je me cramponne, je transpire, je tremble, j’ai le corps percé d’épines de figuiers de barbarie. J’arrive au bataillon et après avoir rendu compte au chef Chevigné, la brigade des Français libres et la légion déclenchent les tirs pour nous permettre d’avancer. En arrivant sur les lieux, nous retrouvons un mort, deux blessés et nous apprenons que le lieutenant Jacquin a été fait prisonnier avec le sergent Claude et quelques soldats ; les vichystes ont emmené avec eux le reste des blessés et des morts.

Mais 2 jours plus tard, les Français libres occupent Damas.

Je n’ai retrouvé aucun militaire de ma section, ils ont tous été expédiés en France ; le sergent Claude a été tué et enterré à Damas, le lieutenant Jacquin est revenu au Liban en échange de deux officiers de Vichy. Partis 30, nous en sommes revenus 9...

 

La ville de Beyrouth est directement menacée, le Liban est perdu ; après la capitulation de Damas, le général Dentz décide le 11 juillet à demander la fin des hostilités. Le conflit se termine sur tous les fronts, nos pertes sont énormes : 164 tués, 650 blessés. Je n’ai jamais pu oublier ces violents combats où des Français ont tiré, blessé et tué d’autres Français .

Les hostilités prennent fin mais les unités Françaises commandées par le général Dentz sont torturées moralement ; des négociations et pressions sont exercées sur les officiers subalternes qui se risqueraient à être rebelles au gouvernement. Presque tous acceptent l’armistice et décident de quitter le Levant et de rentrer en France par peur de représailles pesant sur leur famille.

Et pourtant, un officier des Forces Françaises libres essaie de rallier les indécis en leur disant : « Devant vous s’ouvrent deux routes : celle de gauche mène à Beyrouth, en France occupée par les Allemands, celle de droite mène en Palestine, vers la liberté, vers l’honneur » ; nous sommes peu nombreux à suivre celle de droite..

Le 1er octobre, les Généraux Catroux et de Larminat entreprennent des démarches pour obtenir du commandement anglais, l’engagement en Lybie de la brigade des Français libres ; le général anglais Auchineck refuse au prétexte de ne pouvoir assurer la logistique.

Et pourtant, notre armée se modernise et le service du matériel est crée permettant la restauration de l’armement livré par les Français du général Dentz ; le général De Gaulle toujours aussi énergique traite directement avec Winston Churchill et obtient la mise en route de l’escadrille « Normandie Niémen » stationnée à Ismaïlia sur le front Russe.

D’octobre à décembre 1941, les unités se trouvant encore au Liban et en Syrie, s’organisent, complètent leurs effectifs, perçoivent leur équipement, vivres et armement ; les généraux De Gentilhomme et De Larminat forment la 1ère brigade Française libre qui sera commandée par le général Koenig et le chef d’état major sera le lieutenant colonel Saint Hillier .

Cette brigade comptait 627 légionnaires et environ 3100 troupes polyglottes, des volontaires de l’île de Chypre, du Liban, de Syrie, des Calédoniens, des Tahitiens, des Sénégalais, des Indochinois, des Fidjiens et des Français.

C’est ainsi que le 28 décembre 1941, la brigade traverse les frontières de la Palestine, d’Egypte et le canal de Suez et le 1er janvier 1942, prend la direction d’El Dabba. Après plusieurs va et vient dans le désert Lybien, elle occupe la position de Bir Hakeim le 14 janvier 1942.

La brigade est fractionnée en deux ; la 1ère partie pour faire face à l’ennemi, comprend : le BIM, le BP1 , les fusillés marins avec les bofors de DCA , le régiment d’artillerie coloniale, le bataillon de marche N°2, la 22ème compagnie Nord Africaine, la compagnie des sapeurs pompiers et deux détachements de la légion étrangère.

La 2ème partie est composée de gros camions des services de l’intendance, des ateliers de réparation et de l’hôpital Spears ; les services de l’intendance sont commandés par le 1ère classe Peyrat, un colonial.

CHAPITRE 4 : LA BATAILLE DE BIR HAKEIM

 

Début 1942, les Allemands étaient aux portes de Moscou, les Japonais s’emparaient des Philippines, les Français libres à croix de Lorraine se trouvant à El Mekili en Lybie partaient le 14 février pour s’installer à Bir Hakeim , point d’eau du désert Lybien.

BIR en arabe veut dire : puits d’eau ; à une certaine époque, il devait y avoir une source mais qui avait du être comblée par les Italiens lors des 1ers combats de 1940.

Bir Hakeim n’est pas une oasis ; à cet endroit le désert s’étend sur des centaines de kilomètres, recouvert de petits cailloux et de buissons ras appréciés des chameaux.

La bataille de Bir Hakeim a été un véritable enfer ; une suite d’événements graves semés d’embuches, de ruses et de pièges de toutes sortes, surtout de nuit.

 

Sur les dix huit kilomètres de périmètre, le camp fortifié de Bir Hakeim présente une forme de rectangle ; des réseaux de mines anti chars et anti personnelles avaient été placés par les Italiens, les Anglais puis les Français. Les charges explosives avaient été enterrées en toute hâte, sans plan pré établi, sans repères et le vent de sable avait fait le reste…

Pendant quatre mois, nous avons du aménager nos tranchées, creuser des abris de protection et des alvéoles pour les armes, les camions et surtout les citernes d’eau.

Le vent de sable a été notre premier ennemi ; soulevant des tourbillons, s’insinuant partout dans les mécanismes des armes automatiques, détériorant les moteurs, pénétrant nos vêtements et jusque dans les fusils pourtant enveloppés dans une double épaisseur de toile et enfermés dans une caisse…Quand ce maudit vent soufflait, on y voyait pas à cinq mètres, obligeant les camions à s’arrêter et les patrouilles à rester sur place et à se protéger du mieux qu’elles pouvaient. Et puis, il y avait aussi, cet impitoyable soleil, nous brûlant et nous assoiffant ; la ration d’eau fixée à deux litres par homme pour douze heures n’était franchement pas suffisante pour boire, se rafraîchir et se laver les dents. Quant au linge, nous le lavions avec de l’essence que nous avions en grande quantité.

 

L’effectif de la brigade formée en Syrie par le Général de Larminat, comprenait 3700 hommes ; un tiers de blancs, deux tiers de noirs. Nous étions tous des « ralliés », combattants volontaires en provenance de tous les coins du monde. Il y avait dans nos rangs, des Américains, des Anglais , des Allemands qui tenaient à se venger des nazis, des Espagnols qui avaient combattu Franco, des juifs qui fuyaient les massacres ethniques, ainsi que des Français venus de Syrie, d’Egypte, du Liban et de Palestine.

La garnison regroupait :

- Le BIM commandé par le Chef de bataillon Lorotte de Banès

- Le BP1 composé de Calédoniens, de Canaques , et des Tahitiens, commandé par le Lieutenant Colonel Broche

- Le BM2 commandé par le Lieutenant Colonel Roux et son adjoint le Chef de bataillon Amiel

- Le détachement de fusillés marins commandé par le Commandant Detroyat

- Le régiment d’artillerie commandé par le Lieutenant Colonel Champrosay

- Deux détachements de la Légion étrangère commandés par le Lieutenant Colonel Amilakwari

- L’hôpital Spears commandé par le médecin Lieutenant Colonel Vernier

- Les services de l’intendance commandés par l’intendant Peyrat, ainsi que les services du génie, des transmissions et des réparations d’armement.

Nous étions tous impatients de nous mesurer à l’ennemi, qui par la voix des ondes de Berlin et de Rome déclarait : « Les Français qui se flattent d’être encore des combattants seront bientôt exterminés, écrasés ; nous les réduirons en poussière, aucun soldat Français ne doit sortir vivant de Bir Hakeim ».

De Janvier à avril 1942, l’ennemi est loin, il refait ses forces, il faut le trouver, le harceler. Pour cela nous organisons continuellement des patrouilles de jour comme de nuit, composées de deux compagnies portées d’infanterie, de sections antichars, d’une batterie de défense antiaérienne et d’une batterie d’artillerie.

Les sorties durent jusqu’à deux semaines et ces guerres de mouvements sont rudes. Nous sommes éreintés, la nourriture peu variée est composée de corned beef, de biscuits, et de thé ; nous n’avons pas la possibilité de nous laver provoquant des problèmes cutanés, des hémorragies dentaires et le scorbut...

Dans le désert, le matériel ayant la couleur du sable, l’ennemi est difficilement visible ; il faut sans cesse observer et surveiller les tourbillons de poussière. Les déplacements fréquents sont aussi une des caractéristiques de la guerre dans le désert ; une position occupée le matin peut être déplacée de 40 kms la nuit sans que l’ennemi ne s’en aperçoive.

Au matin du 26 mai, les observateurs signalent des déplacements ennemis ; l’attaque est imminente.

Le 27 mai, les Italiens de la division Ariete, lancent l’assaut avec des blindés ; une concentration de chars avancent dans la plaine soulevant beaucoup de poussière. Nous les attendons derrière les champs de mines ; les tirs ciblent notre position, nous ripostons de 400 mètres avec nos canons, plusieurs chars Italiens sautent sur les mines, nous les achevons à coups de 75mm, obligeant l’ennemi à battre en retraite. Des « Jock Column » les poursuivent et placent des mines sur les itinéraires de points importants, tel que Mechili.

Du 27 mai au 3 juin, deux fois par jour, les Messerschmitts mitraillent notre position faisant de nombreux morts et blessés chez les Africains du BM2 ;

De leur côté, les chasseurs Anglais abattent sept stukas , nous les saluons chaleureusement.

Alors que nous sommes pilonnés, je reçois l’ordre d’aider le Caporal Laborde à apporter des caisses de munitions au BP ; je longe le PC du Lieutenant Colonel Broche qui le crie : « Allez courage, petit ! ». Notre trajet est périlleux ; on doit courir, ramper, traîner les caisses, rouler à droite, à gauche..Nous avons mis prés de deux heures pour accomplir notre mission.

Les téléphonistes toujours sur la brèche, réparent les lignes constamment coupées et de surcroît le parachutage du matériel sanitaire tombe chez les Allemands.

 

Le Général Erwin Romel, surnommé « le renard du désert », commandant l’ensemble des troupes ennemies, se révélant être un remarquable tacticien de l’Afrikakorps , est persuadé que Bir Hakeim va tomber sans grand combat ; il prépare l’assaut final pour la conquête de l’Egypte. Son objectif est d’arriver au Canal de Suez dans les meilleurs délais pour occuper la route du Moyen Orient.

Cinq chars italiens réussissent à pénétrer dans nos défenses, ils sont attaqués à coups de grenades incendiaires et sont vite mis hors de combat ; le Caporal Pecro du BIM, grâce à son flegme et son sang froid détruit avec son canon 47, six chars ennemis à lui tout seul.

Nous apprenons par les prisonniers que les troupes de Romel se sont ébranlées, ont pris l’offensive sur l’ensemble du front et avancent en direction de Bir Hakeim.

Notre artillerie riposte avec beaucoup de précision, nos canons crachent leurs obus, la bataille est intense.

 

Le Duce Mussolini, choisit ce moment pour réclamer Nice, la Corse et la Tunisie, persuadé que les volontaires Français de la 1ère DFL, hisseraient rapidement le drapeau blanc ; c’était sans compter sur notre pugnacité à accomplir notre devoir sans faiblir.

Le Général Romel ne s’attendant pas à nos assauts terrestres et aériens, doit se replier pour regrouper ses éléments et surtout attendre l’arrivée de renforts, de vivres, d’eau et de munitions. La brigade Française profitant de ce désarroi, harcèle sans relâche, l’ennemi sur tous les flancs ; puis tout se calme, sur le sol il ne reste que des camions abandonnés, des carcasses de tanks, au total 43 chars calcinés.

Le 1er juin, une auto portant un drapeau blanc se présente à la porte Est, gardée par le BP1 ; deux officiers Italiens demandent à être reçus auprès du Commandant de la base, yeux bandés, ils sont conduits auprès du Général Koenig et proposent la cessation des hostilités au prétexte que les forces de l’Afrikakorps sont largement supérieure aux forces Françaises. Ils reçoivent un refus catégorique du Général, qui entend poursuivre le combat sans faillir.

Les 2 et 3 juin, un fort vent de sable se lève enveloppant toute la garnison ; le 3 juin, deux soldats Anglais prisonniers des Allemands arrivent à la porte Est porteurs d’un message du Général Romel : « Toute résistance serait inutile, rendez vous si vous ne voulez pas être exterminés. Nous cesserons le combat dés que vous hisserez le drapeau blanc » ;

La réponse du Général Koenig : « Nous devons tenir coûte que coûte ; aucun officier Allemand, aucun officier ennemi, ne devra être reçu ».

 

Les jours qui suivent ne sont que duels d’artillerie et attaques aériennes, menées par les Stukas. Le 8 juin au matin, une épaisse brume nous cache toute visibilité ; tout est calme, aucun bruit. Ce silence étonnant dure deux heures ; tout à coup l’horizon se dévoile, et nous constatons que des éléments blindés se déplacent à deux kms de nos lignes.

Cette journée est un véritable enfer. Des canons de 50 /88/ et 105mm nous matraquent, 30 avions bombardent notre position, détruisent nos camions, les tentes de blessés ; des soldats sont tués. Notre riposte ne se fait pas attendre, les canons antichars et l’artillerie répondent violemment, le choc est rude, tout est en feu.

L’adjudant Doye, séminariste, est crucifié sur la bêche de sa pièce, les yeux grands ouverts ; tous les servants de cette pièce sont tués, ainsi que le Sergent Antoni. C’étaient de bons camarades, de bons français ; ils avaient poursuivis les soldats du Maréchal Graziani et les Bersaglieris du Duc d’Aoste.

L’Adjudant Chef Lepeltier venant des méharistes du Tchad, affecté au BIM s’est aussi brillamment comporté ; grièvement blessé à la jambe, il trouva le moyen à bord de sa camionnette, à rejoindre la colonne du Lieutenant Colonel Broche.

 

Au matin du 9 juin, l’enfer se déchaîne sur le quartier du Commandant Roux ; le terrain est labouré par les obus ; les tirailleurs du BM2 avec à leur tête le Chef de bataillon Amiel , tiennent bons et grâce à l’aviation Anglaise, l’ennemi se replie laissant trois panzers détruits et de nombreux morts. Vers 17 heures, de nouveau, nous sommes soumis à de sérieux bombardements de neutralisation ; une bombe d’une très grande puissance, vraisemblablement 500kgs, explose à dix mètres de mon trou. Je me retrouve propulsé dans la tranchée d’un camarade, le corps recouvert de sable, les oreilles et le nez en sang ; sans eau, je m’essuie rapidement et ne serais soigné qu’à la sortie de Bir Hakeim.

Le 10 juin, le Général Koenig reçoit un appel du commandement Anglais lui signifiant que le maintien de Bir Hakeim n’est plus essentiel et lui demande comment il pense pouvoir évacuer le terrain. Cette journée est éprouvante par les assauts répétés de l’infanterie et de l’aviation que Romel lance conjointement dans la bataille ; nous sommes exténués.

Les réserves d’eau sont vides, nous suçons nos pâtes dentifrice pour nous désaltérer ; certains camarades à bout de force, boivent leurs urines...

 

Dans la nuit du 10 au 11 juin, encerclés depuis 15 jours, l’ordre d’évacuation nous est communiquée ; les commandants des compagnies demandent à leurs hommes de détruire les archives, de lacérer leurs paquetages et les tentes, de rendre inutilisables les véhicules, de défoncer les abris ; rien ne doit rester.

La sortie est prévue le 11 juin 1942 à 22 heures par la chicane du BP1 ; c’est le Capitaine de Laborde qui me l’apprend. Je dois sortir avec la section de l’Adjudant Chef Delsol ; il fait nuit noire, je ne la trouve pas, elle est dispersée, je connais seulement le point de ralliement : Azimut 213, où se trouve les Anglais avec les camions, je décide alors de suivre à pied le trajet tracé par les ambulances.

Pour effectuer l’ouverture, il nous faut, armes à la main, se frayer un chemin à travers les champs de mines. Nos Brenn-carrer se jettent en avant pour ouvrir un passage, le Général Koenig suit dans son véhicule conduit par Miss Travers, seule femme qui aura survécu à ces combats.

Vers minuit, les Allemands lancent des gerbes de fusées éclairantes et nous essuyons des rafales de mitrailleuses ; nous progressons la tête clouée au sol, j’entends des cris, des pleurs tant à droite qu’à gauche. Je cours, je rampe, je fonce en regardant ma boussole, j’essaie d’embarquer dans un camion rempli d’Africains qui passe à mes côtés, je n’arrive pas à accrocher les ridelles, les places entre les hommes sont trop étroites. Je suis fatigué, j’ai mal aux pieds, je passe à côté de militaires morts, je ne sais pas où je suis, je fonce toujours, j’essaie de suivre les traces de camions qui sont passés dans les couloirs déminés… Un groupe de camions transportant les blessés, roule tous feux éteints dans le couloir à moitié jalonné, guidé par des militaires debout sur les gardes boues avant. Un sénégalais trouvera la mort, tête tranchée entre deux camions ; ce malheureux tirailleur, sera enterré au petit matin à azimut 213, point précis où les Anglais nous attendent.

Aux environs de trois heures, une camionnette de ma compagnie passe à mes côtés et ralentit pour me prendre ; je grimpe à l’arrière et me trouve à côté du corps sans vie du Commandant Savey, que j’avais croisé une heure plus tôt. Lui aussi sera enterré à l’endroit du rendez vous, une croix en bois fabriquée avec une caisse de biscuits portant son nom, comme seule marque de reconnaissance.

Plus tard, j’apprends que 35 soldats de mon unité ont été tués en traversant les champs de mines ; les corps déchiquetés n’ont pu être identifiés. Sur les 3750 Français engagés dans cette bataille, seuls 2800 hommes environ se sont sauvés de cet enfer.

Cette nuit là, ce fût « le sauve qui peut » , ma « bonne étoile » était avec moi !

Au matin, deux Martiniquais âgés d’une soixantaine d’années, qui n’avaient pas été autorisés à se battre au regard de leur âge, vinrent à ma rencontre pour m’apporter un quart de rhum sans sucre. Un des deux me dit : « bois çà petit, cela te fera du bien… », J’ai bu d’un coup sec et assommé, je me suis endormi à même le sable ; au réveil, je me suis retrouvé à 40 kms du Caire, embarqué malgré moi dans un camion par mes camarades.

 

Le Rayonnement de Bir Hakeim a suscité plusieurs témoignages d’admiration dans le monde

Le Général De Gaulle exprima avec émotion la fierté qu’il a ressentie et envoya au Général Koenig, le message suivant :

« Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil ».puis : « le monde a reconnu la France, quant à Bir Hakeim un rayon de sa gloire renaissante est venu caresser le front sanglant de ses soldats ».

Le même jour, Maurice Schumann a fait connaître au monde entier sur les ordres de la BBC, l’héroïque résistance des français.

Winston Churchill déclara à la Chambre des communes :

« En arrêtant pendant 15 jours l’avance Allemande, les FFL permirent de gagner du temps, le temps d’amener des troupes de Syrie, du Liban, de Palestine et de couvrir le Canal de Suez et L’Egypte ».

.Le Général Auchineck, Commandant en Chef des forces du Moyen Orient écrivit :

« Les Nations Unies se doivent d’être remplies de gratitude et d’admiration à l’égard des français libres de Bir Hakeim ».

Franklin Roosevelt, Président des Etats-Unis, toujours réservé à l’égard de De Gaulle, finit par reconnaître la France Libre et la souveraineté française sur les territoires qui rallièrent les Français libres.

Le Général Romel écrivit :

« Soldats de Bir Hakeim, la preuve est faite, vous avez réalisé un miracle quand la situation était désespérée ».

 

L’issue de cette bataille a été une victoire tactique allemande et une victoire stratégique française.

 

CHAPITRE 5 : D’EL ALAMEIN AUX COMBATS EN ITALIE

 

En juillet 1942, la brigade quitte Alexandrie, ville Egyptienne, située à l’Ouest du delta du Nil entre le lac Maréotis et l’île de Pharos ; nous prenons la direction d’El Alamein, désert monotone et tristement nu, à 100 kms de la ville.

 

Le BIM et le BP1 n’ayant plus de commandement depuis la mort du Chef de bataillon Savey et du Lieutenant Colonel Broche, c’est le Commandant Bouillon qui réunit en un même corps les deux unités formant ainsi le bataillon d’infanterie de marine et du pacifique.

Nous faisons partie de la 8ème armée sous les ordres du Général Montgomery ; l’armement et le matériel détériorés sont remplacés et nous avons pour mission de protéger l’artillerie française, placée juste derrière nos positions et à cinq mètres de l’artillerie anglaise.

Le 23 octobre 1942, des centaines d'avions attaquent les positions de l'Axe ; l’artillerie se déclenche, toutes les pièces tirent en même temps, la nuit s’illumine, des milliers de tonnes d’acier tombent sur les positions Allemandes et Italiennes pendant quinze minutes avant de laisser la place à un tir de barrage qui permet aux quatre divisions de sortir de leurs positions. Très vite, le génie s'attelle à ouvrir des passages dans les champs de mines. Le début de l'attaque se passe sans difficultés, les défenses adverses ayant été terriblement affaiblies par le pilonnage de l'aviation et de l'artillerie. Rommel n'a plus de réserves, il ne peut contre-attaquer et doit maintenant penser à se replier ; les italiens, faute de moyens de transports doivent se replier à pied. Pour le chef de l'Afrikakorps, il faut non seulement abandonner la position d'El Alamein, mais il veut sauver l'Afrikakorps et pour cela il pense se replier en Europe. Pour Hitler, une telle proposition est inacceptable. Il ordonne à Rommel de tenir ses positions.

Mais le Général Montgomery est déterminé ; le 30 octobre, l’assaut final est donné, l’aviation anglaise mitraille tous les convois, l’Afrikakorps se replie abandonnant les Italiens, c’est la débandade ; nous occupons Tripoli et Benghazi. La brigade Française a atteint son objectif ; Tunis est occupée, les Allemands donnent l’ordre de « cessez le feu ».

Cette bataille fut décisive dans le sens où elle permit de repousser les Allemands qui menaçaient depuis plus de six mois la ville d'Alexandrie et le canal de Suez.

Après avoir effectué 2500 kms en quinze jours, nous campons à Gabés en Tunisie; les soldats sont à bout de nerfs, ce qui provoque des débordements que nous avons du mal à maîtriser. Un sénégalais furieux après la mort de son Chef, le lieutenant Colonel Amilarkari, règle au coupe-coupe le sort de quelques Allemands…

Enfin de repos à Nabeul, ville située dans le Cap bon, nous sommes heureux de pouvoir prendre des bains de mer, de manger du poisson et des légumes. La division se grossit de jeunes Français venus de Corse et des évadés de France passés par l’Espagne.

 

En février 1944, la 1ère DFL reçoit du Général de Gaulle la mission de partir en Italie ; cette campagne en cours, née de la conférence de Casablanca, avait pour objectif de libérer les routes maritimes de Méditerranée.

Le commandement allié n’était pas favorable à notre venue, mais le Général Juin, commandant du corps expéditionnaire français avait besoin d’une division qui savait se battre en montagne et qui avait déjà fait ses preuves. Le 13 avril nous embarquons à Bizerte à destination de Naples, en Italie.

Le 21 avril 1944, la 1ère DFL est en mer ; le temps est superbe, la mer calme, il fait une douce chaleur, je me repose.

Nous débarquons à Naples le 23 avril ; nous nous installons à 30 kms de Pompéi, au pied du Vésuve. De nouveau le père Starky, me fit découvrir tous les trésors archéologiques de cette ville qui fut entièrement détruite lors de l’éruption du 24 août 79.

Mais notre mission n’était pas de faire du tourisme, il fallait retrouver notre armement, notre paquetage ; le Général Brosset s’interroge alors sur l’avenir de la division : « Qu’allons nous faire en Italie ? ». Nous sommes redéployés en secret pour renforcer les troupes qui se battent depuis des mois pour ouvrir les portes de Rome, par la voie du Liri au Nord du mont Cassin.

Nous arrivons avec nos camions, le long du Garigliano et nous nous engageons avec le 3ème régiment de Spahis marocains, dans la haute vallée du Liri Via San Apollinaire et au sud de Cassino ; les italiens sont étonnés voire affolés de voir les Africains de notre division, débarquer ainsi. Sur la rive droite du fleuve, tout semble stabilisé, pas un seul coup de canon ; soudain, le front s’éveille, nous partons à l’attaque, le BIMP subit de violents feux d’armes automatiques et de sérieuses contre attaques appuyées par l’artillerie et les chars. Nous résistons mais nos pertes sont importantes ; mon bataillon est très éprouvé, nous perdons 41 hommes dont mon Commandant de compagnie, le Capitaine Laborde.

Malgré cela, nous avançons vers les villages de San Apollinaire, San Giorgio Del Liri, Santa Maria, complètements détruits et nous les occupons. La situation semble évoluer favorablement pour le BIMP, quand tout à coup, nous tombons dans une embuscade ; le Commandant Magny est tué, fauché par une rafale de mitrailleuse, la 3ème compagnie perd tous ses chefs de section. Le Capitaine Magendie remplace le Capitaine Magny et l’Adjudant chef Delsol, prend le commandement.

Notre avancée rompt le dispositif de défense Allemande de la ligne Gustav , facilitant ainsi l’avancée des britanniques et des Américains.

Puis les unités reconstituées, nous prenons la ville de Rome dans la nuit du 4 juin au 5 juin 1944 ; la 1ère DFL est la première à entrer dans Rome. Du balcon où Mussolini faisait ses discours, le Général Juin rend le salut aux Américains arrivés par la suite ; le Général Clarck est mécontent, il voulait être le 1er à Rome avec sa division, mais il dira plus tard : « le CEF a ajouté un nouveau chapitre d’épopée à l’histoire de France ».

 

Les Italiens sont joyeux, les cloches sonnent à toute volée la libération de Rome ; nous sommes félicités de toute part et le 15 juin, le Général De Gaulle le fait officiellement.

Le 17 juin, mon Commandant de compagnie, le Capitaine Blanchet est tué par une mine antichar. Le 18 juin 1944, le Général De Gaulle passe en revue ses troupes et remet la Croix de libération à une vingtaine d’officiers et à un seul sous officier, le Sergent Chef Tranape de la coloniale ; la médaille militaire est conférée à l’Adjudant Delsol, au sapeur Luciani, à deux tirailleurs et un légionnaire.

Au début du mois de juillet, nous sommes remplacés par un bataillon de Sénégalais, nous sommes relevés du front, c’est la détente. Nous sommes dirigés sous une chaleur de plomb vers Tarente ; nous allons préparer le débarquement en Provence.

Ces combats en Italie ont été durs et le coût humain élevé ; 2739 hommes tués dont 562 au BIMP ; plus de 1700 tombes de fortune jalonnent la route parcourue par la division.

CHAPITRE 6 : DU DEBARQUEMENT en PROVENCE à L’AUTHION

 

Nous sommes toujours au repos en Italie, il fait chaud, la rade de Tarente est remplie de bateaux de guerre et de gros transporteurs de troupes attendent l’ordre de partir ; c’est notre cas, nous attendons le moment de participer à la libération de notre Pays : La France.

 

Nous partons enfin ; la 1ère armée et les FFL du Général de Gaulle sont commandées par le Général De Lattre de Tassigny. Au total, nous représentons, cinq divisions d'infanterie, deux divisions blindées (la 1ère et la 5ème), deux groupements de tabors et plusieurs éléments de réserve. S'y retrouvent aussi, les combattants du corps expéditionnaire qui s'est couvert de gloire en Italie et des soldats fraîchement embarqués en Afrique du Nord : Français de souche, soldats musulmans d'Algérie, de Tunisie, du Maroc, troupes venues d'Afrique Occidentale française, d'Afrique Equatoriale française.

L’objectif est de libérer les deux ports, Toulon et Marseille et de remonter le Rhône pour effectuer la jonction avec les forces du débarquement de Normandie.

La présence des hauts-fonds et la disposition des batteries ennemies ont déterminé le choix des plages du débarquement entre le Lavandou et Saint Raphaël.

 

Nous débarquons le 15 août 1944 à Cavalaire sur mer ; il est environ 22 heures, il fait nuit noire. La 1ère DFL commandée par le Général Brosset a pour mission de prendre Hyères et de progresser par la côte, la 9ème DIC commandée par le Général Magnan manœuvrera par la montagne et la 3ème DIA du Général de Monsabert prendra Toulon à revers et avancera vers Marseille. Les opérations seront soutenues par l'artillerie des navires.

Notre bataillon est rassemblé dans une vigne dont les raisons sulfatés sont mûrs ; n’ayant rien mangé depuis le matin, nous avalons grappes sur grappes, mais au petit matin, nous sommes nombreux à baisser la culotte !!

Malgré ces petits ennuis, nous fonçons et progressons, aidés par les résistants locaux et appuyés par l’aviation ; nous arrivons sur Hyères et devons déloger les Allemands dont le QG est installé au Golf Hôtel. Les ennemis sont postés autour de tous les points stratégiques, notre commandant nous fait remarquer des FFI planqués dans de larges caniveaux ; ils nous attendent. Nous nous frayons un passage à travers les barbelés et les mines, la résistance adverse ne nous laisse aucun répit. De nombreux camarades tombent sous les tirs mais nous dépassons notre peur et arrivons enfin à occuper le Golf Hôtel ; une macabre découverte nous attend dans les souterrains de ce QG, nous dénombrons au moins deux cents cadavres…

 

Pendant ce temps, la libération de Toulon et de Marseille s’effectue, les attaques sont rapides et violentes. Le 27 août ces deux villes sont complètement libérées. On déplorera la mort du Commandant Mirkin, véritable héros de la libération de Toulon.

Le 28 août, le Général de Lattre de Tassigny envoie un télégramme à De Gaulle :

« Aujourd'hui J+13, dans le secteur de mon armée, il ne reste plus un Allemand autre que mort ou captif ».

La Provence est libérée

 

La petite armée du général de LATTRE de TASSIGNY, en enlevant Toulon et Marseille en douze jours, a certainement contribué d'une façon décisive à la victoire finale.

 

Nous poursuivons notre route vers Avignon puis Nîmes ; là, nous sommes bloqués par manque d’essence, nous attendons le ravitaillement. Un détachement se dirige sur Autun, le nôtre sur Lyon.

Arrivés aux portes de Lyon, nous sommes reçus par des obus de mortiers et des rafales de mitrailleuses envoyés par des éléments vichystes, fidèles au Maréchal Pétain ; nous les obligeons à se replier, mais dénombrons plusieurs pertes dans nos rangs.

Les ponts sur le Rhône sont détruits, la garnison ennemie quitte définitivement leurs positions, abandonnant armes et bagages sur place.

Lyon est le berceau de famille du Général Brosset ; heureux, ce dernier rentre dans sa ville avec trois compagnies du BIMP.

Le ravitaillement en essence et en intendance, étant fait, nous pouvons poursuivre les « boches » ; nous entreprenons en première ligne, avec force, les cols des Vosges, la trouée de Belfort . Une épaisse couche de neige recouvre le sol, tout est blanc et gelé, le mauvais temps persiste ; comble de malheur, nos capotes de laine et nos effets chauds se trouvent à 18 kms en arrière ; mes doigts sont gonflés, mes pieds glacés, je crains les engelures.

Cet état atmosphérique de l’air ne convient pas aux militaires qui viennent de passer quatre ans dans le désert à plus 40°/45°. Les Africains, Calédoniens, Tahitiens pas habitués à la rigueur et au froid sont épuisés, ils ne peuvent tenir le front. La décision est prise de les envoyer se reposer à Paris ; nos bataillons se séparent à regret de leurs fidèles et valeureux soldats ; les Antillais refusent de quitter la division; c’est mon cas..

Il fait de plus en plus froid, le thermomètre varie entre moins 20° et moins 26° ; on nous distribue enfin des vêtements chauds. J’ai maintenant deux paires de chaussettes de laine, une paire de brodequins à semelle en caoutchouc, une botte américaine qui englobe le tout, des caleçons longs, deux tricots, un pull over, une capote, un couvre chef et une large écharpe qui recouvre les oreilles et mon cou ; je suis heureux mais malgré tout, lorsque je dois rester de longs moments couché sur le sol où debout contre un mur, je n’ai pas bien chaud..

Un grand nombre de volontaires, des maquisards, des FFI, des résistants, s’engagent dans nos rangs, remplaçant les partants. La météo ne nous laisse aucun répit, pluie et neige tombent sans arrêt, le terrain est détrempé, infesté de mines mai malgré tout nous avançons sur tous les fronts.

Le 20 novembre 1944, aux portes de l’Alsace, le Général Brosset trouve la mort dans un accident de jeep, sur le pont miné de Rahin, son corps est retrouvé deux jours plus tard ; son aide de camp, le comédien Jean Pierre Aumont, tombé en eau profonde a pu rejoindre la rive malgré l’eau glacée et un fort courant.

Toute la division est en émoi, nous avons perdu un véritable Chef, solide gaillard et vrai colonial. Le Général De Gaulle adressa un message au Général Garbay, commandant de la 1ère DFL : « Votre Chef, le Général Brosset vient de mourir pour la France dans vos rangs ; ma pensée, tout mon cœur sont avec vous dans ce grand chagrin. Il était mon bon compagnon et mon ami, jamais je n’ai eu de lui que des preuves indéfiniment prodiguées d’ardeur, de désintéressement, de confiance. Il était de la noble phalange qui s’était, dés les premiers jours, groupée autour de moi pour accomplir notre mission au service de la France et dans laquelle la mort a si terriblement frappé. Ses derniers regards furent ceux d’un vainqueur puisqu’il vous conduisait à l’une des plus belles victoires de cette guerre. Il est tombé sur le sol reconquis par vous sous son commandement, c’est ainsi qu’il souhaitait mourir. Honneur au Général Brosset, Commandant la 1ère division motorisée d’infanterie, mort pour la France. »

 

La 1ère DFL, au combat depuis 1940, composée au départ de coloniaux, se trouve à ce jour composée de jeunes Alsaciens volontaires, pleins d’ardeur, sans grande expérience mais qui veulent se battre pour libérer la France.

Suite à ces glorieux combats, nous sommes envoyés en Charente, pour réduire les poches de Royan. Les fêtes de fin d’année approchent, mais deux jours après notre installation, les Allemands attaquent, ils veulent reprendre Strasbourg. Nous retournons en Alsace pour remplacer en toute hâte la 2ème DB qui est alignée sur 40 kms de front dans les Ardennes.

Le 1er janvier 1945, le commandement nous demande des efforts supplémentaires, nous devons tenir coûte que coûte, notre position s’étendant de Benfeld à Sélestat, puis défendre Strasbourg.

 

Dans la journée du 8 janvier, les Allemands foncent sur Benfeld, traversent en partie l’Ill ; le BIMP tient bon, mais le BIMP 24 (bataillon d’Africains) est accroché, bloqué et isolé. La division donne l’ordre au BIMP 24 de se replier, mais un ordre formel du 2ème corps d’armée annule le mouvement envisagé et lui demande de résister, de ne pas abandonner le terrain ; le BIMP 24 tient plusieurs heures, mais à court de munitions, il ne peut plus se défendre et se trouve encerclé par les Allemands. Refusant de se rendre, les Africains sont aidés par l’aviation et l’artillerie qui bombardent les positions Allemandes ; nous arrivons à dégager quelques camarades, à récupérer une partie de Benfeld. Plusieurs groupes sont faits prisonniers et six arrivent à se cacher dans des broussailles

.Le 12 janvier 1945, nous faisons prisonniers un commandant et plus de quatre vingt soldats ; le 14 janvier, les attaques et contre attaques allemandes se succèdent avec l’appui de l’artillerie de l’aviation, mais le terrain reste entre nos mains. Nous sommes fatigués, épuisés, nous nous battons sans relâche, mais ne cédons pas un pouce de terrain.

La résistance ennemie fléchit complètement, alors, le haut commandement allemand, le Général SS Himmler, donne l’ordre à ses troupes de traverser le Rhin ; les Allemands évacuent la haute Alsace et quittent notre Pays.

Notre mission est accomplie mais nos pertes sont lourdes : 1000 hommes et 63 officiers tués où blessés.

Ce jour là, le Général Leclerc écrit au Général Garbay : « Bravo, mon vieux, la 1ère DFL aura probablement sauvé Strasbourg après que a 2ème DB l’a prise. J’espère que cela n’a pas coûté trop cher en hommes ; félicite tout le monde de ma part et surtout n’hésite pas à dire toute la vérité . »

 

Le 1er février 1945, nous avons rempli notre mission ; la division borde le Rhin, les Allemands ont évacué la Haute Alsace, nous sommes au repos, mais un ordre surprenant nous arrive.

La 1ère DFL, la plus vieille division Française ayant effectué tous les combats depuis 1940, celle qui paraissait avoir acquis le droit d’entrer la première en Allemagne, est placée en réserve et doit faire mouvement sur le Sud de la France ; le 3 mars 1945, nous recevons l’ordre de partir pour le front des Alpes. Nous sommes tous déçus et ressentons une profonde amertume face à cette injustice.

 

En fait, cette décision fait suite à un courrier adressé au Général de Gaulle et rédigé par deux officiers de la DFL, le Commandant Arnault et Brunet de Sairigné, faisant état des mauvais rapports qu’avaient les Français Libres avec le général de Lattre de Tassigny, le rendant responsable d’erreurs commises sur le terrain, ayant occasionnées de sérieuses pertes humaines.

Le Général Juin, qui justement avait besoin d’une division dans les Alpes, en profite pour remplacer la 4ème DMM qu’il avait prévue, par la 1ère DFL

Au lieu de pénétrer en Allemagne les armes à la main, nous devons nous battre à nouveau dans les Alpes, conquérir l’Authion .

Notre nouvelle mission est de laver sur le terrain l’outrage naguère subi et reconquérir les enclaves qui nous appartenaient.

La capitulation allemande aurait pu être attendue mais le Général DE GAULLE souhaite que Tende et La Brigue soient rattachés à la France

Après le débarquement du 15 août 1944 dans le Var, la majeure partie du département est libérée, mais la haute vallée de la Roya et le massif de l'Authion sont toujours occupés par les Allemands qui remettent en état les fortifications françaises construites un peu avant la guerre de 1939 et qui commandent les accès aux cols italiens et notamment celui de Tende.

Qui ne peut oublier la visite du Chef des Français libres juste avant l’attaque de l’Authion ? Ce jour là, le 8 avril 1945, le Général de Gaulle remet au Chef de bataillon Magendie, la Croix de la libération décernée au BIMP, qui l’accroche sur le calot du Caporal Pecro .

Le 9 avril 1945 à Nice, il annonce l'offensive sur l'Authion et la Roya.

 

Notre tâche est dure, c’est une guerre de montagnes, où il y a beaucoup de crêtes aux arêtes étroites et les Allemands sont retranchés dans un réseau de fortifications sur une série de buttes à plus de 2000 mètres d’altitude : le fort de la Forca, la redoute des Trois communes, le fort du Plan Caval et le fort de Mille Fourches.

Notre division est d’ailleurs fortement réduite ayant été de tous les combats ; depuis sa création nous avons perdu plus 5356 combattants, nous ne sommes plus que 8000 hommes..

Tout d’abord, nous devons occuper le camp des Cabanes Vieilles ; l’opération ne peut se dérouler comme prévu le 10 avril en raison du mauvais temps et d’un épais brouillard qui recouvre toute la vallée. La marine, l’aviation l’artillerie bombardent les ouvrages entourés de plusieurs réseaux de fils de fer barbelés. La Compagnie du Capitaine Picard est bloquée sur place par un feu puissant ; la 2ème compagnie du Lieutenant Thomas et la 3ème compagnie du Capitaine Golfier réussissent à se maintenir aux Cabanes Vieilles, malgré de nombreuses contre attaques. Grâce à l’appui de l’aviation et des BM11 et BM21, nous occupons les forts des Milles Fourches, de la Forca et les cimes de l’Authion ; les Allemands sont obligés de se replier.

 

Les pertes sont sévères ; je ne peux oublier la mort du fusiller marin Combaz, dernier soldat de la division tombé quelques minutes avant le cessez le feu et celle du Lieutenant Fevre du 22ème BMNA.

Les Allemands sont restés des fanatiques jusqu’au dernier jour ; quand ils sont obligés de se replier, ils sèment des destructions, des mines anti personnels sous des pierres, dans les buissons ; leur barbarie les mène à achever à la mitrailleuse, sept tirailleurs blessés lors d’une patrouille et à fusiller de sang froid deux juifs, une heure après la capitulation de l’Allemagne…

 

Les villes de Tende et de Brigue redeviennent françaises, ce sera les seuls gains territoriaux ; la 1ère DFL ne peut avancer vers Coni. Encore une autre déception, le haut commandement Américain ne veut pas que l’on occupe cette ville, craignant que les soldats Français ne se vengent sur les Italiens.

Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitule, la guerre est terminée, les radios annoncent la mort d’Hitler..

 

Le Général de Gaulle déclarera : « Ce qu’à su faire pour la France, la 1ère DFL avec ses chefs Koenig, Brosset, Garbay, ses officiers, sous officiers, soldats, est un des plus beaux morceaux de notre histoire. »

EPILOGUE

 

A la fin de la guerre, l’armée d’Afrique occupe 80000 Kms carrés de l’ancien Reich, les tirailleurs Africains deviennent alors les « boucs émissaires » de la population Allemande au sujet de diverses exactions...

 Quarante mille noirs d’AOF et d’AEF sont retirés de la 1ère armée Française par décision du Général de Gaulle et vont grossir dans le midi, des milliers de prisonniers de guerre de la campagne de 1940. Tous les Africains sont rassemblés au Camp de Sainte Marthe à Marseille et au camp Colonel Lecoq à Fréjus, en attendant d’être rapatriés dans leur pays.

 

Les promesses faites par le Ministre des colonies, au sujet de leurs droits et de leurs indemnités ne sont pas tenues ; la colère gronde, vite réprimée par les armes.

Les Tirailleurs traitent les Français de voleurs : « Nous étions égaux devant l’ennemi, nous nous sommes battus pour la mère Patrie, nous ne voulons pas redevenir des  esclaves, des sans droits ».

Cette guerre scelle le déclin des puissances impériales d’Europe, et ouvre le processus de décolonisation qui ne fera que s'accélérer après-guerre en Asie, dans le monde Arabe et en Afrique, jusqu'aux années 1960.

 

Les survivants de la France  Libre, ces premiers volontaires encore en vie après toutes les  luttes armées qui ont fait tant de victimes à Bir Hakeim, El Alamein, Italie, Débarquement en Provence, Strasbourg, L’Authion, deviennent rares.

Comment oublier le Capitaine Lorotte de Banès, le Général de Larminat, le Capitaine Folliot, le Lieutenant Colonel Broche, les Chefs de bataillon Magny et Savey, le Capitaine Blanchet, le Général Brosset, le Général Magendie et le Général Saint Hillier… Je m’arrête là, il me faudrait des pages entières pour les citer tous.

 

 

« AU NOM DE DIEU, VIVE LA COLONIALE »

 

 

MES REGIMENTS - MES UNITES

 

10/11/1937 -  23ème R I C : Paris, Caserne Lourcine à Villeneuve St Georges

 

23/08/1939 -  24ème R I C: Levant- Liban (Tripoli – Beyrouth) - Chypre

 

18/06/1940 - 1er B I M: Chypre – Egypte (El Alamein)- Lybie (El Mekili-Bir Hakeim)-Tunisie - Italie- France

 

16/06/1942 - 1er B I M et du Pacifique

 

15/05/1945 - 1er R I C : France (Lyon - La Valbonne - Marseille – Fréjus)

 

10/10/1946 - 1er Bataillon des forces côtières du Tonkin : Tien Yen – Hacoï- Moncay - Langson

 

11/01/1950 - 4ème R I C : Détaché à Marseille

 

11/10/1952 - 1er Bataillon des forces côtières du Tonkin : Tien Yen – Langson

 

04/12/1953- D I T C Marseille

 

04/04/1956 - B A N E / A O F: Niger (Niamey-Agades)

 

17/06/1959 - A F N 24 éme RIMA : Algérie (Biskra)

 

18/10/1961- Antilles : Fort de France

 

01/04/1965- D I D T M : Marseille

 

01/06/1965 - 36ème Compagnie de Camp : Nîmes

 

01/05/1967 - Retraite

 

 MES CAMPAGNES

 

-         24/08/39 au 17/06/40 - Levant – Beyrouth – Tripoli 

-    18/06/40 au 20/07/40  - Ile de Chypre

-          24/07/40 au 14/02/41  - Egypte            

-   15/02/41 au 13/03/41  - Lybie

-          14/03/41 au 21/03/41 - Soudan                                        

-    24/03/41 au 01/05/41  - Erythrée

-          08/05/41 au 08/06/41 - Palestine                                    

-    09/06/41 au 28/12/41 -Syrie

-       29/12/41 au 20/12/42 - Egypte – Lybie                           

21/12/43 au 16/04/44 -Tunisie-Algérie

-       21/04/44 au 06/06/44 -Italie                                             

- 17/08/44 au 03/05/45  - France

-      04/05/45 au 05/06/45 -Italie                    

-      24/08/46 au 23/03/49 et 04/05/51 au 02/08/53 - Indochine

-        01/04/56 au 07/04/56àAOF                                            

-   08/04/56 au 25/09/58 àNiger

-          10/02/59 au 17/06/59 et 24/12/60 au 04/07/61 - Algérie  

- 17/10/61 au 28/10/64 - Martinique