1 DE LA DFL...souvenirs, témoignages - le 1er Noël d'Henri DARRE (RA) en France Libérée suivi de Retrouvailles...

1er décembre 2011 - Monsieur Henri DARRE nous a aimablement autorisés à reproduire dans notre rubrique 1 de la DFL  deux récits qu'il avait antérieurement  confiés aux sites Civismemoria et nosretrouvailles 

Le jour où j'ai passé mon premier noël dans une France libérée

Le 22 décembre 1944, la 1ère DFL du général GARBAY arrivée aux portes de Strasbourg, est retirée du front avec ordre de descendre vers Royan pour réduire les deux poches encore occupées par la Wehrmacht. Des milliers de véhicules prennent la direction de Bordeaux.

 

Je suis dans une unité de dépannage où les remorquages et dépannages successifs ainsi que de nombreux va-et-vient font que notre unité va parcourir au moins 2 500 kilomètres entre Strasbourg et Bordeaux. Le 23 décembre, nous touchons au but et seuls les éléments d’attaque, blindés, artillerie, fusiliers-marins et soutiens directs, vont approcher les blockhaus tenus par les Allemands. Le reste de la division restera éparpillé dans la nature, dans des villages de vignerons...

Notre unité de dépannage part au front avec le strict nécessaire : deux grosses dépanneuses, un camion atelier et une demi-douzaine de jeeps. Je suis désigné pour rester avec l’adjudant-chef Maillet et le reste du matériel, trois GMC et une jeep. Nous sommes sur la route départementale 137 et un village se trouve là, à quelques 600 mètres de la route, il s’agit de Pugnac.

Après avoir fléché notre position, nous garons nos véhicules dans la cour d’une ferme mise à notre disposition. L’adjudant-chef MAILLET et moi-même, soldat de 1ère classe et Solognot de surcroît, sommes reçus à bras-ouverts par le village tout entier. Ce soir-là nous coucherons dans un lit ! Nous changerons même de lit chaque soir. Notre arrivée a occasionné quelques disputes car chacun et chacune veut avoir l’un de nous deux au moins une fois à sa table. C’est ainsi que nous ne nous voyons qu’entre les repas et au petit matin.

24 décembre. Journée fabuleuse. Je n’ai pas revu MAILLET de la journée, il suit son destin.

Après avoir passé la nuit dans un lit douillet, pris un petit-déjeuner sympa dans une famille sympa, je suis littéralement « happé » vers une autre famille pour le déjeuner, mais je n’y suis qu’en transit car c’est dans une nouvelle demeure que je vais dîner et dormir. Là, on me demande de changer de vêtements afin que les femmes et les filles puissent remettre de l’ordre dans ma tenue, et même cirer mes souliers…

Nous n’avons pas touché à nos rations « K », sauf pour distribuer les barres de chocolat, les cigarettes blondes qui sentent le miel et même les boîtes de conserves qui font la joie de ces villageois… J’ai l’impression d’être le roi d’Egypte…

Tout ce branle-bas pour la messe de minuit : nous sommes en effet la veille de Noël. L’adjudant-chef subit sans doute le même sort, mais lui, à 46 ans, n’a pas les mêmes avantages que moi qui n’en ai que 21… certains privilèges me sont acquis auprès des jeunes femmes et jeunes filles du village.

Durant l’après-midi, je réussis toutefois à revoir MAILLET et, accompagnés de monsieur le maire, du docteur et du garde-champêtre, nous entrons automatiquement dans toutes les maisons du village où nous éclusons un petit verre de blanc, de rouge…chacun voulant nous faire apprécier le fruit de son terroir. A 20 heures, nous avons déjà l’un et l’autre les oreilles un peu violacées mais nous pensons que le repas du réveillon va nous remettre d’aplomb, ce qui n’est pas tout à fait le cas…

Peu avant minuit, tout le village se dirige vers l’église et, même si nous avons, MAILLET moi, le pas un peu hésitant, nous sommes très bien entourés, donc pas de problème. L’église se remplit et on nous aide à grimper l’escalier pour arriver à l’endroit où se trouve le chœur composé d’une quinzaine de femmes et de jeunes filles. Nous sommes assis, appuyés sur la rambarde de velours, juste assez douce pour que Maillet commence à s’endormir, et je dois lui envoyer quelques coups de pieds dans les mollets… moi-même je fais des efforts considérables pour garder les yeux entr’ouverts. Le prêtre semble se faire un peu de soucis car son sermon ne parait pas intéresser ses ouailles outre mesure… les têtes sont en effet tournées le plus souvent vers le chœur où nous sommes, tous les deux, assez bien exposés.

Quelques jeunes filles chantent en pouffant de rire par intermittence, mais la messe se passe bien et nous sommes ravis de redescendre sur terre et de respirer l’air frais de cette nuit de décembre…Puis nous réintégrons chacun notre nouveau lit, avec grand plaisir car « les héros sont très fatigués ».

Après une bonne nuit, réveil en fanfare : les vignerons sont tous debout, l’ambiance est bonne, je suis invité à faire goûter les joies de la jeep aux jeunes filles. Pare-brise rabattu, c’est une grappe de filles que je trimbale à travers les vignes dans cet air très frais de décembre. Je ne suis pas prêt d’oublier ce Noël qui s’est poursuivi jusqu’au 27, quand nos collègues nous ont récupérés pour reprendre la route de la Côte-d’Azur où nous devions, cette fois, réduire la poche du col de l’Authion, près du Mercantour.

 

Aujourd’hui, près de l’église de Pugnac, une petite rue porte le nom de « Rue des libérateurs », il s’agit probablement de MAILLET et de moi-même…

 

Retrouvailles...

Mieux vaut tard que jamais…..


Il a fallu exactement 60 années pour que je rencontre deux de mes frères d’armes…

En effet, l’année 2004, où toutes les villes, toutes les communes de France ont tenu a commémorer la libération du joug nazi, je me suis souvenu soudain qu’il y avait sans doute encore des survivants de mon épopée au 1er R.A.C.

Ayant rejoint la 1ère Division Française Libre à Chaumont, après mon séjour au maquis Duguesclin et, m’étant souvenu que d’autres, Chaumontais sans doute, avaient signé pour participer à la poursuite des Allemands à travers les Vosges et l’Alsace, j’ai cherché et, j’ai trouvé…

Jean BRISOT , mécano du Chemin de fer, ayant passé son temps pendant le maquis, a saboter le matériel ferroviaire et Joseph NICOCIA, lui aussi mécano, Tunisien, débarqué en Provence avec le Général Brosset, étaient toujours bien vivants et habitaient tous les deux Chaumont sur Marne.

Je remercie la ville de Chaumont de m’avoir aidé a retrouver ces deux marsouins de la Coloniale que j’avais quittés en 1945

Nous avions tellement de souvenirs communs, que ce soit dans les Vosges où nous étions précisément à l’endroit où notre Général BROSSET  s’est tué en culbutant sa Jeep dans le parapet d’un pont….un Général comme on en voit pas beaucoup…en novembre, dans la neige et la boue, tout le monde a pu le voir conduire sa jeep découverte, pare-brise abaissé , en short….avec sa sirène en action la plupart du temps….un vrai marsouin…

….que ce soit en Alsace où jour et nuit, nous dépannions les véhicules et blindés sautés sur les mines et, où il est arrivé que nous sautions nous-mêmes avec nos dépanneuses.

 

La section de dépannage CR3 du 1er Régiment d'Artillerie Coloniale

…. que ce soit pour la réduction de la poche de Royan où là, nous avions un peu de bon temps pendant la traversée de la France ou, que ce soit pour la réduction de la poche du col de l’Authion, sur les hauts de Nice, où une semaine juste avant l’armistice, nous perdions pas mal de nos copains, brûlés par les puissants lance-flammes des Allemands...

Avec Jean Brisot
Avec Joseph Nicocia venant de l'armée d'Afrique

Tous les mauvais moments se sont évanouis pour laisser place aux bons souvenirs que nous avons vécus à l’armistice et au repos en Seine-et-Marne où nous étions installés pratiquement chez l’habitant, à La Ferté sous Jouarre, à Provins, etc….

Arrivée à Sélestat.. les Allemands sont tout près
Ici, nous sommes dans les Vosges. Je suis en clair sur la pièce de 155
En Alsace, hiver 44
Nous traversons la France pour aller réduire la poche de Royan...
Nice….la guerre est finie !

Comme moi, mes amis ont été très heureux de me retrouver après cette longue période et, je pense que peut-être, parmi les visiteurs de ce site, certains auront aussi connu la même aventure….et me le feront savoir.

 


60 ans après, à Chaumont. Je retrouve Nicocia et Brisot…