1 DE LA DFL - Souvenirs, témoignages... "un révolté de l'honneur " : autour des Mémoires de Benjamin FAVREAU (Bataillon du Pacifique) parues en 2011
Geneviève Favreau, la veuve de Benjamin Favreau, nous livre ici le témoignage poignant de son époux, Robert Favreau. Dès les premières heures de la défaite française de 1940, il s'engage avec «une petite cohorte d'irréductibles, venus de tous les coins du monde». Ils se rassemblent derrière le Général de Gaulle et «soutinrent le combat de la France partout où il purent». Voici mis au jour le récit riche et émouvant d'un Compagnon de la Libération, né en 1915 à Falleron en Vendée, neuvième enfant d'une famille paysanne. Après des études de lettres classiques à la « Catho » d'Angers, poursuivies à la Sorbonne, Benjamin Favreau s'embarque pour la Guinée et s'engage le 21 octobre 1940 dans les Forces françaises libres. Officier, il se signalera à Bir-Hakeim et à El-Alamein (mai-juin 1942). Benjamin Favreau arrête son récit à la moitié de sa guerre, car il combattra encore en Tunisie (1943), en Italie (avril-juin 1944), en Provence (août 1944)... Le lieutenant Favreau raconte les opérations militaires, avec leurs enjeux stratégiques et politiques, mais il y a plus. De la Guinée au Liban, de « l'indigène » à De Gaulle qui le fait Compagnon à Beyrouth le 29 juin 1942, Favreau observe, décrit, d'un regard critique ou émerveillé : une générale aux grands airs en prend pour son grade, une jeune Bédouine blonde aux yeux bleus l'éblouit. Il sympathise avec les soldats tahitiens sous ses ordres, qui laissent volontiers le fusil pour la guitare et la danse. Scènes brèves et fortes comme celle de la soeur infirmière qui essaie en vain de lui faire avaler une potion, et qui le gifle ! Il boit. Elle rougit. Trouble de l'homme et de la femme. À Bir-Hakeim, un soldat assoiffé sort de la tranchée pour aller boire sous les balles le liquide qui s'échappe du radiateur d'un camion bombardé. Le récit porte la marque de la Vendée natale. La soeur infirmière est dotée d'une « dorne ». Devant le beau monde, le lieutenant s'efforce d'être « aussi poli qu'un vicaire vendéen en visite au château ». Le parcours africain de Benjamin Favreau se double d'un cheminement intérieur. Son idéal de liberté le mène vers les autres, le porte à se libérer lui-même des contraintes et préjugés de son milieu d'origine, et même à se rebiffer contre un supérieur autoritaire. . C'est le témoignage d'un combat en dehors de nos frontières pour la paix et la liberté que nous livre ici Geneviève Favreau, en mémoire de son mari et de tous les combattants qui se sont battus pour la Résistance.
Signalé par Frank Dematteo, cet ouvrage a été ajouté à notre Bibliographie de la D.F.L ainsi qu'à notre Banque photos/section Bibliographie.
Les mémoires de Benjamin Favreau sont disponibles à la FNAC ainsi que sur de nombreux sites en ligne : Amazon, Decître, Libraire Doucet, La Procure
Présentation de François Broche, Revue de la Fondation de la France Libre décembre 2011
EXTRAIT SUR BIR HAKEIM
« Mon alvéole personnelle, également reliée à la tranchée par un étroit passage, ne différait guère des autres que par le luxe de l’aménagement intérieur. C’était un trou de 1,50 m dans la partie la plus profonde, et recouvert d’une toile de tente portée par des chevrons horizontaux, sur laquelle j’avais étendu une couche d’environ 20 cm de terre. En cas d’attaque, point de superstructures, ni rien qui indiquât de loin notre cité de troglodytes à des assaillants ou à des artilleurs. Evidemment on n’y était pas à l’abri d’un coup au but, ni même d’un camion égaré qui viendrait à passer par là dans la nuit, mais la toiture visait à protéger de la chaleur, de la poussière et des mouches plus que des obus. Chez moi les murs étaient tendus de couvertures et, suprême confort, une planche formant étagère, près de l’entrée, était garnie de livres. En guise de porte, une couverture pendue en travers du boyau d’accès protégeait du vent de sable et empêchait les mouches de venir se mettre au frais dès 8 heures du matin. »
